Synopsis : texte homo-historique fait d'une superposition d'images anciennes et actuelles entre lit nuptial et lit de mort, sommeil et guerre, vie et combat.

"Réveil" par acm

* * * * * * L'avez-vous vu ?
* * * * * * Dites, l'avez-vous vu la beauté infinie d'un homme qui se réveil ?
* * * * * * Ce visage inerte, ces yeux à baiser ?
* * * * * * Et sa chaleur, l'avez-vous senti sa chaleur ? Il ramène avec lui la paix de son sommeil
* * * * * * Ah l'enfant !
* * * * * * Laisses-moi gommer tes moutons
* * * * * * Respirer à ton nez de petite farine
* * * * * * A tes épaules de grand moulins
* * * * * * Ton matin est le tombeau de mes doutes, te voir là, chaud et nu, la peau toute éteinte par des doubles rideaux qui tombent épais comme des dessus de lit montés si semblables à de vieux soldats.
* * * * * * Tu bouges, je te sais blessé dans ces tranchées de cotons
* * * * * * * * * * * * des fleurs grises sur les taies, et ce taillis entre tes cuisses, maudit traversin
* * * * * * couvert par un drap blanc blanc comme une infirmière pendant la grande guerre
* * * * * * Et moi qui t'aime ici Impuissant à ton réveil si près et si loin que je t'entend gémir dormeur et mourant,
* * * * * * Jusqu'à ce que je n'entende plus rien
* * * * * * Mes larmes coulait sur ma joue
* * * * * * Mon amant était mort
* * * * * * momentanément endormi
* * * * * * J'allais alors dans la cuisine m'habiller de noir café et tresser pour toi des couronnes de beurre, les mains ensanglantées de ces cœurs trop sucrés d'érythrocarpes.
* * * * * * Je suis la veuve d'un matin
* * * * * * Puis tu es apparu guéri dans l’encadrement de la porte pareil à une civière qui te portait chancelant et affamé
* * * * * * Tu étais trop fragile pour que je te saute au cou mais tu m’as dis “Bonjour!” et j’ai su que tu étais sorti d’affaire
* * * * * * Nous mangeâmes de bon appétit
* * * * * * se regardant dans les yeux
* * * * * * ceux du beurre dans le café, des tartines et le silence partout
* * * * * * Les soldats eux étaient tombés, ils gisaient de chaque côté de la fenêtre ça avait été un carnage mais la lumière ne leur avait laissé aucune chance
* * * * * * Seul toi restait debout, nourrit et orgueilleux que je raccompagnais tout de même s’allonger un moment
* * * * * * Le temps de panser tes plaies
* * * * * * Tu te tenais à moi et j’étais devenu le puissant infirmier contre lequel tu t’appuierais pour le restant de tes jours collés aux miens

* * * * * * Ce n’était qu’une guerre, le temps d’une vie
* * * * * * Et si nous devions la perdre ce ne serait pas sans combattre et la violence ne se fit pas attendre

* * * * * * De retour dans cette tranchée, nous combattîmes

* * * * * * D’abord la jeunesse, puis nos vieux jours


 

Ecrit et lu par le poète gay Alain cabello Mosnier


dimanche 21 janvier 2018, Paris