Poème-vidéo-lu sur Youtube.

Je ne suis pas qu'un masseur, je suis un mythe, une reine rouge qui bouge en vous.
Je navigue le long de vos côtes, de vos flans,
je visite ce qu'il y a de meilleur en vous, de plus nu et je vous apprends ce qu'il y a d'antique dans vos colonnes aux chapiteaux de vertèbres !

Vos peaux sont mes voiles de voyages, mes mains, vos cales de voyageurs, capitaine de vos espérances.
A chaque massage je prends la mer.

Je suis un vitrail de toute chose, une dispersion méthodique de la lumière, bah ! il fallait bien faire quelque chose de sa vie, alors j'en ai fais une négligence, un retour douteux dans un maelstrom de talents et de renoncements. Vous voulez tous un massage

n'est-ce pas, mais,
ne vous êtes vous jamais demandé ce que le massage pouvait bien vouloir de vous en retour ?
Certes, vous lui offrez votre dos, votre nuque mais ce n'est jamais que pour attendre quelque chose de lui.
Mais vous, qu'avez-vous à lui offrir plus gratuit qu'une attente, plus généreux qu'un résultat ?
Que possédez-vous qui soit digne de ses millions d'années d'évolution ?

Des chagrins d'huiles, des océans de tristesses tissés depuis la nuit des temps par ces ombres à la langue arrachée dont les doigts nouent au tapis de votre peau l'espoir d'une paix éternelle que le massage rendrait sublime et longue, longue au fil du temps. Elle s'étire depuis des siècles dans la noirceur de vains outrages. La matrice tégumentaire de la folie aux yeux clos et splendides. Là-dessous règne le tombeau des jours qui se referment sur nos nuits d'émetteurs.

Nos paupières plus lourdes que ces cailloux jetés là pour marquer notre présence. ...et rire encore et partout, éteindre aussi, parfois, des paroles trop hâtives. Les morts ont raison par absence Je me demande où je me tiendrait en ce moment si j'étais vivant ? Vous qui me lisez vous l'êtes mais moi qui l'ai écrit, le suis-je encore ?

Bien sûr que non mais faisons comme si. Vous là vous me lisez mais moi que ferais-je en ce moment ? Serais-je déjà à la veille de me faire poignarder par un toxicomane dans un parc de Londres ? Serais-je en train de me donner la mort moi-même par désespoir ou me préparerais-je à partir en vacances ? Les pieds dans l'eau, les mains dans le sable, immobile sur une serviette Voilà bien quelque chose qui ressemble furieusement à un entraînement

Alain Cabello Mosnier
Samedi 16 juin 2018