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POÉSIES HOMOSEXUELLES : Gay, Lesbienne, Trans, Bi

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4 avril 2023

Si vous avez des poèmes LGBT à nous faire parvenir, c'est ici

 Si vous avez des poèmes LGBT à nous faire parvenir, c'est ici
CECI EST UN EN-TÊTE, PAS LE DERNIER POST : c'est juste pour vous dire que, si vous avez des poèmes LGBT à nous faire parvenir, envoyez-les sur poesies.queer@gmail.com En + de l'espace vidéo sur lequel j'enregistre de la poésie LGBTQI+ " https://vimeo.com/poesiesqueers...
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24 juin 2026

Wallace-men

Nuancier de rimesace/in ; ige/on ; erme/an ; ampe/u ; ise/o ; ture/é ; ouche/eur ; uce/i ; ûte/oi ; ance ; oi/ant ; ance/wear ; esse/is ; oire/al ; onde/os.

 

Synopsis : dans ce poème, je remplace les belles femmes des fontaines Wallace par de jeunes gens, ce qui est l'étymologie de "Kouros" et je me délecte de leurs eaux.

 

Mes poèmes ? Je les couche sur le papier et je baise avec. Je me fais juste moins chier avec les mots qu'avec les mecs.

 

 

Aux cariatides des fontaines Wallace
ruisselantes d'ombre et des eaux de leur bassin,
mes rêves mettaient des Atlantes à la place,
d'authentiques bergers, au charme italien

J'imaginais partout ces groupes callipyges
sur les places du Man, de Metz ou d'Avignon
leurs fesses rebondies tenaient bien du prodige
de celui que l'on veut trouver chez un garçon

Athlétiques joueurs, queues à vue dans leurs thermes,
les épaules creusées du dos jusqu'au séant,
la fonte remplacée par le bel épiderme,
de gaillards du monde, noirs ici, buns et blancs,

ils exhiberaient la flammèche de leur lampe
à huile de jeunes Aladin, frais et nus
dont on s'extasierait du prestige des hampes
prêtent à tous les excès, et d'effarants abus
 

Paris et ses quartiers réservent des surprises
et quoi que l'on raconte ou que les gens vous disent
Paname n'est pas que métro, boulot, dodos
car, quand on vient et qu'on dépose nos valises
ces fils d'
Océanos deviennent des salauds
bien plus joueurs, cul au soleil et pieds dans l'eau

 

Un jour que je buvais à même leur ceinture,
en m'appuyant sur eux, promeneur assoiffé,
j'entendis impromptu des bribes d'aventures
qu'ils voulurent par le détail me raconter


À chercher mon oreille, ils croisèrent ma bouche,
l'aspirèrent comme l'auraient fait des haleurs,
leur salive filait tel le jet d'une douche,
cerné par les lèvres de ces quatre baigneurs
 

"Viens boire au gobelet de nos petits prépuces,
ils sont faits d'argile et de calcaire blanchi
suces-en la cape, la diaphane aumusse,
et joue de nos méats toute l'après-midi

Au bas de nos ventres virevoltent la flûte,
et nos sacs pas plus gros qu'une fraise des bois,
s'agitent, s'envolent, retombent et chahutent,
ils sont le faix, quand nos hanches sont le charroi"
 

Paris et ses quartiers réservent des surprises
et quoi que l'on raconte ou que les gens vous disent
Paname n'est pas que métro, boulot, dodos
car, quand on vient et qu'on dépose nos valises
ces fils d'
Océanos deviennent des salauds
bien plus joueurs, cul au soleil et pieds dans l'eau

 

Vous avez l'arôme, le bouquet de fragrance,
des zigues qui jartent leur petit underwear,
agitent leurs fats joues, plaisantent et dansent
sur ces deux olives dont nous sommes si fiers
 

Fontaines Wallace, aphrodisiaques fesses,
conservez bien ce roux au cul et au pubis,
Votre tour dispense tellement de tendresses
à l'ombre de vos foins, flavescents et pastis
 

J'aspire à ce plaisir ô combien désultoire,
qui me pousse à chercher, votre ultime idéal,
fait de colonne d'eau et de sacs chrismatoires
ascidulés et fruits, lors des étés citrals


C'était un aperçu, une image du monde 
qui anime mon esprit de jeunes Kouros
que ne dissimulent jamais rameau, ni bronde,
et tournoient tout le jour autour d'un omphalos

 

 

______

Alain Cabello-Mosnier 
Terminé le mercredi 24 juin 2026 à Paris

24 juin 2026

Vers sur le "mignon de couchette"

Le "mignon de couchette" est un amant que l'on tient le plus souvent au secret des autres, mais pas de son lit, au secret du cœur qui se révèle, distincts des amours que l'on montre.
 

Le mignon de couchette.
Je hais la guerre et les excès,
Je fuis les débats et procès,
J'aime les voluptés plus douces,
Et telle ne se vante pas
D'une andouille de douze pouces
Que je lui donne à son repas.


— (Les frères Gébéodé, Bibliothèque bibliophilo-facétieuse, Ballets représentés à la cour des rois de France, depuis le règne de Henri IV jusqu'à l'époque de la Fronde ; deuxième publication ; [sans nom d'éditeur] 1854, page 45)

 

22 juin 2026

Pierre Ronsard (1524-1585) ne fut pas sans vers homophobes

Ronsard (1524-1585), le grand, le célèbre Pierre Ronsard, brillant pour son amour inconditionnel des femmes et de l'Amour lui-même, se caractérise aussi pour son homophobie crasse (d'ailleurs, peut-on vraiment aimer l'Amour lorsqu'on s'en prend à celui qu'éprouvent les autres, dès lors qu'il est différent par l'orientation ?). Il me donne la désagréable impression d'avoir plus aimé ce qu'il fait de l'Amour que l'Amour lui-même.

Alors, je sais que le terme est largement apocryphe puisqu'il vient de l’anglais homophobia, créé en 1971 par Kenneth Smith dans l’article Homophobia : A tentative personality profile et popularisé en 1972 par le psychologue George Weinberg dans son livre Society and the Healthy Homosexual en 1972, puis intégré dans un dictionnaire de langue française à la fin des années 1990.
Ce qui est effrayant, c'est de se dire que si le mot homosexuel fut créé en 
1869, il aura fallu attendre 101 ans pour que son aversion soit caractérisée. Ainsi, a-t-on dépénalisé l'homosexualité le 4 août 1982 en France avant que son rejet, sa détestation ne rejoigne enfin un dictionnaire.
Ce qui me dérange à chaque fois dans l'
apocryphité d'un mot, c'est qu'elle semble supposer que, puisqu'il n'existait pas, ce qu'il désigne à postériori n'existait pas non plus. Je sais bien que les sociétés se placent en fonction des mots qu'elles inventent pour conceptualiser quelque chose, ou pour en prendre conscience, et que ce qu'elles désignent enfin, fini par devenir ce qui les préoccupe, mais là, nous parlons d'une homosexualité qui a toujours existé.

 

Donc, si l'on ne peut pas affirmer que Ronsard était homophobe au regard de son qualificatif moderne, on peut tout de même dire que ses poèmes parlant d'homosexualité eux l'étaient bien. Je dirais cela d'autant plus que, lorsque l'on est capable de s'en prendre au roi lui-même, ça ne laisse pas augurer d'une grande tendresse pour celles et ceux de ses contemporains qui l'étaient. J'ajouterais qu'il ne s'agit pas d'un quatrain grivois mais bien d'une succession de poèmes visant à discriminer les homosexuels.
Railler quelqu'un pour quelques raisons que ce soit, c'est donner à d'autres le grain qui manquait à sa bêtise pour qu'elle se répande.

________

En 1578, il écrit ce poème pour se moquer de l'homosexualité d'Henri III (1551-1589) qui délaissait les "cons rondelets" pour les "culs blancs" des mignons de la cour. 

 

 

Adieu, cons rondelets, corralines fossettes,

L'entretien de Nature et de tout l'Univers ;

Adieu antres velus, plains de plaisirs divers,
(donc en un mot, il n'y aurait que le sexe des femmes qui offre des plaisirs divers)

Fontaines de nectar, marbrines motelettes.

Ores, en votre lieu sont les fesses molettes,

Et les culs blancs de chair, de tout poils découverts ;

Les culs plus que les cons sont maintenant ouverts :

Les mignons de la cour y mettent leurs lancettes.

Le Roi ne m'aime point, pour être trop barbu ;

Il aime ensemencer le champ qui n'est herbu,

Et, comme vrai Castor, chevaucher le derrière ;

Lors qu'il foute les culs, qui sont cons estrecis ;

Il tient le naturel de ceux de Médicis,

En prenant le devant, il imite son père !

 

Septidi 27 Prairial 221

 

Il écrit aussi, comme quoi l'homosexualité semble bien le turlupiner :

 

"Le roi comme l’on dit, accole, baise et lèche
De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour;
Eux pour avoir argent, lui prêtent tour à tour
Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche."

 

Ou encore sur cette page-ci ;
https://poesiesqueer.canalblog.com/2026/04

 

 

21 juin 2026

Et si, dans ton amour, il n'y a plus de place

Nuancier de rimesome/é ; autre/ieux ; elle/ien ; our/ace ; oi/ant ; uite/a ; artre/i ; inge/é ; our/ace ; oi/ant ; emble/un ; ère/ir ; ère/ist ; our/ace ; oi/ant ; our/ace ; oi/ant ; 

 

Synopsis : quitté, je tente d'infléchir dans cette chanson gay celui que j'aime plus que tout. Je remets dieu en cause, mon obsession de lui me hante, je le supplie de nous donner une chance.

 

Je traînais le refrain ♫ depuis des mois en réalité, d'abord sur mon portable, puis sur mon PC ; comme ce garçon imaginaire dont je parle, il me hantait, mais ce n'est qu'au début d'avril que j'ai commencé à travailler sérieusement dessus, même si, comme ce garçon que ce texte relate, il n'est pas parfait, mais je l'aime.

 

Tableau dit "Solitude", de Eduard Erlikh avec ce magnifique garçon roux.
Tableau dit "Solitude", de Eduard Erlikh

 

Si j'étais un ange, je resterais un homme,
car l'Amour éternel n'a pas d'éternité
Nous ne pesons pas plus, que le poids d'un atome,
je crois que même Dieu devrait bien se peser

 

C'est peut-être chez lui que la bête se vautre,
à moins que ce soit nous, anges libidineux
aux petits culs d'Adams dont les balles d'épeautre
exposaient leurs corps nus aux foins d'autres angoreux

 

Seule l'éternité peut se dire éternelle,
en attendant ton corps manque souvent au mien
À travers l'espace du temps qui ne martèle
que des éclats de voix qui ne rimaient à rien


Et si, dans ton amour, ♫
il n'y a plus de place
je reviendrai toujours
là où nos corps s’enlacent

car je ne veux que toi,
ici et maintenant
malgré le désarroi
de ma douleur d'amant

 

Nos mots ont dessiné, une ligne de fuite,
pour moi ce qu'on s'est dit ne nous résumait pas
On ne détruit pas tout lorsque le ciel hésite
Comment te convaincre de rester près de moi

Ils ont dévalé les escaliers de Montmartre
filé à Saint-Germain par les rues de Paris
bousculé les bûchers, les harangues de Sartre
et n'ont pas su calmer nos chevaux de Marly

Apaisons nos esprits, nos colères de sphinges,
tout ça ce n'était rien, qu'un fracas de galets,
rien qu'une goutte d'eau sur une corde à linge,
l'accro d'une étoile qu'il faudrait repriser


Et si, dans ton amour, ♫
il n'y a plus de place
je reviendrai toujours
là où nos corps s’enlacent

car je ne veux que toi,
ici et maintenant
malgré le désarroi
de ma douleur d'amant

 

Alors viens avec moi, viens et dansons ensemble,
ce que l'on ressentait, nous faisait tant de bien,
je ne sais pas pourquoi, nos cellules s'assemblent
ne me laisse pas là, comme un Saint-Sébastien
 

C'est comme si le vent, soulevait la poussière
je ne peux t'oublier, me résoudre à finir
ce passage de nous, d'un clignement ciliaire
ne valions-nous pas plus qu'un simple 
repentir
 

Accorde-nous du temps et la joie d'une chance,
je nous apporterai la plus belle setlist,
des ailes et du vent, pour que nos mains balancent
et serai pardonneur, comme le fut le Christ


Et si, dans ton amour, ♫
il n'y a plus de place
je reviendrai toujours
là où nos corps s’enlacent

car je ne veux que toi,
ici et maintenant
malgré le désarroi
de ma douleur d'amant

 

Mais si, dans ton amour,
il n'y a plus de place
te jure que pour toujours
j'en chercherai la trace

 

car je ne veux que toi,
ici et maintenant

 

Notre histoire fait loi
et nos corps tout autant

 

 

Alain Cabello-Mosnier 
Terminé le dimanche 21 juin 2026 à Paris

 

 

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20 juin 2026

Pas eu la vie dont je rêvais

Nuancier de rimes : é/i ; erme/ange ; eux/on ; ite/ousse ; our/ ra/ ; aine/asse ; or/ain

 

Synopsis : je vis dans un pays ou à une époque lors de laquelle nous n'avions pas la liberté de nous tenir la main.

 

 

Certes, je n'ai pas eu la vie dont je rêvais,
ni celle qu'un garçon eut pu vouloir pour lui,
pas plus celle que ma mère aurait souhaité,
elle qui n'envisageait qu'un seul sens à « ami :

des copains de moissons, qui descendaient des fermes,
bras dessus, bras dessous. » Seulement, dans les granges
se mêlaient aux bovins, d'autres couleurs de dermes
De leur gland de fermiers sortaient des giclées d'anges

Alors bien-sûr, j'ai eu de ces moments fameux
où mon cœur s'est serré, pour l'un de ces mentons,
pour un bras replié, le parfum capiteux,
d'une aisselle poilue à l'hirsute chardon

J'ai vu des tailles se dénuder ; monolithe
et mousse colorés d'inflorescences rousses
comme si nos amours devaient être une fuite,
offrants nos gros agneaux à la carde des drousses

Mais, je n'ai jamais eu droit au clos de l'Amour,
à la corne d'or et d'abondance des draps,
qui se montrent froissés dès la levée du jour,
par ces torses musclés que contiennent nos bras

J'ai sifflé dans les champs, bu à l'eau des fontaines,
mais jamais de baisers, sinon qu'une main chasse,
à deviner là, le sillon brun de leur aine,
ou ce bœuf gravide qui nonchalamment passe


Vous savez ce qui me manque le plus ? Leur corps
lié au mien, pouvoir, leur caresser la main,
rejoindre la lune, nous asseoir sur le bord,
tel Pierrot amoureux de son bel Arlequin

 

 

 

Alain Cabello-Mosnier
Écrit et publié le samedi 20 juin 2026 à Paris

 

13 juin 2026

 

 

J'apprends avec ma peine de poète LGBT la mort, ce 2 juin 2026, de Patrick Negrier (1956-2026) qui était l'un de mes plus brillants intervenants sur ce blog. Patrick était un philosophe de l'ésotérisme, auteur de nombreux ouvrages et un incollable sur la Beat Generation. Sa culture insatiable et sa gentillesse m'avaient immédiatement frappé.

Je sais bien que tout mène à la mort des anges, mais lui, c'était un ange architecte, avec le compas et l'équerre à la ceinture.

 

   L'on ne peut tomber plus bas
   Que tombes gisant ici-bas
   Sous la pierre femmes ou cloportes
   Gît la vie que la mort emporte

Alain Cabello-Mosnier - 2014

 

 

 

Je vous transmets le dernier commentaire qu'il avait publié le lundi 08 septembre 2025 à 15:28 avec ce texte de Jack Kerouac qu'il souhaitait porter à mon attention.

 

 

« 213° chorus.
Poème dédié à Allen Ginsberg…
Laboure mon amour –
tire ma raie – sens mon sang –
freine ma sirène – pince ma pine –
tire ma languette – chante mon but –
coule ma boule…
couche mon caissier en déchéance –
suce mon lampadaire, lève le fléau,
pends le traître
dans mon cerveau.
Remplis bien mon seau…
Souris aux dames,
reviens de l’enfer ».

(Jack KEROUAC, « 213° chorus » dans Mexico City Blues, écrit en 1955, publié en 1959, Paris, Gallimard 2022, p. 229).
12 juin 2026

Colloque sentimental

De Paul Verlaine, issu des Fêtes galantes (1891)

 

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.


— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

— Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.

— Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.

Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

11 juin 2026

On s'est dit tant de choses

Nuancier de rimesose/ent ; emble/o ; celle/é ; aime/nou ; ue/on ; ime/eil ; onde/a ; garde/i ; oise/oi ; ête/our ; ore/vers ; table/ou ; oque/tant ; onde/a ; âtre/al ; ousse/oir ; eur/os ; ile/in ; ome/eul ; onge/sket ; onde/a

 

Synopsis : amoureux, je me croyais protégé par l'amour lui-même jusqu'à ce que le regard de mon amant se tourne vers un garçon plus jeune, plus beau.
60 vers hexasyllabes avec refrains ♫.

Portion of painting called (The Calanque Family) by F.C.B. Cadell
Portion of painting called (The Calanque Family) by F.C.B. Cadell
 

 


On s'est dit tant de choses,
pleurés, fait des serments,
pour moi l'apothéose
devait durer mille ans

 

Qui s'aime bien s'assemblent,
ta verge est mon bédo,
longue Nouvelle-Zemble,
on dirait un mégot
 

Je baisais tes aisselles,
te respirais les pieds,
je léchais les ocelles
de tes seins qui pontaient

Quand tu disais « je t'aime »
je ne voyais que nous,
que ton visage blême,
et ton air de Vishnou
 

Et puis elle est venue,
cette ombre de garçon,
se glisser ingénue
avec son air trognon

qui signait la déprime,
comment un gars pareil,
peut être aussi sublime
et narguer le soleil
 

Toutes les fleurs du monde
ne te suffiront pas,
entends mon cœur qui gronde
et s'éloigne déjà


J'ai dû baisser la garde,
me penser à l'abri,
mais quand tu le regardes,
je crois que tout est dit
 

Parfois la vie nous toise
sans trop savoir pourquoi,
comme si une ardoise
effacait tout de moi
 

Je ne fais pas la tête,
celle des mauvais jours,
mais je crois que la fête,
pour moi a tourné court
 

Certes, je t'aime encore,
me reste l'univers,
d'un amour monocore
que je déclame en vers
 

Tout m'est insurmontable
devenu fade et mou
tu brûles un retable
dans un incendie roux

 

 

Tandis que je suffoque
fébrile et haletant
l'Amour lui nous extorque
de la vie et du temps
 

Toutes les fleurs du monde
ne te suffiront pas,
entends mon cœur qui gronde
et s'éloigne déjà

 

Toutes les fleurs du monde
connaitront le trépas
L'amour est une sonde
qui tourne et puis s'en va

 

Rejoins donc le théâtre
de ce corps idéal
dont le pubis rougeâtre
couve un feu hyménal

 

Sens, parmi ses fleurs rousses,
d'or, d'ambres et de soirs,
l'odeur de ses secousses,
sous tes coups de boutoir
 

File abréviateur,
va-t’en litiphagos, (mangeurs de l'Oubli)
ses yeux ont la couleur
des gamins de Paros
 

Son torse juvénile,
attend dès le matin,
tes reins conchyophiles (1)
et vos amours sylvains
 

Je suis ce genre d'homme
qui n'existe que seul
loin des filtres, des baumes
et de tes poils tilleul
 

Pour moi, tu es un songe
qui ôte ses baskets,
un garçon qui me ronge,
ô, éternelle sket

 

Toutes les fleurs du monde
ne te suffiront pas,
entends mon cœur qui gronde
et s'éloigne déjà

 

Toutes les fleurs du monde
connaitront le trépas
L'amour est une sonde
qui tourne et puis s'en va

 

 

(1) Collectionneur des coquillages de son corps que sont ses fesses, ses bourses, ses genoux…

_______

 

Alain Cabello-Mosnier
Terminée le jeudi 11 juin 2026 à Paris

 

 

19 mai 2026

T'es mon dody d'amour

Nuancier de rimesour ; é/ouvre ; in/erie ; aul/obe ; ron/volte ; our ; ant/ide ; or/ive ; eur/aille ; our ; wall/ienne ; rans/ique ; eau/onde ; our ;

 

Synopsis : je chante l'amour avec un garçon à Paris et le poème m'emmène à la recherche des gays du monde, ceux qui font notre histoire, homophobes compris.
64 vers heptasyllabes avec refrains ♫.

 

 

Tu es mon Dody y d'amour
Oh oui mon Dody d'amour
que j'aimerais pour toujours

 

Tu es mon Dody d'amour
Mon petit Dody d'amour
allons visiter Beaubourg

 

Je veux voir le quai d'Orsay,
toutes les salles du Louvre
Les bleus de la royauté
que la sainte chapelle ouvre

Tous les deux main dans la main,
rue de la Bretonnerie,
nous pourrions prendre pas loin
café et viennoiseries

Devant l'église Saint-Paul,
du-Chardonnet homophobe,
écrivons sur un bristol
que l'on met aussi des robes
 

Nos langues sur leurs perrons,
s'amusent et virevoltent
Nous n'avons pour saint patron,
qu'un Sébastien désinvolte

 

Tu es mon Dody d'amour
Oh oui mon Dody d'amour
que j'aimerais pour toujours

 

Tu es mon Dody d'amour
Mon petit Dody d'amour
je te préfère à Hambourg


Fais ta folle bel amant,
sois plus rose qu'une pride,
et sur un char bruyamment,
montre à tous ton beau backside

 

Fais ta Gloria Gaynor
et entonne « I Will Survive»
fais le mec et le cador,
tout chez toi n'est que du style

 

Sorts ton mouchoir de couleur,
rainbow flag, tee-shirt de mailles,
et crions sous la clameur
qu'on n'est pas fan de grisaille

 

Tu es mon Dody d'amour
Oh oui mon Dody d'amour
que j'aimerais pour toujours

 

Tu es mon Dody d'amour
Mon petit Dody d'amour,
nous optons pour le glamour

 

N'oublions pas Stonewall
les marches de lesbiennes
Marais, Castro wall-to-wall,
les mal baisées s'abstiennent

 

Une pensée pour les trans,
les bi, les aromantiques,
poules noires de Marans
les masos et les sadiques

 

Communauté de drapeau,
sommes les homos du monde
Sous les lasers nos sonos,
PD, putes et femmes rondes
 

 

 

Viens à moi Dody d'amour,
mon velu Dody d'amour,
amoureux, je vote pour

 

une ville ivre d'amour
Londres, Berlin ou Jaipur
Nicosie, et alentour

 

 

_______

Alain Cabello-Mosnier
Terminée le 19 mai 2025 à Paris

 

13 mai 2026

Fais-moi un smack

 

Nuancier de rimes : ec ; ac ; ousse ; ort ; é ; endre ; ilt ; ang

 

Synopsis :
64 vers tétrasyllabes amusants ♫.

 

T'aimes la teck,
et puis les mecs,
aux muscles secs,
et seins de teck

 
Tes super pecs,
sont des bombecs,
garçon impec.
Tu es mon Shrek
 
Fais-moi un smack
Baiser de mac,
au bord du lac
Un truc full track
 
C'est comme un jack,
le cul se hack,
l'anus en vrac,
façon aubrac
 

Nez dans la mousse
le trou qui tousse
et se trémousse
gémi et glousse

La queue qui pousse
blanche et si rousses
t'es à mes trousses
les mains trop douces

 
Tu es si fort
avec ce corps
épais et saur
Taureau et gaur
 
C'est comme un sport,
ou bien un sort
puis je m'endors
sur ton trésor

Viens là bébé,
sors ton briquet,
vais le frotter
pour t'allumer

 
Je veux jouer,
à caresser,
tes reins d'acier,
comme un damné

Monter, descendre
et puis ascendre,
sur ta queue tendre
couillons de cendre

Tu peux prétendre,
mon beau Léandre,
ne rien entendre,
à nos méandres
 
mais sous ton kilt,
De Vanderbilt,
plus long qu'un stilt,

pénis et milt,


au large hilt
Mes yeux font tilt,
débande et wilt,
gland dans le silt
 

Mon cœur fait bang,
un bommerang,
tétons copangs,
goût de bawang,

sent le mustang,
poilu et clang,
coups de parang,
de noix djansang

 

_______

Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le 18 mai 2025 à Paris

 

 
30 avril 2026

MARC (massé)

Theseus and the Minotaur (1781-83), Plaster. Antonio Canova (1757-1822), Italian sculptor.
Theseus and the Minotaur (1781-83), Plaster. Antonio Canova (1757-1822), Italian sculptor.

Nuancier de rimes : tion/inale ; oir/erte ; eur/ure ; oi/uste ; eux/puce ; et/anal ; ous/oire ; u/onde ; eau/ame ; arc/oite.

 

Synopsis : Marc est un de mes plus anciens massé que je vouvoie et respecte, tutoie et désire, et plus le délire sexuel s'installe entre fantasme et réalité, massage et sexualité, plus je confonds les pronoms personnels jusqu'au sein d'une même strophe. Le poème fait suite à MARC (déshabillé).

Alexandrins de 40 vers

 

 

L'ange du chaos et de la destruction,
l'aisselle archipoilue, aux boucles circinales,
venait majestueux dans ses anudations,
noirci de menu vair, la crosse cardinale

 

Vous vous allongiez, nu, sur votre petit loir,
pour vous laisser masser comme ces fleurs inertes,
gigantesque, odorant, abominable et noir,
le corps qui attire, révulse et déconcerte

 

Je convoitais câlin, tous vos trous de chaleur
L'un après l'autre, te reniflant l'encolure
de l'anus imprégné par vos fortes odeurs
que ma langue léchait à même la froissure


Je vous prends les orteils, te les masse des doigts,
d'huile et de salive, ma langue s'y ajuste,
votre torse clouté, tel un drag queen sur moi,
avec pour talons haut des mamelons robustes
 

Puis, vous vous retourniez, toxique et vénéneux,
le ciboire blanchit par l'hostie des prépuces,
votre Maure coiffé de son tortil squameux,
fait d'anges écrasés sous de douteux capuces


Votre gland rouge se tapissait de muguet,
de vestales folles devenues bacchanales,
l'anus béant comme la bouche d'un noyer,
donnant ses pustules et ses odeurs anales


Nourrissez-vous de moi, nourrissez-moi de vous,
Par votre massage, je m'instruis de l'histoire,
des nus qui s'affrontent, dans l'âtre des cantous
que vous éclaboussez de désirs provisoires


Mettez-moi à nu, mettez-vous à mort, pas plus
Guidons votre taureau vers mon étable ronde
Amenez le troupeau des bovins disparus
Vous trouverez fendu, mangeoire à pailles blondes

Placez vos mains charnues sur mes cuisses d'agneau,
préparez mon anus pour cet enfant sans âme,
et gavez de lait sa gueule de petit veau
qui, à peine venu, meugle, pleure et réclame

 

Je suis l'esclave d'un vice, « pinez-moi Marc,
fichez-moi de cible rose, aguicheuse et moite,
l'arbalète tendue comme celle d'un arc, »
dites-moi que vous êtes, le Diable qui me doigte


dimanche 3 mai 2026 à Paris
par A. Cabello-Mosnier,

 



 

22 avril 2026

Amitié perdue

 

Par le poète homosexuel Yeram Fariv (1974-)

 

Je sais, tu m'as aimé, sans n'avoir pu le dire
Et moi je n'ai pas vu, pas voulu voir le pire,
Ce sentiment si fort qui nous reliait en un
Et négligeait le corps par amitié d'emprunt
 

Parce que ce n'était qu'harmonie entre nous,
La passion se couvrait de rires et d'humour...
Mais je n'ai pas compris tes blagues au détour
Quand tu cherchais plus loin que de simples bisous
 

Tu m'allégeais la vie et me comblais de joie
Et, pourtant, tu souffrais de ton physique ingrat ;
Je te voyais souvent et rien ne nous gênait
Or ce triste soir-là, tu as tiré un trait.
 

Je ne pouvais étendre un amour amical
Au sexe libertin, débordant et sordide :
Je te voulais pour moi, et ce fut un suicide
Que de te voir dissous dans ton sombre bocal
 

Alors, on s'est quitté ; le jour était de trop —
Toi, cheval offensé ; moi, pantois, comme un sot —
Cinq années ont passé et rien n'est revenu,
Ni l'épique, ni l'âme... Une histoire perdue.

20/06/2023

20 avril 2026

Tactiques de combat à l'épée, Allemagne, XVe siècle
Tactiques de combat à l'épée, Allemagne, XVe siècle

Le 14 avril 1578, Pierre de L'Estoile (1546-1611) note dans son journal qu'un de ses « amis » a composé plusieurs sonnets « piquants » à propos des célèbres Mignons du roi Henri III. Le sonnet homophobe que je vous propose là est attribué à Pierre Ronsard (lui-même :

 

Version en vieux français

II me desplaist beaucoup qu'une nouvelle marche
Offusque le Flambeau du naturel Amour
II m'attriste d'ouïr ce qu'on dit de la Cour
Mon visage d'ennui [s'enjaunit] et dessèche.
Le Roy comme l'on dit accole baise et lesche
De ses poupins Mignons le taint frais nuit et jour
Eux pour avoir argent, lui prestent tour à tour
Leurs Fessiers rebondis et endurent la bresche.
Ces culs devenus cons, engouffrent plus de biens
Que le Gouffre de Scylle hay des Anciens,
Et auroit mieux valu pour le bien de la France,
Qu'Henri second du nom à qui je fus donné,
Bien qu'il desplaise aux Dieu [sic] eust les culs bouquiné
Que défaire un Néron de sa noble Semence.

II me déplait beaucoup qu'une nouvelle marche
Offusque le Flambeau du naturel Amour
II m'attriste d'entendre ce qu'on dit de la Cour
Mon visage d'ennui [s'enjaunit] et dessèche.
Le Roi comme l'on dit accole, baise et lèche
De ses poupins Mignons le teint frais nuit et jour
Eux pour avoir argent, lui pressent tour à tour
Leurs fessiers rebondis, et endurent la brèche (sodomie).
Ces culs devenus cons, engouffrent plus de biens
Que le Gouffre de Scylla haït des Anciens,
Et aurait mieux valu pour le bien de la France,
Qu'Henri second du nom à qui je fus donné,
Bien qu'il déplaise aux Dieu eut les culs bouquinés (Copuler, pour un bouc, un lapin ou un lièvre.)
Que défaire un Néron de sa noble Semence.

 

Pierre de L'Estoile, Registre-journal du règne de Henri III, éds. Madeleine Lazard et Gilbert Schrenck, six volumes, Genève, Droz, 1992-2003, ici vol. II, 1996, p. 183-184. Toutes les références à cette édition seront incluses entre parenthèses dans notre texte. Le mot « s'enjaunit », illisible dans le manuscrit de L'Estoile, apparaît dans Pierre de Ronsard, Œuvres complètes II, éds. Jean Céard, Daniel Ménager et Michel Simonin, Paris, Gallimard, 1994, p. 1247. Le vers 10 dans cette édition contient le mot « Scylle », au lieu de « Scylla », qui rend le ver faux dans la transcription de L'Estoile.

Ma source : persee.fr
Voir aussi votre article du 22 juin 2026 Pierre Ronsard (1524-1585) ne fut pas sans vers homophobes

 

18 avril 2026

MARC (déshabillé)

The Drunkenness of Noah (1540-60). Baccio Bandinelli (1493-1560), High Renaissance and Mannerist Italian Sculptor. Carrara marble relief.
The Drunkenness of Noah (1540-60). Baccio Bandinelli (1493-1560), High Renaissance and Mannerist Italian Sculptor. Carrara marble relief.

Nuancier de rimes : ou/ven ; ille/é ; une/ert ; oncle/in ; eau/eur ; ure/ort ; elle/oi ; ate/seaux ; il/on ; inte/um ; pisse/ou ; lume/ail ; mons/al.

 

Synopsis : Marc est l'un de mes massés avec lequel j'ai vraiment pu expérimenter en profondeur l'art du massage, puisque c'est mon métier et l'objet de toutes mes recherches au sein du cfdrm.fr. Non seulement il a largement participé à me permettre vivre de ma passion, mais les libertés créatives et les prises de notes que je faisais en cours de séances, furent décisives.
Nos rapports sont toujours restés professionnels, même si mes expériences m'ont fait l'approcher de manière que je qualifierais de "pas usuelle" mais de toujours respectueuse et jamais frontalement sexualisée. La suite, c'est 
MARC (massé).

Alexandrins de 52 vers et là, j'en écris un nouveau dans lequel je baise plus imaginairement avec lui.

 

 

Jamais massage n'eut de carnet tel que vous,
de pages à croquis, ni jamais si souvent
hommes se sont tenus, habillés et debout,
prêts à s'abandonner, clocher et cloche au vent


Encharogné de brun, vous meurtrissiez la ville
de vos marais gonflés de crues inapaisées,
la chemise remplie d'une toison tranquille,
qu'il me fallait ouvrir sur des jours pénombrés

Je vous déboutonnais le col puis, une à une,
regardais bâiller vos boutonnières de mer
sur leurs byssus de lin là pour toute fortune
et dont les ourlets fins, vous montraient torse ouvert

Petit pêcheur heureux, je cherchais le pétoncle
de vos tétons salés d'un sel himalayen,
rosâtre, qui tirait sur le rouge carboncle,
rubis qui prenaient la poussière des chemins

J'en léchais vos béryls, fait de sueurs et d'eaux
n'osant pas sous vos bras, me gaver des candeurs,
de vos puits parfumés par d'immondes déos,
qui repoussaient par trop l'intrépide masseur


Cette fève d'huile parcourue d'aventure,
offrait tous ses charniers putoisés par les morts,
C'est l'empreinte d'un pas que laisse la chaussure,
d'un criminel heureux et surtout, sans remords

Renversez l'encrier de vos larges aisselles
pour que mes pupilles s'y jettent et se noient
C'est de toutes les morts, sans doute la plus belle,
à choisir la mienne, la sueur est mon choix

J'aimerais qu'elles soient mon bandeau de pirate,
qu'elles mouillent mon œil, de leurs tristes vaisseaux,
asperger votre sein de mon sang écarlate
et périr par le trait de vos cruels Verseaux

Ma langue vous massait le ventre et le nombril,
détachait ceinture, braguette et pantalon,
dévorant vos dessous, qui me mettait au fil
non pas de l'épée, mais de confus caleçons


C'est la hanche large, et puis votre ange qui pointe,
endormi sous la soie, il remplit son barnum,
de ses fruits, ses fleurs, ses courbes de coloquinte,
là où Dieu a voulu, nos jutes et cordum

Je le sors et le sens, votre sexe est d'épices,
c'est un extrait des cieux désiré par l'Amour,
un exsudat de saveur, qui bande et qui pisse,
porcelaine de chair, qui valait le détour

Je renifle son dais, mais j'en garde les plumes
de vipère aztèque sous les feux d'un vitrail
Répandant ces relents et ces rouilles d'enclume,
tel un manga tout nu dessiné pour hentai

J'écarte vos fesses, j'en remplis mes poumons,
puis dévore de vous l'orifice aboral,
par lequel ne sortent jamais que nos démons,
mais duquel s'inspire ce poème immoral


 

Écrit par A. Cabello-Mosnier,
le samedi 18 avril 2026

11 avril 2026

NICOLAS

St. Sebastian. par Cornelis van Haarlem, de 1591.

 

NICOLAS

 


 

Nuancier de rimes : ant/ivre ; ou/inne ; oi/asque ; u/ante ; ort/tase ; eau/entre ; tion/erde ; ers/une ; quin/ile ; eux/esse ; oil/angue ; uit/aine ; ant/ivre.

 

Synopsis : Nicolas est aussi réel que ce que je décris dans ce poème. J'étais, je suis et je resterai complètement addict à ce garçon avec lequel j'ai baisé plus de dix ans et avec lequel les choses vont changer puisque je pars en octobre 2026 vivre définitivement à Clermont-Ferrand, lorsque lui est à Paris.

Alexandrins de 54 vers

 


Nicolas mon amour, mon bel et rude amant,
combien à tes côtés, il m'aurait plu de vivre
Pense à ces parties de nous, chaudes en dedans,
toutes si densément poilues qui nous enivrent

J'ai sublimé ton corps, tes rigueurs d'acajou,
marqués d'espaces bruns, de fentes marennines,
aisselle et borgneux (1) blets qui plaçaient leurs Ankous, (2)
contre mes traits de boy mi-gamin, mi-gamine

Ton souffle haletant, toujours derrière moi,
je sentais friser tes laines de bergers basques
qui m'effleuraient le dos et la masse du doigt,
dont l'immense lourdeur était de verge flasque

Ta biroute molle et ton prépuce pointu,
enfermaient, puamment, les pertes humescentes,
d'un cabochon ord qui sentait l'ange déchu,
le vice, l'incurie et la femme méchante

...elle est si chaude, et si épaisse que mon corps,
tressaille de désirs et frisonne d'extase
C'est l'inquisition et puis la mise à mort,
de Onan masturbé, jusqu'à l'ultime épectase

Maître et antique fils, pourquoi es-tu si beau,
nu comme Caïn, tu as le poignard au ventre
Je gis de sperme et de sang, ombre et caniveau
lorsque mon âme sort, c'est ta lame qui entre,

amoureux pour toujours de tes abjections
« Crève, me disais-tu, viens, avale ma merde,
les bovins de mon cul, turpides mixtions,
dévaleront sur toi, les troupeaux de mes
herdes »

L'esprit dérangé, moi, bergerot des enfers,
auquel tu donnais ta noire monnaie de lune,
je me satisfaisais du misérable avers,
me disant de la vie qu'il n'y en avait qu'une

Si je pouvais contre moi te garder mesquin,
je te reniflerai à devenir débiles
De tous les Nicolas, il n'y en avait qu'un
qui pouvait me donner ses liqueurs atrabiles

 

Sois nu, encore une fois, tout en nu, scabreux
Réenlève ton slip, écarte-toi les fesses,
remontre-moi ton trou et je serai heureux
Laisse-moi l'admirer à défaut de tendresse


De nuit comme de jour, je veux voir tous tes poils,
les sentir, les frôler, en jouant de ma langue
dans l'éventrement de tes breuilles de juoils
L’aisselle en charmille devenue ma varangue

Par pitié, reste nu, tout nu, toute la nuit,
que ton anus bleu, soit mon unique oxygène
Que je sache ce qu'est que de vivre aujourd'hui,
avec toi pas douché de toute la semaine

Nicolas empereur, ambitieux Trajan,
tu contemplais ton corps dans un miroir de cuivre,
chasseur ithyphalle, sculptés de marbre blanc,
main sur l'arbalète, et flèches gonflant ton quivre

Mon si beau Nicolas, mon lumineux amant,
saches qu'à tes côtés, il m'aurait plu de vivre
 

 

Alain Cabello-Mosnier
samedi 11 avril 2026

 

"Borgneux" néologisme que j'ai créé pour désigner l'anus qui paraît comme un œil crevé.
2
 Ankous : j'ai absolument tenu à le mettre au pluriel et en faire, par antonomase, un nom commun, afin que chacune des aisselles de Nicolas devienne la personnification de la mort elle-même ; l'anus putride de Nicolas, devait aussi avoir la sienne, la Mort devait y habiter et moi avec elle, dans son cul.

6 avril 2026

Mon snowball earth

Nuancier de rimes : eune/u ; ène/in ; emble/ard ; ie/an ; ice/on ; ise/or ; ouffle/men ; ie/an ; ecte/ier ; ibde/oi ; oile/iel ; ie/an.

Synopsis : le "snowball earth" c'est l'état de la terre à l'ère glaciaire que je compare aux cheveux blancs de mon amant. Je fus donc, dans ce poème, un très jeune homme qui eut pour partenaire quelqu'un de beaucoup plus âgé que lui et qui adorait ça. Vingt ans plus tard, si notre différence d'âge questionnait toujours autant, moi, j'adorais mon homme et à présent que lui et moi sommes morts, nous continuons à copuler dans les étoiles, sans oublier de passer par les orifices de la mythologie grecque.

 

 

Les gens te reprochaient de m'avoir séduit jeune
On te disait pervers, oui, mais l'on s'était plu,
rien qu'un Monsieur Loyal s'enfilant son zigheune,
J’étais ce benjamin que tu chevauchais, nu


Bien sûr, je m’aperçois que nos baisers les gênent,
trente ans nous séparaient, ça dérangeaient certains
qui me voyaient enfant, dans ta gueule de hyène,
devenir le jouet, de ta boîte à pantins
 

Après vingt ans d'orgies, je vois que tu ressembles,
toujours à cet homme devenu mon gaillard
Certes, tu as vieilli, pourtant, c'est moi qui tremble,
lorsque tu me rejoins, mon beau Lazare, « Elʿazar » 1
                                                                                                                         1
 
« Dieu a aidé », étymologie arabe du saint.

 

Oui ce vieillard était tout l'amour de ma vie,
c'était mon prince, mon ami et mon amant,
nous partagions le fun, la joie, tout à l'
envie,
tout à l'envers jusqu'à la mort et maintenant


Je t'offre encore mon corps, ma lèvre rosie,
quand tu la suces, la mordilles de tes dents,
je bois la peau de tes baisers jusqu'à la lie,
tu restes mon
Hadès aux enfers brûlamment

 


Laisse-moi déballer le coffret de tes vices,
goûte à mes viscères, saccage ma raison,
laboure de tes doigts le petit orifice,
que je prête à la fleur mauve de ton chardon
 

Je veux ton vautour, ta charogne à tête grise,
que dans mes entrailles, son cou me ronge à mort
Déchaîne-toi sur moi, pisse sur nos églises,
et que baiser entre garçons leur donnent tort
 

Cannibalise-moi, aspire tous mes souffles
Tu as le poil snowball earth de ton abdomen
qui se frotte sur moi, m'écrase et me maroufle,
extrayant de nos œufs, l'abondant albumen

 

 

Oui ce vieillard était tout l'amour de ma vie,
c'était mon prince, mon ami et mon amant,
nous partagions
le fun, la joie, tout à l'envie,
tout à l'envers jusqu'à la mort et maintenant


Je t'offre encore mon corps, ma lèvre rosie,
quand tu la suces, la mordilles de tes dents,
je bois la peau de tes baisers jusqu'à la lie,
sois mon Poséidon dans la mer
 
coulamment


 

Cent ans sont écoulés, la terre nous humecte,
nous avons les os nus de ces gens oubliés,
mais la glèbe a gardé mes pages d'analectes,
tracées de lignes bleues faites pour m'attacher

Je me jette en entier dans tes trous de Charybde,
offre-moi tes évents, tout ce qui pue de toi,
ton chibre de Scylla, tes béances d'Haribde,
je ne veux plus être aux cieux qu'un cerf aux abois.
 

En constellation, brillons d'un jeu d'étoiles,
à jamais appelé « Les fileurs d'arcs-en-ciel »,
nos culs dans l'univers sur un bateau à voile,
baisant à la volée, les contempteurs de "iel"

 

Oui ce vieillard était tout l'amour de ma vie,
c'était mon prince, mon ami et mon amant,
nous partagions
le fun, la joie, tout à l'envie,
tout à l'envers jusqu'à la mort et maintenant


Je t'offre encore mon corps, ma lèvre rosie,
quand tu la suces, la mordilles de tes dents,

ses eaux saumâtres sont tes fleurs d'ascidies,
mirifique Céto, ô monstre luisamment

 



 

A. Cabello-Mosnier, le lundi 6 avril 2026

 

4 avril 2026

Instant-poesie de Dany Laferriere

Instant-poesie de Dany Laferriere par France Culture, ici.
Des grandes figures de la poésie haïtienne à des autrices canadiennes d'aujourd'hui, la carte blanche offerte à l'écrivain et académicien Dany Laferrière révèle les 20 poèmes qui l'ont porté, et qui l'accompagnent encore aujourd'hui.

Écrivain, peintre et cinéaste, Dany Laferrière construit depuis 40 ans une œuvre prolifique composée de 38 livres, traduite partout dans le monde, qui lui a valu le Prix Médicis en 2009 pour son roman L'Enigme du retour et son élection à l’Académie française en 2013. Originaire de Haïti, Dany Laferrière s'est exilé au Canada dans les années 1970 où il travaille à l'usine, avant de connaître un succès inattendu avec son premier roman paru en 1985 Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.

Depuis son enfance, la poésie haïtienne n'a cessé de le suivre et de l'habiter. L'écrivain français Paul Morand aurait dit en 1930 lors de son passage à Port-au-Prince : "En Haïti, tout finit par un recueil de poèmes." Cette tradition poétique se retrouve très particulièrement dans la sélection que nous propose Dany Laferrière, à travers notamment les figures de Davertige, Carl Brouard, Magloire-Saint-Aude, René Depestre ou encore Gaston Miron. On y entend également le premier poème écrit en créole dans l'histoire de la littérature, signé Duvivier de la Mahautière en 1757. L'Académicien évoque aussi sa passion pour la poésie japonaise de Lipo (ou Li Bai) et Lu Yu ou encore son amour infini pour l'écrivain argentin Jorge Luis Borges. Et il nous fait découvrir des œuvres plus contemporaines et encore assez méconnues en France, celles des poétesses canadiennes comme Denise Desautels ou Joséphine Bacon.

Une collection proposée par Camille Renard

Avec la collaboration de Pascaline Bonnet et Roxanne Natta

Réalisation : Daphné Leblond

Textes lus par Sarah Jean-Baptiste, Camille Léon-Fucien, Dana Fiaque et Roberto Jean

Carte blanche graphique : l'illustrateur et auteur de bande dessinée canadien Jimmy Suzan accompagne les poèmes de ses créations originales, diffusées sur le site et les réseaux sociaux de France Culture
Un grand merci à Camille Robitaille pour sa collaboration

Depuis septembre 2025, la collection de podcasts L’Instant poésie est adaptée dans un livre de 300 pages, publié aux Éditions Seghers, dans lequel sont reproduits les commentaires des passeurs, les poèmes qu’ils ont sélectionnés ainsi que les différentes illustrations qui accompagnent chaque épisode.

 

2 avril 2026

A mon cœur tant affamé

Nuancier de rimes : er/i ; main/erte ; our/oi ; entir/ent ; soir/une ; nue/ombre ; ote/ève ; métrie/on

 

Photographie de Mucha.

Synopsis : un vieux poète se rend compte qu'il n'a jamais vraiment aimé ni été aimé en retour et qui, au soir de sa vie, se contente d'imaginer l'Amour en alexandrins léonins, comme ses rêves les lui content jusqu'à ce qu'il s'endorme.
Dans la troisième strophe connotée, « Art nouveau », façon Alphonse Mucha (, ce garçon seul espère en rencontrer un autre sous la lune. Dans le vers qui suit, au lieu d'une bougie, il s'éclaire d'un encensoir qui produit une fumée mystique. Et là, toute la fortune de cet amant, c'est de l'encens qu'il brûle pour un vœu.

 

Écrit ce soir


 

Jamais hélas baisers, n'auront enseveli,
mon cœur tant affamé, mon corps à l'infini,
ni point plus aucune main à la mienne offerte,
n'aura le lendemain la joie de croire ouverte,

 

mon alcôve à l'Amour, pour un regard de toi,
beau garçon que le jour, efface de mes draps,
comme si te sentir m'était trop beau présent,
et qu'à la nuit mentir, m'apaisait lentement


Je t'attends tous les soirs, m'éclaire de la lune,
d'un petit encensoir immolant sa fortune,
pour que naissent des nues, tes reins dans la pénombre,
avant qu'épaules nues, disparaissent et sombrent

Je souffre et sanglote, mes amants sont ce rêve,
à courbe asymptote, qui résolue, m'achève
Sois ma géométrie, mon compas, mon crayon,
la belle asymétrie entre rêve et raison

 

 

 

 

A. Cabello-Mosnier- 2 avril 2026

26 mars 2026

Mon front contre ton cou

 

Nuancier de rimes : ou/un ; ais/a ; our/ie ; eu/souffle ; on/an ; rin/èr ; eur/ance ; eau/elle ; ute/or ; age/al ; une/arte ; ssion/euvre ; on/an ; rin/èr ; ir/einte ; ame/ousse ; euse/oc ; onde/nus ; ace/ige ; oeil/isse ; on/an ; rin/èr.

 

Synopsis : Nous sommes deux marins amoureux.
Alexandrins léonins de quatre-vingt-huit vers jouant avec trente-six rimes uniques avec refrains ♫.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon front contre ton cou, respirant ton parfum,
il ne restait de nous que ces reflets aubains
Quand je te regardais, moi, je n'y croyais pas,
ce que mon cœur disait, tu l'entendais déjà


 

Alors, dis mon amour, passerai-tu ta vie
à l'ombre d'une tour envahie d'abélies *
Savais-tu qu'en hébreu, Abel veut dire « souffle »,
le mien est numineux, et jamais ne s'essouffle

 

 

   Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
   deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.
   De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
   qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers


 

Loin des cachinnateurs, des moqueurs de puissance,
implorons le bonheur de nos mets de naissance
Chèvre perchée en haut de tes pentes motelles,
j'y venais lécher l'eau salée de tes aisselles


 

Sans craindre la chute, l'empire de la mort,
qui tire et chalute des quantités de corps
Sous tes bras sauvages, je déployais astral,
le trésor sans âge, de cet antre claustral


 

Elles semblaient une de ces très vieilles cartes,
éclairées de lune, et d'abysses que j'essarte,
telle est ma passion, l'aisselle est mon Grand Œuvre,
océan de lussions, de planctons et de pieuvres

 

   Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
   deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.
   De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
   qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers


 

Je crois souvent périr de nos lampes éteintes,
c'est comme si dormir me privait d'une éteinte
Ta peau sent les flammes, torture à braises rousses
qui rougeoie, se pâme, Dieu que ta chatte est douce


 

Infâme merdeuse et rouge fèces de coq,
ornière argileuse, pourvoyeuse d'estocs
Offre-moi le monde, loin des chants de Vénus,
et tes fesses rondes à profil de Janus


 

qui montre ses faces d'hommes lasiopyges,
petites brutasses dont la beauté vous fige
Tel un voile de feuil, rosissant sur tes cuisses,
captif de mes reseuils s'expose à mes sévices


 

   De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
   qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers

   Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
   deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.

 

 

 

 

 

 

* Le non d'abelia fut donné en hommage à Clarke Abel qui la découvrit en Chine

 

 

 

Rédigé par Alain Cabello-Mosnier
le vendredi 27 mars 2026, à Paris

26 mars 2026

Portait de Charles du poète bisexuel Robert Graves (1895-1985)

9 mars 2026

Pour l’historien de l’art Thomas Schlesser, la poésie est un outil d’émancipation individuelle, mais aussi une manière d’accéder à l’universel. Un élan qui vient "à la fois de l’être et du fond des âges".
 

https://www.facebook.com/reel/1541003468028498

7 mars 2026

François Maynard (1582-1646)

    Toutes les femmes s’étonnent
De ton goût dénaturé :
Il est ennemi juré
Du plaisir qu’elles nous donnent.
 
Bougre sans comparaison,
C’est offenser la raison
Que leur déclarer la guerre.
 
Sois-leur désormais plus doux :
Elles ont mis sur la terre
Les beaux garçons que tu fous.

5 mars 2026

Concours de poésie de la RATP 2026

Partagé avec Public Allez, on enjambe le piédestal de la célébrité.

Partagé avec Public Comme chaque année la RATP sélectionne des vers destinés à être affichés dans le métro parisien. Cette année, le jury est présidé par Benjamin Millepied, afin de sélectionner 10 lauréats, pour trois Grands Prix (Grand Prix Enfants, Grand Prix Jeunes et Grand Prix Adultes). Les lauréats verront leur œuvre affichée sur l’ensemble du réseau RATP pendant les deux mois d’été et seront ainsi lus par des millions de voyageurs chaque jour !

Pour cela, cliquez sur https://grandprixpoesie.ratp.fr

Nous avons hâte de vous lire, bonne chance à tous !



Moi j'ai envoyé :

 

Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.

De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers

 

17 février 2026

J'ai fait le choix d'aimer vos bas-jardins

Paul Cadmus (1904-1999), American artist

 

Alexandrins de quarante huit vers à rimes uniques MMFF, MMFF - MMMM, MMMM
Nuancier de rimes : é/ouche ; ant/eille ; us/eux ; ou/ars ; or/ane ; eul/ige ; ir/eur ; i/in ; ion/aime ; our/asme ; on/aux ; us/ieux.
 

Synopsis : le garçon semble, sinon triste et malheureux, en tout cas nostalgique de l'Amour qu'il n'a jamais rencontré. Il rêve d'avoir un amoureux et pourtant, dès qu'un homme tente de le séduire, il le fuit et préfère se satisfaire tout seul.

 

 

Ramasse les morceaux du sceau que j'ai brisé
en essayant d'aimer comme je t'ai aimé
Ramasses-en les bris, mets-les-moi dans la bouche,
sanguinolents et morts avant que ne se couchent,

les souvenirs heureux et les soleils brûlants,
qui rampent sous ma peau, pareils à des serpents
Ils mordent mes yeux, et sifflent à mes oreilles,
épanchant leur venin dans mes veines vermeilles

Je ne sais plus, ni où, ni comment t'aimer plus,
jeter à l'édredon la fleur d'agnus-castus
Que suis-je sinon que cet enfant amoureux
qui veut pouvoir aimer, sans vouloir être deux

Je crois que c'est tout seul que je me noie de nous,
dans les sanglantes eaux qui suintent d'un bayou
Tes Minerves d'argent, loin des asseaux de Mars,
offraient leur phalle blanc, de jolis Curés d'Ars

Viens-t'en nu, et baise-moi jusque dans la mort,
débitume mon cul, prend mon âme et mon corps,
moi qui chéris de nous, le berger et son âne,
ta bouche de baisers qui tendrement nous tannent

Et puis me voici de nouveau haletant, seul
agitant mes chiffons de calcanthesglaïeuls
*(prépuce couvert de merde dite "fleur de cuivre")
comme si vos lunes me coloraient la tige,
et que ma bite coulait sous le poids d'un vertige

Je me branle et m'en veux d'éviter ou de fuir,
l'homme qui voudrait me prendre, m'assauvagir
sous le faix de ses os, salives et sueurs
dégoulinants de lui, pareils à un malheur


N'est-on point assez seul à se voir asservi,
que libre de l'être, comme on l'est dans un lit
C'est pourquoi, j'ai choisi d'aimer vos bas-jardins
où dansent sans cesse vos queues de ballerins

Mais je préfère mon imagination,
à vos fourbes vols de petits alérions
qui ne voient guère de moi qu'un jeu pour eux-mêmes.
Pendus à mes branches, bréants et eurylaimes

Vous m'ignorez ? Je vous snobe comme l'amour,
puisque vous refusez de jouer dans ma cour,
celle que je remplis d'incroyables fantasmes,
me couvrant de miel en brèche et poudres d'empasmes

Assieds-toi fourrier, et ôtes mon ceinturon,
je vais te masturber de cent mille façons,
te renifler du cul à l'aisselle, tayaut,
tayaut, crierais-je à pourchasser tes sanglots

Écœurant Adonis, aberrante ludus,
puant des pieds et des béances de l'anus
Je me pâme, cambre mes reins, ferme les yeux,
puis regarde au loin, mes élans artérieux



Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le mardi 17 février 2026, à Paris

 

15 février 2026

Je sais bien

 

Je sais bien, qu'un autre garçon est dans ton cœur

Je sais bien, que je ne suis pas à la hauteur

que nous deux attend un rêve qui ne vient pas

que nous deux, toi et moi, ça ne suffira pas

 

Et pourtant, mon corps ne regarde que vers toi
mais comment, oublier le timbre de ta voix ?
 

Tu n'aurais, jamais dû me répéter « Je t'aime ».
Tu n'aurais jamais dû, mais tu l'as fait quand même
Lever les yeux vers moi, avec cet air de fête
Et moi, je reste là avec toi dans la tête
 

Tendrement, tendrement, tendrement avec toi
Et puis quoi, et puis quoi, et puis quoi maintenant ?
Je te veux, je te veux, je te veux tellement
Que le vent, que le vent, rend le vent malheureux

Laisse-nous encore la chance d'être ensemble
Laisse-nous le choix de cavaler au même amble
qu'un cheval qui attend immense et formidable
ton cheval, crins au vent, les sabots dans le sable

 

Et pourtant nous sommes pareils à ces amants
Qui s'attirent, s'aiment tout en se déchirant

 

Je n'aurais jamais cru pouvoir autant aimer
tu es mon chien de feu, qui, pour deux brûlerait
Je veux te respirer et embraser ta peau
tes hanches débraillées, pareil à un poulbot

 

Revanchard, revanchard, revanchard, et chafouin
Qui pour rien, pour rien, rien au monde, n'est fêtard
S'apitoie, s'apitoie, s'apitoie, un peu tard
Et qui part, et qui part, et qui part, loi de moi



Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le dimanche 15 février 2026, à Paris

 

31 janvier 2026

Je suis ce gars un peu étrange

Nuancier de rimes : ange/i ; er/ant ; ome/age ; ete/ame ; or/é ; aine/ide

Autoportrait d'Émile Friant de 1880.

 

Je suis ce gars un peu étrange,
on me le dit, mais ça suffit,
je ne suis pas qu’entouré d'anges,
en tout cas pas là où je vis.

Tel un tableau de Michel-Ange,
parfois dans la rue je vous suis,
de mon regard qui ne dérange
que celui-là qui s'est servi

 

De là, je vois tous vos travers
qui par la mer cherchent le vent
Je le disais encore hier,
on n'est pas prêt pour le beau temps.

Pourquoi ce goût pour les envers,
la passion des faux semblants,
à dresser des armées de fer
pour opposer Bible et Coran ?

 

Si Dieu avait créé les hommes,
les désirant à son image,
puis repartait pour faire un somme,
en nous disant soyez bien sages.

Imaginez le polychrome
Lui aurait-il encore l'âge
Revenu à l'antique Rome
de sauver nos os du naufrage ?

 

Pas besoin de sortir du Gange
d'être Brahman ou bien Gandhi
Engé d'un mec qui s'arrange
d'un coupé aux États-Unis

Que vous soyez à Sauxillanges
En plein Dallas ou à Paris
C'est toujours la même vidange
Par le hublot d'un Kennedy

Vous lui faites trou dans la tête
Puis choisissez votre programme
en dispersant sur la banquette
le cerveau qui contient son âme

Les dictateurs sont à la fête
ils rigolent, se plient, se pâment
mais que cela ne vous inquiète
ils ne prendront jamais les femmes

Vous recherchiez un âge d'or
je crois que vous l'avez trouvé
il est un peu pourri du port
même la mer s'est retirée

Allons, faites donc un effort
donnez vos vies, vos nouveaux-nés
battons-nous tous jusqu'à la mort
ensemble, on va y arriver

C'est toujours la même rengaine
On dirait que le ciel se vide
de ses couleurs céruléennes
que le monde n'est pas solide

comme un vaisseau sans capitaine
qui serait sous alcaloïdes
Ou bien Jésus vivant sa Cène
Shooté au crack, aux stéroïdes

 

 

Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le samedi 31 janvier 2026

 

11 janvier 2026

Epigramme homosexuelle de l'hétéro François Maynard 1582-1646

11 janvier 2026

Il est des vers homosexuels qui ne concernent ni ceux qui les écrivent, (fantasmeurs ou homophobes), ni ceux qui les reçoivent, et avec celui-ci, nous en avons un parfait exemple.

À la Révolution française, le Roi et la Reine furent affublés de tous les vices possibles pour mieux les desservir, dépenses excessives, corruption, sexualité débridée, dont l'homosexualité comme celle à laquelle se serait livrée « l’Autrichienne », expression raciste consistant à rappeler que la reine en ce dernier tiers du XVIIIe siècle  n'était pas française.
Cette rumeur au sujet de l'homosexualité, ou même de la bisexualité supposée de la reine de France ne tient pas à mon sens, mais l'affaire est relancée en 2012 lorsque sort le film de Benoît Jacquot, Les Adieux à la reine, adapté du roman éponyme de la romancière Chantal Thomas, publié dix ans plus tôt et dans lequel, Marie-Antoinette aurait été la dévorante amante de la duchesse Gabrielle de Polignac.

On ne saura jamais si cette rumeur est née du pamphlet qui l'a propagée ou si c'est le pamphlet qui s'est nourri de la rumeur, quoi qu'il en soit, je ne vais pas m'étendre sur cette histoire puisque ce n'est ni le sujet de cette page, ni mon fonds d'expertise, par contre, de la rumeur comme du pamphlet naquirent ces vers homosexuels qui eux, sont bien réels.

Ils sont issus d'ici : Les Fureurs Utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI, parues en 1791 (et je ne vous en restitue que la partie qui traite d'homosexualité.

 

 

...Pour un des plus ardents, un jour son cœur parla.

Il était question déjà d’une amourette

Avec le beau Coigny, lorsque d’Artois entra [le comte d'Artois, Charles X].

 

Au lendemain sans doute on remit la partie.

D’Artois sur ce beau fils s’expliqua vertement ;

La reine s’excusa, jura dessus sa vie,

Qu’elle n’aurait jamais que lui pour son amant.
[la liaison de M-A avec le comte d'Artois est probablement infondée aussi].

 

A ce tendre discours elle joignit la preuve,

En couvrant de baisers le joujou de Charlot.

„ Fouts-moi, mon bel ami ; fais sur moi toute épreuve.

Amour de la folie emprunta le grelot ;

 

Et voilà mon Charlot qui la fout de plus belle ;

Il épuise le vieux, le moderne Arétin (1492-1556);

Il va du con au cul, de la bouche à l’aisselle,

De l’aisselle il retombe & part sur un tétin.

 

Il crut avoir par-là le cœur de sa Toinette [Marie-Antoinette].

N’aurait, tant beau fût-il, près d’elle aucun accès.

Elle maudit Adam, le diable, Eve & la pomme,

Et donne à Polignac son cœur & ſes attraits [la comtesse Gabrielle de Polignac].

 

De ses dames d’honneur, Jule était la plus belle,

Jule de ses talents vite instruit Toinon [donc la reine].

Toinon suivit de près son lubrique modèle,

Et mieux que lui bientôt sut feuilleter un con.

 

La Cour ne tarda pas à mettre à la mode ;

Chaque femme à la fois tribade et catin :

On ne fit plus d’enfants : cela parut commode.

Le vit fut remplacé par un doigt libertin.

 

9 décembre 2025

Poème lesbiens (je ne sais pas si l'on peut l'écouter sans avoir de compte.)

1 décembre 2025

La grande avaleuse (Poème lesbien)

La grande avaleuse
 

octosyllabes (8) 
 

Femme à femme léchée luisante
Ouverte et paresseuse amie
Couchée de moiteurs infinies
Harem fou que la lune argente

Femme à femme crevée d’îlots
Gémir d’écumes jamais tu
Nue dans ton ventre de tortue
Agitée des branles de l’eau

Femme à femme accrue de caresses
Éternité d’ondulation
Lèvres où nous nous émacions
Grande avaleuse ô pute ogresse

Femme à femme hachurée parfois
D’éclairs qui l’enflent d’ombres sales
Mais tu ne t’avoueras vassale
D’aucun matelot quel qu’il soit

Femme à femme affamée liane
S’envoyant les quatre horizons
Ta sueur d’algue est ma raison
Ô moirure ô mer océane

27 novembre 2025

Le chat dessous tes yeux

Synopsis : j'aime regarder mes amants dormir et que ma poésie le-leur dise.
Nuancier de rimes : ombre/eille ; ère/or ; corde/ire ; ouge/é ; esque/it ; ule/elle

 

Oui je te regarde souvent dans la pénombre,
Dormir paisiblement avant que ne s'éveillent
Tes sens inassouvis entre soleil et ombre
avec cette peau qui l'air de rien se craye
 

Le petit chat qui s'est blotti sous tes paupières,
Imperceptiblement frissonne quand tu dors
Sans doute rêve-t-il du fond de sa tanière
Au nez aquilin d'un César impérator
 

Ton haleine souffle le zéphyr de ses cordes
Que créait Apollon en jouant sur sa lyre
Pour palmer un instant l'immuable discorde
Entre nuit et veille que tes lèvres inspirent

Retroussées dans l'un de ces baisers à fleurs rouges
En direction de ton menton celtisé
Qui délicatement au vent s'agite et bouge
Sans que le ciel n'en soit pour autant étonné

 

Quant à ce délicat et doux sexe levresque
De citoyen romain, la poitrine sans gloire
Telle la dépouille d'un Patrocle(1) asinesque
Il gisait là, parmi de merveilleux ivoires

 

Mais enfin bel enfant que veux-tu que je dise
A part que d'admirer ce que montre ton lit
Un panier dont l'osier s'emplit de friandises
Et dont les bandaisons, se gorgent de méprit


Peau blanche et merde au cul je m'approche et t'encule
Tu gémis tendrement en offrant tes aisselles
 A ma bouche qui les veut, viles et crapules
acres sur ma langue qui contre elle ruissellent

 

 

(1) Dans l’Iliade, Patrocle est le compagnon, et implicitement l'amant, d'Achille.

 

 

Alain Cabello-Mosnier
le jeudi 27 novembre 2025

24 novembre 2025

Métrophobe

Métrophobe (1842) De métro- mis pour métrique (qui est composé de vers) et de -phobe, c'est un mot inventé par Amédée Pommier (voir l'exemple). (Très rare) Qui déteste les écrits en vers. Son antonyme serait le métromane mais il conserve quelque chose péjoratif, à savoir celui qui met tout en vers.

Portrait d'un jeune homme de 1815 par Leopold Kupelwieser (1796-1862).
Portrait d'un jeune homme de 1815 par Leopold Kupelwieser (1796-1862).

 

23 novembre 2025

Sur Vigeon, maître d'école brûlé pour sodomie en 1649.

Sur ce Vigeon, maître d'école brûlé pour sodomie a en 1649, je n'ai aucune info sur le sexe ou l'age de ses victimes. Si le "péché silencieux de sodomie" fut perpétré sur de jeunes filles, l'homosexualité de ce poème reste avérée puisqu'il en appelle aux bougres, c'est-à-dire aux homosexuels. Toutefois, il est beaucoup plus probable que cela fut fait sur des enfants masculins puisque du XVIe siècle au XXIe siècle, la non-mixité impose qu'ils soient éduqués entre eux et seulement par des instituteurs qui parfois, mettaient plus de temps et d'intérêts à corrigeaient les petites fesses que les copies.

 

Cher Vigeon, que ta mort me va causer de peines
qu’un vit est malheureux de vivre en un pays
où l’on punit du feu ces nobles appétits
qui ne sont condamnés que chez les souveraines.
 

Ordonnez, pour le moins, aux femmes d’être saines
juges, si vous prenez quelque pitié des vits c
ou faites que les cons deviennent plus petits
et qu’ils soient désormais sans fleurs ni malsemaines.
 

Bougres qui l’avez vu sans l’oser secourir,
en chemise, tout nu, dans la Grève périr
qui pouvait arrêter votre fureur lubrique ?
 

En lieu de lui chanter tristement un Salve
vous deviez sur son feu venir branler la pique
les armes à la main, sans doute on l’eût sauvé.

 

22 novembre 2025

Poème lesbien

Adaptation de Denis de Saint-Pavin, poète libertin du xvii e siècle.
 

Ne voyant homme, ni garçon,
Lise, en modestie, en sagesse,
semblait donner quelque leçon
même à la plus sage Lucrèce.
Cependant la bonne bougresse

s’en donnait de belle façon.
On a découvert ce mystère,
Silvandre, et pour notre malheur
on a bien vu qu’un adultère
se pouvait faire sans fouteur.

21 novembre 2025

Portrait de Karl Meier (1897-1974)

20 novembre 2025

"La vie n'est supportable que si l'on y introduit non pas de l'utopie mais de la poésie, c'est à dire de l'intensité, de la fête, de la joie, de la communion, du bonheur et de l'amour."
Edgar Morin
18 novembre 2025

Portrait de Claude Le Petit (1638-1662)

7 novembre 2025

"Douceur" du recueil de poésie "Horizons" (1904) par Lucie Delarue-Mardrus

"Douceur" est un poème lesbien issu du recueil de poésie "Horizons" édité en 1904 par les E. Fasquelle de Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945), poétesse, romancière, journaliste, historienne, sculptrice et dessinatrice française. Je n'ai pas encore eu le temps de travailler sur sa biographie donc mon travail est encore primitif.
 
Auteure prolifique, qui aura laissé plus de soixante-dix romans et recueils de poèmes.
 
 

Douceur.

Les ombres du jardin dansent sur mes pages

À travers le vitrage aussi clair que de l’eau.

Je lis les mots à travers ces paysages

Clairs obscurs, que projette avril aigre et pâlot.

Rien d’autre qu’une lecture importunée

De belles taches d’ombre et de ronds de soleil ;

Rien d’autre pour remplir la longue journée,

Sinon mon cœur qui bat pour toi, toujours pareil.

 
 
- Lucie Delarue-Mardrus - Horizons - E. Fasquelle - 1904 -
 
7 novembre 2025

✟ Le prix à payer

 

Nuancier de rimes : er/oi ; on/ieu ; ui/eau ; an/eur ; aile/ème ; ile/onde ; ère/oile

 

 

J'ignorais tout du prix qu'il nous faudrait payer
à voir au petit jour ton ombre s'effacer
Je te cherche partout et je crève de toi
Quand le ciel t’enferme, ne reste que ma voix

 

Désormais dans la mort, je pleure ton prénom,
sur ce qu'elle m'a pris, et ses coups d'avirons
Mes doigts se lient aux tiens, quand je ferme les yeux,
et même athée, je crois avoir imploré Dieu

 

J'imagine brumal, ton corps nu dans la nuit
se blottir contre moi, grelottant et sans bruit

Recouvert de glace, de flocons infernaux,
qui jouent rien que pour nous cet air au piano

Tu es ma cabane, les pieds dans l'océan
vue sur le littoral et les plages de Caen
Je jette à l’horizon mes filets de pêcheurs
dans une mer forte que remplissent mes pleurs

 

Du sable sous les pieds, j'en oubliais la ville
à suivre du regard les dunes de nos îles
Je ne renoncerais à nous pour rien au monde
ma vie est ce désert que notre amour inonde

 

Entends-tu dans la nuit, mes sanglots qui t'appellent,
ils sont comme un oiseau qui aurait manqué d'aile
Ta peau faisait la loi, cruelle et quand bien même
au moins me reste-t-il ce petit bout d'érème

C'est toi que je voulais, tu étais ma prière
un désir de fou à faire saigner les pierres
Non, ne meurs point en moi, descends de tes étoiles
viens prendre sous mes draps, le nu que je dévoile

 

Tu es ma cabane, les pieds dans l'océan
vue sur le littoral et les plages de Caen
Je jette à l’horizon mes filets de pêcheurs

dans cette mer forte que remplissent mes pleurs

dans cette mer forte que remplissent mes pleurs

 

 

 


Le vendredi 7 novembre 2025 à Paris
Alain Cabello-Mosnier

 

 

 

6 novembre 2025

Portrait de la poétesse homosexuelle Betje Wolff †† (1738-1804)

1 novembre 2025

Portrait de la poétesse lesbienne Aagje Deken †† (1741-1804)

23 octobre 2025

✟ Ô maman !

(N’hésitez pas à me signaler des fautes ou à être critiques ici ou en privé)

 

Synopsis : pour toi mère chérie. C'est un poème qui retrace ce que j'ai vécu lorsque maman est décédée chez elle en mars 2024, ce que j'ai ressenti, le fait d'être seul, abandonné par celles et ceux que la mort effrayait. Je dormais avec elle afin que, si elle venait à mourir pendant la nuit, elle puisse avoir son fils à ses côtés. Alors oui, elle est partie durant la nuit, mais j'étais éveillé, devant elle, et le souffle de sa vie est venu sur mon visage émerveillé et reconnaissant. Je ne savais pas qui remercier, le ciel ou la terre, les deux sans doute, pour m'avoir accordé ce cadeau merveilleux qui laisse à l'être qui s'en va et à celui qui reste, un sentiment de plénitude amoureuse, numineux. Non seulement la lumière était partout, mais elle continue de m'irradier, encore aujourd'hui.

 

C'est un poème hexasyllabe de 48 vers avec des refrains qui ne sont pas identiques par contre, ils disposent d'une reprise momentanée de trois syllabes brèves.

 

Nuancier de rimes : er/ort ; ode/in ; po/ienne ; ou/autre ; oire/eux ; oufle/age ; ir/oi ; our/u ; a/être ; i/esse ; anque/an & ance.

 

 

Lorsque tu t'es figée
Dans la mort
Cessé de respirer
Par ton corps

Tes paumes encore chaudes
Dans mes mains
Mes doigts étaient une ode
Faite aux tiens
 

Je donnais à ta peau
La chaleur de la mienne
Sanglots de matelot
J'attends que tu reviennes

Mais je n'ai eu que nous
Ce jour-là puis les autres
Tout seul au rendez-vous
Sans ami, sans apôtre

C'est toujours la même histoire
Ne vient que l'amoureux
Qui était prêt à boire
Les larmes de tes yeux


J'ai vu ton dernier souffle
Un sillage
La petite pantoufle
D'un passage

Contre ma joue venir
Puis sans moi
Je t'ai vu repartir
À l'étroit

 

Si seulement l'amour
Dis maman où es-tu
Me redonnait ce jour
Je n'en ferai pas plus

J'étais seulement là
Où il me fallait être
Comme ce fut ton cas,
Lorsque je devais naître

Toi et moi c'est écrit
Au nom de la tendresse
Nous serons réunis
Je t'en fais la promesse


Ton visage me manque
Tout le temps
Sous les pierres, je planque
Ces moments

Qui tendrement me lancent,
En priant
T'aimer était ma chance
Ô maman

_____


 

Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le jeudi 23 octobre 2025 - à Paris
 
Note de proximité que je m'accorde à moi-même afin de laisser un indicateur agissant comme un avis fondé sur la qualité que j'attribue à mes poèmes. Celui-ci, je l'aime aussi énormément, mais techniquement je ne peux guère lui donner plus que 12/20.
 
 
22 octobre 2025

Tu n'étais jamais loin

 

Synopsis : c'est un homme qui découvre pour la première fois l'amour avec un autre homme.

 

Nuancier de rimes : ète/u ; art/an ; oin/oute ; ou/é ; il/our ; ane/arge ; oir/ombre ; on/asse ; eu/eur : ure/esse ; oi/ort ; erge/ume ; ir/is ; ame/ienne ; ange/uth ; ime/ain

 


 

 

Comme ces comètes, je ne t'attendais plus...

Nulle part

Même si c'est bête, j'étais un peu perdu...

Dans le noir

Tu n'étais jamais loin égaré par mes doutes

Lancinants

Moi, j'étais dans le coin aimant coûte que coûte

Prudemment

 

Que faisons-nous de nous de nos corps assemblés

Je te dis toujours vous, pas trop habitué

Que nous arrive-t-il, à quoi rime l'amour ?

Je marche sur tes fils, de mes pas un peu lourds

 

Viens et sois mon guide, mon filin d’Ariane

qui tient par sa bride d'or, le maître et son âne

Animaux de sommes, nous porterons les charges

de l'amour entre hommes, fait de gaillards qui sargent

 

Je n'imaginais pas pouvoir aimer à l'ombre

D'un garçon

Pourtant, nous sommes là, à dormir sans encombre

Respirons

C'est un tapis de jeux qui parient sur nos cœurs

Et ramasse

Nos mises d'amoureux voulant croire aux bonheurs

Des rapaces

 

Ta peau est si dure que tes baisers me blessent

Je sens les fourrures que ton pubis me laisse,

caresser de mes doigts, respirer sans effort

Ton sexe sent le bois de tes forêts d'azor

 

Honneur à ta verge, à ses plis d'amertume

dont le cuir des berges de sueurs se parfume

Laisse-moi recueillir le gris de tes iris

dont l'arbre a vu périr sa grume d'agathis
 


Capture mon âme, mets-là avec la tienne

dans l'étrange

palais des arames, où vivent les hyènes

pas les anges

Nu, je suis l'ultime qui, devant toi devient

Belzébuth

vieillard cacochyme, puis tigre sous tes mains,

vil et brut

 

 

 

Alain Cabello-Mosnier
ce mercredi 22 octobre 2025 - Paris

 

Note de proximité que je m'accorde à moi-même afin de laisser un indicateur agissant comme un avis fondé sur la qualité que j'attribue à mes poèmes.
Celui-ci, je lui attribue 8/20

 

 

20 octobre 2025

Arthur Rimbaud est né ce 20 octobre 1854

20 octobre 1854 : naissance d’Arthur Rimbaud (1854-1891) à Charleville-Mézières. Poète français au génie précoce, Rimbaud réinvente le symbolisme dans son œuvre.
Je n'ai pas encore travaillé sur sa biographie parce qu'on ne parle que de lui et de Verlaine et que ça m'agace mais j'y viendrai bien sur.

 

12 octobre 2025

Et j'ai dis oui

Nuancier de rimes : u/ou ; ris/oile ; oi/eux ; ame/eine ; ar/é ; in/or ; i/eur ; iel/erte ; ambre/rein ; ome/ou ; 

Poème homosexuel
Au Café par Jean Béraud (1882) or as I like to call it - Casual Friday - Belle Époque Edition.

 

Tu sais quand je t'ai vu
j'ai de suite perçu
que tu sentais l'Amour
tant, t'embrassais toujours


J'ai vu dans tes yeux gris,
le fleuve de Paris,
souffler vers les étoiles,
la fumée de ses poêles

Je t'ai dis, viens chez moi
t'as demandé pourquoi ?
A deux n'est-ce pas mieux,
pour tomber amoureux ?

_ Alors, tu m'as dit oui
Pardon, j'étais ailleurs ? (voix off)
_ Je te dis oui, oui, oui
_ J'avais mes écouteurs (voix off)
_ Pour toi et moi c'est oui
Oui et encore oui, oui

Nous avons pris Paname
et plongé nos calames
dans l'encre de la Seine
aux nuages de laine

C'est sur le pont des Arts,
mais était-ce un hasard,
que je t'ai demandé,
"Veux-tu bien m'épouser ?"

 

Je veux être marin,
dans les eaux de ton bain,
partout dans chaque port,
porter ton anneau d'or
 

_ Et là, tu m'as dit oui
J'entends bondir mon cœur (voix off)
_ Je te dis oui, oui, oui
_ Il bat comme un moteur (voix off)
_ Pour toi et moi c'est oui
Oui et encore oui, oui
 

C'est en lune de miel,
derrière un oriel,
que ta peau s'est offerte,
et nos âmes ouvertes

Dans une aurore d'ambre
et le clôt d'une chambre
j'ai caressé tes reins
nous nous sommes étreints

À présent t'est mon homme,
moi, ton mari en somme
Je t'ai dit cher époux
mets-toi donc à genoux

_ Même pour ça c'est oui
_ Oh non mais quel bonheur (voix off)
_ Je te dis oui, oui, oui
_ Nettoies moi le moteur (voix off)
_ Pour te faire ça c'est oui
Oui et encore oui, oui

 

Alain Cabello-Mosnier
le dimanche 12 octobre 2025 - Paris

Note de proximité que je m'accorde à moi-même afin de laisser un indicateur agissant comme un avis fondé sur la qualité que j'attribue à mes poèmes. Je me suis beaucoup amusé avec ce poème, mais techniquement, il n'est pas au standard que je vise, à savoir l'excellence littéraire, la justesse de la ligne narrative, une distribution de genre irréprochable, la présence ou pas d'un hémistiche donc là, je m'octroie 12/20, mais encore une fois, c'est subjectif.

 

5 octobre 2025

Portait de Charles, marquis de Villette

5 octobre 2025

Vie privée et publique du ci-derrière Marquis de Villette

Alors, il ne s'agit pas d'un poème homo-grivois écrit par le Marquis Charles de Villette (anonyme

L'ouvrage anonyme de 1789 de "Vie privée et publique du ci-derrière Marquis de Villette" sortira pour la première édition en 1789 et pour sa troisième en 1792. Le personnage étant fantasque, défrayant les chroniques de l'époque et en fin de compte député, son intérêt pour l'homosexualitéest devenu une sorte de mème qui s'est allègrement propagé à travers nombres d'estampes érotiques qui, soient se faisaient les gorges-chaudes de nos pratiques pour mieux les dénigrer, soient circulaient au bénéfice des homos d'alors. Voltaire n'était pas avare en vers et mots homophobes jusqu'avec ses amis et le Marquis de Villette n'y échappa pas.

 

Nuancier de rimes : esse ; us ; é ; on ; isse ; ine ; ette ; ome et ou.

 

Je ſuis né natif de Férare.

 

En vieux français

 

Je ſuis né natif de Lutèce
Et grand amateur de la feſſe,

Pour le con je n’ai point de jus,
Je n’ai de vit que pour l’anus ; bis.

Loin des putains, dans une allée,
Étendu deſſus la feuillée
Tandis qu’ailleurs on fout en con,
Moi, j’encule mon beau mignon. bis.

Sans crainte de la chaude piſſe,
Des poulains & de la jauniſſe ;
Quand j’ai beſoin de décharger,
Je me paſſe bien d’enconner. bis.

A l’extrêmité de l’épine
D’un beau garçon, je fout ma pine,
Et me grattant les deux couillons
Mon foutre ſort à gros bouillons. bis.

Bougre en même tems & rivette,
Le ci-devant marquis Villette
Pour les femmes & pour le con,
Sent la plus vive averſion. bis.

Sans être natif de Sodôme,
A la femme il préferè l’homme,
Quand il eſt jeune, & neuf ſur-tout
Pourquoi pas ? Chacun à ſon goût.

Je vous le propose en français moderne
[pour ne pas en perdre une goutte] 

 

Je suis né natif de Lutèce
Et grand amateur de la fesse, 

Pour le con je n’ai point de jus,
Je n’ai de vit [d'érections] que pour l’anus ; bis.

Loin des putains, dans une allée,
Étendu dessus la feuillée
Tandis qu’ailleurs on fout en con,
Moi, j’encule mon beau mignon. bis.

Sans crainte de la chaude pisse,
Des poulains [bubon syphilitique] et de la jaunisse ;
Quand j’ai besoin de décharger,
Je me passe bien d’enconner
[du sexe des femmes]. bis.

A l’extrémité de l’épine
D’un beau garçon [dans son cul], je fout ma pine,
Et me grattant les deux couillons
Mon foutre sort à gros bouillons. bis.

Bougre en même temps et rivette [jeune sodomite],
Le ci-devant marquis Villette
Pour les femmes et pour le con,
Sent la plus vive aversion. bis.

Sans être natif de Sodôme,
A la femme il préfère l’homme,
Quand il est jeune, et neuf surtout
Pourquoi pas ? Chacun à son goût.

Je vous cite mes sources avec wikipedia.org ; le catalogue général de la BNF ; l'ouvrage que nous restitue ici wikisource.org ; ce papier sur bibliophilie.com rédigé par Hugues grâce auquel je découvre cet ouvrage.

 

Voltaire commit d'autres vers homophobes mais, déjà qu'il est difficile d'être grand dans son siècle, est-il possible de continuer à l'être jusque dans le-nôtre ? Sur certains sujet oui puisque c'est ce qui fait qu'un homme est grand, mais sur d'autres, non. Là il dénigre Jacques Chausson (1618-1661), écrivain homosexuel que nous associons à notre histoire non pas tant pour ses actes, puisqu'il a tenté de violer un jeune homme de 17 ans, ni pour quelques poésies qu'il aurait rédigé (je n'en connais aucune) mais parce que son brûlement en place de Grève fit tant de bruit que nombre d'auteurs se fendirent de vers assassins ici, ceux de Voltaire :
 

Un jour Satan, pour égayer sa bile,
Voulu créer un homme à sa façon,
Il forma des membres de Chausson
(Jacques Chausson (1618-1661)
Et le pétrit de l'âme de zoïle

 

Ou ici dans dans son Ode VI :

 

Quel monstre plus hideux s'avance?

La Nature fuit et s'offense

A l'aspect de ce vieux giton ;

Il a la rage de Zoïle,

De Gacon(1) l'esprit et le style,

Et l'âme impure de Chausson.
 

C'est Desfontaines, c'est ce prêtre

Venu de Sodome à Bicêtre,

De Bicêtre au sacré vallon :
 

A-t-il l'espérance bizarre

Que le bûcher qu'on lui prépare

Soit fait des lauriers d'Apollon ?

 

(1) Gacon était un misérable écrivain satirique, universellement méprisé.
Source Challe, Voltaire et le « brûlement » de Chausson, par Frédéric Deloffre 1993

 

1 octobre 2025

‒ Portrait de Jean Genet (1910-1986)

29 septembre 2025

Jean Genet (1910 - 1986) : Le condamné à mort

 

 

Le Condamné à mort est un poème homosexuel écrit en 1942 par Jean Genet (1910-1986), alors qu'il était pour la énième fois interné, cette fois-ci à la prison de Fresnes pour vol (il y écrira aussi son premier roman, Notre-Dame des Fleurs, publié en décembre 1943). Il adresse cette composition post mortem au jeune et magnifique Maurice Pilorge (1914-1939) pour lequel il craque complètement et nous avec lui. Il sera guillotiné le matin du samedi 4 février 1939 et je crois que même privé de sa tête j'aurais pu le baiser, chaud, tiède, froid et même encore pourrissant. Rien que son nom est beau, "pile orge" de laquelle nous aimerions faire de la farine et la pétrir jusqu'à obtenir la miche de ces fesses noircies et généreuses.

Seulement, si l'affaire le touche autant, ce n'est pas seulement à cause de la beauté et de la jeunesse incandescente de ce Maurice alors âgé de 24 ans, ni parce qu'il partageait avec lui quelques communautés carcérales, mais bien parce qu'il était homosexuel et l'assassin de Néstor Escudero, un prostitué et proxénète mexicain de 28 ans qui était devenu son amant avant qu'il ne lui ouvre d'autres paires de fesses ailleurs sur la peau devant le casino de Dinard.

Alors, je ne sais pas vous mais moi, j'adorerais mourir égorgé par l'un de mes amants devant le casino de Dinard ! tant je trouve cela follement romanesque ; n'est-ce pas glaçant de ce dire qu'à l'instant où quelqu'un gagnait peut-être le jackpot, Maurice lui tuait le sien « rien ne va plus faites vos jeux » ? Que, pendant qu'un joueur arborait ostensiblement ses bijoux de famille à une table de jeu, Néstor plaquait les siens contre le trottoir d'une rue, laissant plus de rubis au sol qu'aucune bourgeoise n'aurait pu en porter ce soir là ?

Si c'est mu par la colère que Maurice a tué Néstor, c'est au nom d'une justice douteuse que la justice aura tué Maurice. Dites-vous bien que cet homme entre deux gendarmes verra sa tête rouler dans un panier.

Écrit par A. CA.-M. le rose (Alain Cabello-Mosnier)

 

 

Le condamné à mort

 

 

à
Maurice

PILORGE

assasin de

vingt ans
 

J'ai également écris un poème contre l'univers carcéral et la peine capitale intitulé A mort Buffet à mort Bontems !

 

 

 

Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours,

Un ange qui sanglote accroché dans un arbre,

La colonne d’azur qu’entortille le marbre

Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours. 

 

Un pauvre oiseau qui tombe et le goût de la cendre,

Le souvenir d’un œil endormi sur le mur,

Et ce poing douloureux qui menace l’azur

Font au creux de ma main ton visage descendre.

 

Ce visage plus dur et plus léger qu’un masque,

Et plus lourd à ma main qu’aux doigts du receleur

Le joyau qu’il empoche; il est noyé de pleurs.

Il est sombre et féroce, un bouquet vert le casque.

 

Ton visage est sévère: il est d’un pâtre grec.

Il reste frémissant aux creux de mes mains closes.

Ta bouche est d’une morte où tes yeux sont des roses,

Et ton nez d’un archange est peut-être le bec.

 

Le gel étincelant d’une  pudeur méchante

Qui poudrait tes cheveux de clairs astres d’acier,

Qui couronnait ton front des pines du rosier

Quel haut-mal l’a fondu si ton visage chante?

 

Dis-moi quel malheur fou fait éclater ton œil

D’un désespoir si haut que la douleur farouche,

Affolée, en personne, orne ta ronde bouche

Malgré tes pleurs glacés, d’un sourire de deuil? 

 

Ne chante pas ce soir les « Costauds de la Lune »!

Gamin d’or sois plutôt princesse d’une tour

Rêvant mélancolique à notre pauvre amour;

Ou sois le mousse blond qui veille à la grand’hune.

 

Et descend vers le soir pour chanter sur le pont

Parmi les matelots à genoux et nu- tête

« L’Ave Maris stella ». Chaque marin tient prête

Sa verge qui bondit dans sa main de fripon.

 

Et c’est pour t’emmancher, beau mousse d’aventure,

Qu’ils bandent sous leur froc les matelots musclés.

Mon Amour, mon Amour, voleras-tu les clés

Qui m’ouvriront le ciel où tremble la mature

 

D’où tu sèmes, royal, les blancs enchantements,

Qui neigent sur mon page, en ma prison muette:

L’épouvante, les morts dans les fleurs de violette,

La mort avec ses coqs ! ses fantômes d’amants !

 

Sur ses pieds de velours passe un garde qui rôde.

Repose en mes yeux creux le souvenir de toi.

Il se peut qu’on s’évade en passant par le toit.

On dit que la Guyane est une terre chaude.

 

O la douceur du bagne impossible et lointain!

O le ciel de la Belle, ô la mer et les palmes,

Les matins transparents, les soirs fous, les nuits calmes,

O les cheveux tondus et les Peaux-de-Satin!

 

Rêvons ensemble, Amour, à quelque dur amant

Grand comme l’Univers mais le corps taché d’ombres.

Il nous bouclera nus dans ces auberges sombres,

Entre ses cuisses d’or, sur son ventre fumant,

 

Un mac éblouissant taillé dans un archange

Bandant sur les bouquets d’œillets et de jasmins

Que porteront tremblants tes lumineuses mains

Sur son auguste flanc que ton baiser dérange.

 

Tristesse dans ma bouche! Amertume gonflant

Gonflant mon pauvre cœur! Mes amours parfumées

Adieu vont s’en aller! Adieu couilles aimées!

O sur ma voix coupée adieu chibre insolent!

 

Gamin ne chantez pas, posez votre air d’apache!

Soyez la jeune fille au pur cou radieux,

Ou si tu n’as de peur l’enfant mélodieux

Mort en moi bien avant que me tranche la hache.

 

Enfant d’honneur si beau couronné de lilas!

Penche-toi sur mon lit, laisse ma queue qui monte

Frapper ta joue dorée. Écoute, il te raconte,

Ton amant l’assassin sa geste en mille éclats.

 

Il chante qu’il avait ton corps et ton visage,

Ton cœur que n’ouvriront jamais les éperons

D’un cavalier massif. Avoir tes genoux ronds!

Ton cou frais, ta main douce, ô môme avoir ton âge!

 

Voler voler ton ciel éclaboussé de sang

Et faire un seul chef-d’œuvre avec les morts cueillies

Ça et là dans les prés, les haies, morts éblouies

De préparer sa mort, son ciel adolescent…

 

Les matins solennels, le rhum, la cigarette…

Les ombres du tabac, du bagne et des marins

Visitent ma cellule où me roule et m’étreint

Le spectre d’un tueur à la lourde braguette.

 

La chanson qui traverse un monde ténébreux

C’est le cri d’un marlou porté par la musique.

C’est le chant d’un pendu raidi comme une trique.

C’est l’appel enchanté d’un voleur amoureux.

 

Un dormeur de seize ans appelle de bouées

Que nul marin ne lance au dormeur affolé.

Un enfant reste droit, contre le mur collé.

Un autre dort bouclé dans ses jambes nouées.

 

La partie qui suit fut magnifiquement chantée et mise en musique par Babx jusqu'au guillemet suivant. Il y a un autre enregistrement sur sa page YouTube mais elle est nettement moins bonne.



«

 

J'ai tué pour les yeux bleus d’un bel indifférent

Qui jamais ne comprit mon amour contenue,

Dans sa gondole noire une amante inconnue,

Belle comme un navire et morte en m’adorant.

 

Toi quand tu seras prêt, en arme pour le crime,

Masqué de cruauté, casqué de cheveux blonds,

Sur la cadence folle et brève des violons

Égorge une rentière en amour pour ta frime.

 

Apparaîtra sur terre un chevalier de fer,

Impassible et cruel, visible malgré l’heure

Dans le geste imprécis d’une vieille qui pleure.

Ne tremble pas surtout, devant son regard clair.

 

Cette apparition vient du ciel redoutable

Des crimes de l’amour. Enfant des profondeurs

Il naîtra de son corps d’étonnantes splendeurs,

Du foutre parfumé de sa queue adorable.

 

Rocher de granit noir sur le tapis de laine

Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.

Marche vers le soleil de son corps sans péché,

Et t’allonge tranquille au bord de sa fontaine.

 

Chaque fête du sang délègue un beau garçon

Pour soutenir l’enfant dans sa première épreuve.

Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve,

Suce son membre dur comme on suce un glaçon.

 

Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,

Baise ma queue enflée, enfonce dans ton cou

Le paquet de ma bite avalé d’un seul coup.

Ètrangle-toi d’amour, dégorge, et fais ta moue!

 

Adore à deux genoux, comme un poteau sacré

Mon torse tatoué, adore jusqu’aux larmes

Mon sexe qui se rompt, te frappe mieux qu’une arme,

Adore mon bâton qui va te pénétrer.

 

Il bondit sur tes yeux; il enfile ton âme,

Penches un peu la tête et le vois se dresser.

L’apercevant si noble et si propre au baiser

Tu t’inclines très bas en lui disant: « Madame »!

 

Madame écoutez-moi! Madame on meurt ici!

Le manoir est hanté! La prison vole et tremble!

Au secours, nous bougeons! Emportez-nous ensemble,

Dans votre chambre au Ciel, Dame de la merci!

 

Appelez le soleil, qu’il vienne et me console.

Étranglez tous ces coqs! Endormez le bourreau!

Le jour sourit mauvais derrière mon carreau.

La prison pour mourir est une fade école.

»

 

Là où Babx termine sa chanson, la compositrice et interprète française Hélène Martin (1928-1921) met cette autre partie en musique en 1964 https://www.youtube.com/watch?v=1CumaK6iQng

 

Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou

Que ma main plus légère et grave qu’une veuve

Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve

Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

 

O viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne

Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.

Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,

Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.

 

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,

Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire

Accueillir la rosée où le matin va boire,

Le clocher peut sonner: moi seul je vais mourir.

 

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde!

Visite dans sa nuit ton condamné à mort.

Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,

Mais viens! Pose ta joue contre ma tête ronde.

 

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.

Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes :

On peut se demander pourquoi les Cours condamnen

Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

 

Amour viens sur ma bouche! Amour ouvre les portes!

Traverse les couloirs, descends, marche léger,

Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,

Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

 

O traverse les murs; s’il le faut marche au bord

Des toits, des océans; couvre-toi de lumière,

Use de la menace, use de la prière,

Mais viens, ô ma frégate une heure avant ma mort. 

 

Les assassins du mur s’enveloppent d’aurore

Dans ma cellule ouverte au chant des hauts sapins,

Qui la berce, accrochée à des cordages fins

Noués par des marins que le clair matin dore.

 

Qui grava dans le plâtre une Rose des Vents?

Qui songe à ma maison, du fond de sa Hongrie?

Quel enfant s’est roulé sur ma paille pourrie

A l’instant du réveil d’amis se souvenant?

 

Divague ma Folie, enfante pour ma joie

Un consolant enfer peuplé de beaux soldats,

Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas

Tire ces lourdes fleurs dont l’odeur me foudroie.

 

Arrache on ne sait d’où les gestes les plus fous.

Dérobe des enfants, invente des tortures,

Mutile la beauté, travaille les figures,

Et donne la Guyane aux gars, pour rendez-vous.

 

O mon vieux Maroni, ô Cayenne la douce!

Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots

Autour du mino blond qui fume les mégots

Crachés par les gardiens dans les fleurs et la mousse.

 

Un clop mouillé suffit à nous désoler tous.

Dressé seul au-dessus des rigides fougères

Le plus jeune est posé sur ses hanches légères

Immobile, attendant d’être sacré l’époux. 

 

Et les vieux assassins se pressant pour le rite

Accroupis dan le soir tirent d’un bâton sec

Un peu de feu que vole, actif, le petit mec

Plus émouvant et pur qu’une émouvante bite.

 

Le bandit le plus dur, dans ses muscles polis

Se courbe de respect devant ce gamin frêle.

Monte la lune au ciel. S’apaise une querelle.

Bougent du drapeau noir les mystérieux plis.

 

T’enveloppent si fin, tes gestes de dentelle!

Une épaule appuyée au palmier rougissant

Tu fumes. La fumée en ta gorge descend

Tandis que les bagnards, en danse solennelle,

 

Graves, silencieux, à tour de rôle, enfant,

Vont prendre sur ta bouche une goutte embaumée,

Une goutte, pas deux, de la ronde fumée

Que leur coule ta langue. O frangin triomphant,

 

Divinité terrible, invisible et méchante,

Tu restes impassible, aigu, de clair métal,

Attentif à toi seul, distributeur fatal

Enlevé sur le fil de ton hamac qui chante.

 

Ton âme délicate est par de là les monts

Accompagnant encor la fuite ensorcelée

D’un évadé du bagne, au fond d’une vallée

Mort, sans penser à toi, d’une balle aux poumons.

 

Élève-toi dans l’air de la lune, ô ma gosse.

Viens couler dans ma bouche un peu du sperme lourd

Qui roule de ta gorge à tes dents, mon Amour,

Pour féconder enfin nos adorables noces.

 

Colle ton corps ravi contre le mien qui meurt

D’enculer la plus tendre et douce des fripouilles.

En soupesant charmé tes rondes, blondes couilles,

Mon vit de marbre noir t’enfile jusqu’au cœur.

 

Oh vise-le dressé dans son couchant qui brûle

Et va me consumer! J’en ai pour peu de temps,

Si vous l’osez, venez, sortez de vos étangs,

Vos marais, votre boue où vous faites des bulles

 

Ames de mes tués! Tuez-moi! Brûlez-moi!

Michel-Ange exténué, j’ai taillé dans la vie

Mais la beauté, Seigneur, toujours je l’ai servie,

Mon ventre, mes genoux, mes mains roses d’émoi.

 

Les coqs du poulailler, l’alouette gauloise,

Les boîtes du laitier, une cloche dans l’air,

Un pas sur le gravier, mon carreau blanc et clair,

C’est le luisant joyeux sur la prison d’ardoise.

 

Messieurs je n’ai pas peur! Si ma tête roulait

Dans le son du panier avec ta tête blanche,

La mienne par bonheur sur ta gracile hanche

Ou pour plus de beauté, sur ton cou mon poulet….

 

Attention! Roi tragique à la bouche entr’ouverte

J’accède à tes jardins de sable, désolés,

Où tu bandes, figé, seul, et deux doigts levés,

D’un voile de lin bleu ta tête recouverte.

 

Par mon délire idiot je vois ton double pur!

Amour! Chanson! Ma reine! Est-ce un spectre mâle

Entrevu lors des jeux dans ta prunelle pâle

Qui m’examine ainsi sur le plâtre du mur?

 

Ne sois pas rigoureux, laisse chanter matine

A ton cœur bohémien; m’accorde un seul baiser…

Mon Dieu je vais claquer sans te pouvoir presser

Dans ma vie une fois sur mon cœur et ma pine! 

 

Pardonnez moi mon Dieu parce que j’ai péché!

Les larmes de ma voix, ma fièvre, ma souffrance,

Le mal de m’envoler du beau pays de France,

N’est-ce pas assez, mon Seigneur, pour aller me coucher.

                    Trébuchant d’espérance. 

 

Dans vos bras embaumés, dans vos châteaux de neige!

Seigneur des lieux obscurs, je sais encore prier.

C’est moi mon père, un jour, qui me suis écrié:

Gloire au plus haut du ciel, au dieu qui me protège

                    Hermès au tendre pied!

 

Je demande à la mort la paix, les longs sommeils,

Les chants des séraphins, leurs parfums, leurs guirlandes,

Les angelots de laine en chaudes houppelandes,

Et j’espère des nuits sans lunes ni soleils

                    Sur d’immobiles landes. 

 

Ce n’est pas ce matin que l’on me guillotine.

Je peux dormir tranquille. A l’étage au-dessus

Mon mignon paresseux, ma perle, mon Jésus,

S’éveille. Il va cogner de sa dure bottine

                    A mon crâne tondu. 

 

Il paraît qu’à côté vit un épileptique.

La prison dort debout au noir d’un chant des morts.

Si des marins sur l’eau voient s’avancer les ports

Mes dormeurs vont s’enfuir vers une autre Amérique. 

 

   J’ai dédié ce poème à la mémoire de mon ami Maurice Pilorge dont

le corps et le visage radieux hantent mes nuits sans sommeil. En esprit

je revis avec lui les quarante derniers jours qu’il passa, les chaînes aux

pieds et parfois aux poignets, dans la cellule des condamnés à mort de la

prison de Saint-Brieuc. Les journaux manquent d’à-propos. Ils conçurent

d’imbéciles articles pour illustrer sa mort qui coïncidait avec l’entrée en

fonction du bourreau Desfourneaux. Commentant l’attitude de Maurice

devant la Mort le journal l’Œuvre dit : « Que cet enfant eût été digne d’un

autre destin »

    Bref on le ravala. Pour moi, qui l’ai connu et qui l’ai aimé, je veux ici,

le plus doucement possible, tendrement, affirmer qu’il fut digne, par la

double et unique splendeur de son âme et de son corps, d’avoir le bénéfice

d’une telle mort. Chaque matin, quand j’allais, grâce à la complicité d’un

gardien ensorcelé, par sa beauté, sa jeunesse et son agonie d’Appollon, de

ma cellule à la sienne pour lui porter quelques cigarettes, levé tôt il fredonnait

et me saluait ainsi, en souriant: « Salut, Jeannot-du-Matin ! »

    Originaire du Puy de Dôme il avait un peu l’accent d’Auvergne. Les jurés,

offensés par tant de grâce, stupides mais pourtant prestigieux dans leur rôle de

Parques le condamnèrent à 20 ans de travaux forcés pour cambriolage de villas

sur la côte, et le lendemain, parce qu’il avait tué son amant Escudero pour lui voler

moins de mille francs, cette même cour d’assises condamnait mon ami Maurice

Pilorge à avoir la tête tranchée. Il fut exécuté le 17 mars 1939 à Saint-Brieuc.

 

 Edition hors commerce, Fresnes, septembre 1942

 

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