Karl Heinrich Ulrichs
Le journaliste et juriste allemand Karl-Heinrich Ulrichs (28 août 1825, Aurich - 14 juillet 1895, L'Aquila) est considéré aujourd'hui comme un pionnier de la sexologie et un précurseur du militantisme homosexuel et des mouvements d'émancipation LGBT qui émergent en Europe au milieu du 19e siècle. 
Il lança une théorie biologique du « troisième sexe » (le terme « homosexualité » n'est pas encore forgé), théorie résumée dans l'expression « une âme de femme dans un corps d'homme ». Il est un des premiers à parler positivement et « scientifiquement » (au sens des sciences humaines) de l'attirance sexuelle entre personnes de même sexe. Les mots homosexuel et hétérosexuel n'apparaissant qu'à partir de 1869, il parle de types ou de personnalités uranien/ne et dionysien/ne.
Il publia ses études d'abord sous le pseudonyme de Numa Numantius, puis sous son vrai nom, ce qui, par la même, tend à rendre son orientation sexuelle publique. En 1866, la Prusse de Bismarck envahit et annexa le royaume de Hanovre : Ulrichs est alors accusé d'activités subversives et emprisonné. Ses écrits sont saisis. Il est ainsi considéré comme le premier homosexuel à avoir fait son « coming out ». Il finit par s'exiler en Italie.
Cupressi: Carmina in memoriam Ludovici II Regis Bavariae
Il publia en 1886 un recueil de poèmes élégiaques partiellement consacrés à la mémoire du roi Louis II de Bavière, et entièrement composés en latin. Ce recueil ne rencontra pas un grand lectorat, sans doute parce que la langue en était trop élitiste.
On comprendra aisément que Ulrich montrât de la sympathie et de la compassion pour le roi qui s'était vu privé de liberté et avait été emprisonné dans sa villa de Berg sur le Starnberger See. Il termine son 5ème poème, Villa regia Berg (La villa royale de Berg), que nous retranscrivons ci-dessous, par le vers “Caerula linter ad libertatem sic fuit unda tibi” ("Les flots te servirent de vaisseau vers la liberté") . 
Les poèmes à la mémoire du roi Louis II occupent seulement la moitié du mince volume qui ne fait que 18 pages, ils suivent la traduction de poèmes de Goethe, “Ueber allen Gipfeln ist Ruh”, et un long poème consacré à sa propre enfance en Frise orientale. Ulrichs termina la traduction de ce recueil en décembre 1886, il le fit imprimer et en expédia des copies aux librairies et aux journaux en février 1887.

Poèmes de Karl Heinrich Ulrichs traduit en français par Luc Roger

"La villa royale de Berg (Cupressi, 5)
La vague murmure en chantant, résonne et en battant les berges s'en revient aux rives incurvées avec un chant léger.
L'onde murmure "Sois en paix". "Repose-toi", sussure la vague légère.
Peut-être est-ce pour toi qu'elle verse ses doux murmures?
L'écume blanche résonnante s'insinue lentement avec des couronnes ondulantes, chantant le sommeil silencieux et la douce torpeur.
Le lac reste immobile, resplendissant depuis les cimes, teint de la couleur du ciel, cachant derrière un voile céruléen de mystérieux silences.
Une naïade toute mouillée ondoie dans le lac et chante dans l'onde fluide: "Ici se trouve la paix." Et la vague chante: "Viens! As-tu entendu? « Partons! 
Ici la porte de l'oubli du Léthé s'ouvre à ton coeur.
Ici au-dessous des eaux est la voie.  Tu as entendu.
Les flots t'ont servi de vaisseau vers la liberté."
PUIS :

Castellum Hohenschwangau est le septième poème de Cupressi. Carmina in memoriam Ludovici II regis Bavariae, un petit recueil de poèmes rédigés en latin que son auteur Karl Heinrich Ulrichs publia à Berlin en 1887 en hommage et à la mémoire de Louis II de Bavière.

Castellum Hohenschwangau.

In penetrale tuum penetrant sceptrumque paternum
Extorquent tibi, Rex, manibus. Qui sceptra gerebat,
Qui modo cinctus erat diademate, cingit eundem
Nunc vigilum sepes. Tua corda fidelia cuncta
Eripuere tibi. Quo prostravere frementem!
Nescit septa pati sentitque latentia frena.
"Jam captivus ero ? Torquent mihi sub juga collum ?
Me credunt, me, frena pati ? Docilem fore sperant ?"
Frenduit in dentes, expalluit ingemuitque.
Tunc gemitus omnes quassato pectore claudit.

"Non erit ulla mihi, non erit ulla salus ?

Traduction française par Luc Roger :

"Château de Hohenschwangau

Ils ont pénétré dans ton intimité la plus secrète et t'ont arraché le sceptre paternel des mains, ô roi.
Celui qui soutenait le royaume, celui qui était ceint du diadème est à présent emprisonné par une foule de gardiens. Ils t'ont privé de tous les coeurs qui t'avaient juré fidélité.
De quelle manière ont-ils abattu ton corps frémissant!
Il ne peut pas supporter les barrières et perçoit les chaînes cachées.
"Alors je serai prisonnier? Est-ce qu'ils forcent mon cou à passer sous le joug? Espèrent-ils que je serai docile?"
 Il claque des dents, pâlit et gémit. Et tous ces gémissements secouent sa poitrine tourmentée:
 "N'y aura-t-il  pour moi...,  n'y aura-t-il vraiment  pas de salut pour moi?"