Type : poème thriller écrit et vidéo-lu par le poète queer Alain Cabello Mosnier ou ce qu'il en reste un mardi 17 octobre 2017

Synopsis : Voilà ce que risquent de devenir les objets de notre enfance lorsque nous les oublions ?

Je vous déconseille de lire ce poème le soir, je vous déconseille d’ailleurs de le lire tout court

Crever est une nécessité qui peut attendre

mais convier ces noces chez vous reste une bien mauvaise idée

 

O i SO

 

Savez-vous ce que c'est qu'un cauchemar ?

Une boîte à secrets qui n'en a plus

Et qui devient odieuse à cause de votre indifférence

Vous souhaitez tous vivre comme des adultes et rêver comme des enfants

Mais eux aussi souffrent de la désillusion que vos doutes criminels égorgent un a un au nom de la raison

D’épileptiques nauséeux qui vous attrapent par la cheville pour vous faire choir dans des étreintes particulièrement insoutenables qu’aucune personne saine d’esprit ne saurait trop vous recommander d’expérimenter

La pire de toutes ces créatures pourtant si ravissantes reste quand même cette immuable petite danseuse, frêle et désordonnée

vous savez,

celle au regard crispé qui gît dans votre jolie boîte à musique et qui devient brusquement anxieuse, violente, erratique, le tutu en lambeau

Car pendant que la boule à neige féérique de votre enfance remplace ses hivers par le sang de vos regrets

La ballerine, elle, s’asphyxie lentement dans sa boîte qui devient un emmurement

 

Vous ne l’ouvrez que nonchalamment pour écouter le grain nostalgique de sa marche funèbre

Lancinante, lugubre et maudite comme une perturbée

Sans savoir que lorsque vous ne pensez que refermer une boîte

Vous étonnant qu’elle ne se surgisse plus pour danser

 

Elle ne voit que votre visage satisfait l’enfermant dans son propre cercueil

Elle hurle et s’y traîne

pourrie sur ses velours défraîchis

 

Alors, par habitude

sans plus aucun émerveillement dans vos yeux

vous agitez cette boule à neige sanguinolente arrachée à l’orbite mécanique d'une vieille décharnée qui se voile désormais
pantelante comme un œil à la cataracte blanchie

Crevé par le remord d’avoir perdu vos rêves

Dévoyé les siens, changé son monde devenu glacial par votre seule faute et cela elle ne vous le pardonnera jamais

Ses paillettes d’or et d’argent sont devenues des cendres

 

et c’est comme cela que les nuits deviennent d’effroyables thrillers

 

Dans un médaillon vous trouvez une mèche de cheveux dorés encore enroulée autour de son vélin hors d’âge qui n’appartient qu’à une femme morte depuis si longtemps qu'absolument personne n’en saurait dire le nom

La photo de son visage figé sera comme sera le-vôtre au court de cette nuit interminable méconnaissable

 

Sa joie n’est plus qu’une haine féroce qui rit jusqu’à la folie

De savoir que vous n’êtes qu’au début d’une terrible nuit dont votre cauchemar sera de la commencer et le sien, qu’il puisse se terminer au matin et de vous savoir encore vivant

 

Le désespoir est un échéancier méthodique que l’épouvante vous retire

 

Savez-vous ce que c'est qu'un cauchemar ?

Non, nan,

Pas ceux qui vous réveillent

Ceux qui vous maintiennent endormis coûte que coûte sous des cousins complices

Ne rêviez-vous pas enfant d’être à la place de cette si ravissante petite figurine ?
Aujourd'hui elle ne vous fait plus envie parce qu'elle ressemble à une désaxée, vous ne la voulez plus mais là, c'est elle qui vous veut

pour faire ses pointes dans vos pupilles crevées
les paupières maintenues comme le drapée livide d'un opéra de catacombes couverts de loculus romains
Vous les sentez n'est-ce pas, ces vents catabatiques qui vous poussent vers ces profondeurs sépulcrales pour danser avec elle dans son suaire incertain

rien qu'à elle, tout à elle, éperdument à elle

 

Entendez ses rires saccadés, parce qu'elle sait la petite la vicieuse endormie et depuis si longtemps privée d'oxygène pour s'emparer du votre au fond de vos entrailles que le temps est venu pour vous d’entrer dans son fatum obscurus, de vous laisser glisser tout contre elle

de sentir contre votre peau

les spasmes de sa folie

(chaussettes dans la bouche)

Algor mortis

Livor mortis

Rigor mortiiis

Et bien c'est ce soir mais, vous êtes prévenu

 

Vous n’y serez pas Seul

 

Pas seul, pas seul...

 

 

Alain Cabello Mosnier ou ce qu'il en reste
un mardi 17 octobre 2017
à Paris

Souffle {enregistré [un a guttural]}