Vous souvenez-vous de cette chanson Each man kills the thing he loves (chaque homme tue la chose qu'il aime) ? Et comment la dissocier de la voix de Jeanne Moreau et nous en débarrasser si tant est que nous le voulions ? Comment enlever la voix de cette femme du film Querelle tourné par Fassbinder ?

Comment se fait-il qu’un texte puisse atteindre comme ici son point de coalescence, de fusion historique voix/film, Moreau/Fassbinder Genet/Querelle ? Qu’est-ce qui se passe dans les atomes de l’interdit humain, dans les gaz toxiques du tabou pour que de la matière émerge cet agrégat mythique où tout s’aligne, où tout devient translucide ? Le film sort en 1982 l’année même de la mort de Rainer Werner Fassbinder à l’âge de 37 ans. La place de Jean Genet dans l’histoire de l’homosexualité et sa représentation dans la sphère sociale est gigantesque et c’est de ce roman Querelle de Brest que ce film advient comme un hommage nécessaire et juste. La conjonction d’étoiles, de talent, est là avec Jeanne Moreau pour chanter

Each man kills the thing he loves
by each let this be heard
some do it with a bitter look
some with a flattering word
the coward does it with a kiss
the brave man with a sword !
Some kill their love when they are young
and some when they are old
some strangle with the hands of lust
some with the hands of gold
the kindest use a knife
because the dead so soon grow cold.
Some love too little, some too long
some sell, and others buy
some do the deed with many tears
and some without a sigh:
for each man kills the thing he loves,
Each man does not die.

 

L’interview aussi est intéressante par la façon dont elle l’amène, dont elle parle de bisexualité en l’associa étrangement à de l’anatomie comme si le décalage de ce film surréaliste se poursuivait entre décalage et archives INA et l’éminence d’une justesse de termes, une élégance de femme.

Jeanne Moreau "Querelle" de Fassbinder | Archive INA

samedi 10 février 2018