Type : poème homo-passionnel écrit et vidéo-lu par le poète queer Alain Cabello Mosnier le mardi 3 octobre 2017, Paris. Craches-moi dans les yeux Synopsis : Narration d'une rencontre amoureuse.

Je regardais le petit rose de son sein, poindre comme quand un homme torse nu se retourne aux sourires des autres, une pièce d'eau de Monet. Il ne savait pas que je voyais ce que plus personne ne retient, mais c’est le rôle du poète, peintre en mots, que de saisir comme ici ce superbe spécimen d’ombellifère dont les nacres étaient mortes, un bouclier d'Achille tombé dans la poussière des jours qui s’annonçaient. Et c’est à l’occasion de l’un d’entre eux qu’il s’était levé, de parmi tous ces morts, et qu’il m’avait naturellement possédé par derrière comme une formalité rustique d’animal indolent et hébété, puis à son tour s’était laissé prendre, s’était laissé râler, docile et apaisé, et puis voilà. Il n’y a rien de plus à en dire, que des ténesmes ténébreux et parciques.

Les parcies ce sont ces repas traditionnels qu’on apporte aux moissonneurs après la moisson. J’étais sa moisson, mais j’étais aussi son moissonneur qui parcourait jusque tard dans la nuit ses terres glacées par l’abandon, à glaner sur sa peau ses parfums, l’eau de ses sols, les épis de ses pubescences, que seuls les baisés avaient la délicatesse et la patience de ramasser.
Le plus beau chez un homme lorsqu’il est plongé dans cette pénombre dans laquelle il s’endort, c’est l’ombre que son corps parvient encore à faire sur ses draps froissés par ses nuits caustiques, doucement perverses. Mais évidemment rien de tout cela ne serait beau si il n’y avait pas la profonde poésie de l’homosexualité et quelqu’un qui en récolte l’outrage pour en faire un poème.
Quand je descendais jusqu’à son sexe je n’y trouvais que cette invariable réplique de Méduse à la tignasse de serpents, tête arrachée, posée sur son bas-ventre comme une parfaite miniature de son visage, chacun à son échelle, sa pine et sa gueule étaient du même mythe, de la même outrance, infectieuse léthargie des erreurs qui s’écoutent. Le regarder vous changeait en pierre.
Mon passe-temps favoris était de sentir les replis de son gland vigilant et trompeur qui, sous une fausse torpeur, pouvait jaillir comme ces samouraïs de l'infâme qui ruinent votre existence à la rudesse de là-leur où bien vous laisser faire. Amusé et fière à la fois d’être de ces toisons. Il disposait de ce même dôme que celui qui se dressait, en 1981, sur l’affiche de Querelle de Fassbinder. Chevaliers de rudesses au gland de pourpre qui s’enflait par je ne sais quel miracle de la bite comme le vent ferait gonfler une cape de cramoison dessus les épaules d’un zob conquérant. Et dessous ce blason d’orgueil infernal, son frein se tenait droit et pointu, planté comme une épée de francs-maçons retenant de bien mauvais velours auxquels personne n’auraient pu songer. Des embrases aux ardeurs purpurines, des excavescences soigneusement repliées. D’autres fois ce n’était plus que des escarres érugineux qui avaient la livor mortis d’un corbeau crevé dans ses odeurs de pissotière avachie comme une colonne Morris, flexueuse à souhait, qui chlinguait de la patate. Il ne lui manquait plus qu’une pub sur la bite et le Moulin Rouge en fond. Dans le Pigalle de nos rues se jouait des siècles de meurtres jamais résolus.
Que de tétanies, queue de tétanie, d’opprobres impérieuses et sophistiquées, puis il se retournait, laïc et constant, offrant son dos et sa lune fendue à qui voulait la regarder tant que ça servait son repos.
Je crois que si l'âme devait exister, elle doit avoir la couleur du soleil quand il éclaire le dos d'un homme allongé à l'endroit-même où le bras s'est fendu pour que les noirs d'une aisselle puissent survivre quelque part, à la jonction des deux. J’aime cette brisure, rompue sur quelque chose de pourrit. Que j’en suis le coin. Le fouilleur en question, le tortionnaire de tes voies. Il veut tout savoir celui-là. Humeur de ses ténèbres. Des laines vénéneuses, des caducités terribles.
Alors je lui disais, “Craches-moi dans l’œil. Tu entends ?
Craches-moi dans tous mes yeux.
Troubles mes jours de tes salives puriformes, infectes ma vie de voiles parotides. Ôtes-moi toutes celles qui ne seraient pas de toi et de nature à me faire avancer sans les moteurs de tes muscles. Enrichis mes chassies de cette part inattendue de toi. Noies-moi !”. J'ai baisé tes Afars, tes régions éthiopiennes, tes statuettes d'atrocités Phares mes paupières, doubles-toi en moi
La mort n’est plus qu’un oubli des fureurs lointaines de la vie. Règnes sur moi en oubli.
Exauces-moi.
Juste là, à - A la jonction de mes yeux.
Troubles leur bleu du gris de tes orages.
Craches-y dedans comme un poulbot menaçant et rude qui glaviote en tout ru.
Toi, lui disais-je, tu es trop terrible pour être nu.
Et quand tu l’es, c’est l’amour qui en bave.
Alors baves, en moi baves tout ce que peuvent produire ses charnières ossifiées.
Craches-moi au visage, laisses suinter cette plaie aux lippes méchantes.
Couvres mes lèvres ensommeillées du choléra de tes bouillonnements spumescents.
Chaque matin, tu m’entends, chaque matin, avant de partir, glisses dans ma bouche ce suaire de soie chaude.
Faits-le tomber tout au fond de mes rêves encore vivants.
Vas-t-en en y laissant ce paysage couler tout doucement à l’intérieur de ton amant endormi, et veilles à ce qu’elle ne s’assèche jamais de toi. La bouche, refermée sur les clameurs du sommeil, c’est, comme le wagon d’un train en partance pour quelque part, une de ces petites cabines disponibles, capitonnée pour l’aventure. Une bouche sans voyageur n’est jamais sans esprits, sans coctions diverses et toutes offertes par toi.
Montes avec moi dans ce train, viens y assoir la langue. Y ranger les bagages de tes baisés bouclés pour la journée. Quand je dors, tu deviens cet amant derrière le carreau qui défile avec le paysage, des champs de tes nus en quinconces qui tous sont toi, aisselles noires et pailles blondes roulée comme une campagne de tes nudités capricieuses, des jouées de rêves, des sommets de montagnes que forment ces épaules éternelles en 2e classe.
Alors craches-moi dans les yeux. Vas-y, soulèves la robe de mes mortes isabelles, laisses couler le chaud de ta vie, l’instant de ces suspends. Ils seraient pareils à des larmes sans tristesse.
Quand mes yeux sont fermés sur mes soirs d’ardoise, tu es comme le cloché d’une église dans le lointain. Tu es le train par lequel j’arrive, la vitre par laquelle tu te prolonges et notre lit, le quai de tout tes dépars.
Alain Cabello Mosnier - mardi 3 octobre 2017, Paris.