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POÉSIES HOMOSEXUELLES : Gay, Lesbienne, Trans, Bi

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4 avril 2023

Si vous avez des poèmes LGBT à nous faire parvenir, c'est ici

 Si vous avez des poèmes LGBT à nous faire parvenir, c'est ici
CECI EST UN EN-TÊTE, PAS LE DERNIER POST : c'est juste pour vous dire que, si vous avez des poèmes LGBT à nous faire parvenir, envoyez-les sur poesies.queer@gmail.com En + de l'espace vidéo sur lequel j'enregistre de la poésie LGBTQI+ " https://vimeo.com/poesiesqueers...
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15 août 2026

La vie est à l'amour ce qu'elle a de plus lent — Alain Cabello-Mosnier | ♫ Jazz gay

__________

Synopsis : Une chanson jazz sur la liberté d'aimer, les hommes, les femmes et les identités qui échappent aux catégories. Entre désir, prénoms, caresses et métaphores de la moisson, Alain Cabello-Mosnier célèbre le droit de s'aimer comme on voudra. Une chanson où l'amour, fragile et universel, devient peu à peu ce que la vie a de plus lent.

 

 

 

La vie est à l'amour ce qu'elle à de plus lent,

nous aimer pour un rien n'est pas s'aimer pour rien.

La caresse est pour lui, comme un nouveau serment

Qu'elle s'appelle Loue, Antoine ou Cyprien.


 

Que tout aille vers lui ; quand elle ne voit qu'elle,

il pense à ce garçon, tout comme elle à la fille ,

à cette aura de ciel qui parait irréelle,

leur âme s'est couchée au vent d'une faucille.


 

Refrain
Tant qu'il y aura des hommes pour en aimer,
tant qu'il y en aura, pour en aimer plein d'autres,
Je crois que l'on pourra...

Tant qu'il y aura des femmes pour en aimer,
tant qu'il y en aura pour en aimer
plein d'autres,
s'aimer comme on voudra.



Si nous aimions d'aimer, qu'il s'agisse d'un homme,

qu'importe l'être élu, ou qu'elle aime une femme,

le cœur a ses raisons, le corps a ses rhizomes.

Ce ne serait que vie, comment s'incarne l'âme.

 

Si tu mourais de faim, si tu mourais de soif,

que yelle veut changer, de sexe ou de prénom,

c'est comme si avant, neige se disait noif,

les langues et les gens, chacun a ses raisons.

 

Refrain
Tant qu'il y aura des hommes pour en aimer,
tant qu'il y en aura, pour en aimer plein d'autres,
Je crois que l'on pourra...

Tant qu'il y aura des femmes pour en aimer,
tant qu'il y en aura pour en aimer
plein d'autres,
s'aimer comme on voudra.

 

La vie est à l'amour ce qu'elle à de plus lent,
nous aimer pour un rien n'est pas s'aimer pour rien
La caresse est pour lui, comme un nouveau serment
Qu'il s'appelle Théo, Marise ou Noémi.

 

 

Écrit par le poète homosexuel français Alain Cabello-Mosnier
le dimanche 16 août 2026, à Clermont-Ferrand.

 

4 août 2026

L'esprit peut renoncer, le cœur attend toujours | ♫ Chanson gay en alexandrins sur la séparation

Synopsis : "L'esprit a renoncé, le cœur attend toujours" est un poème que j'ai écrit à la manière d'une chanson gay en alexandrins composés en ce que j'appelle "cinq quintils d'obsession" (le premier vers aphoristique revient lancinamment à la fin de chaque strophe).
Le poème explore la séparation amoureuse à travers l'opposition entre la raison, qui renonce, et le cœur, qui continue d'espérer malgré tout. Sans pathos ni colère, il évoque l'attente, le don de soi, le pardon et l'impossibilité d'effacer certains chagrins. Écrite dans une langue sobre et musicale, cette chanson développe une méditation sur l'amour persistant, celui qui demeure même lorsque tout semble irrévocablement perdu.

"L'esprit a renoncé, le cœur attend toujours" est écrit à la manière d'une chanson gay en alexandrins
Photo pexels, libre de droit.

 

Nuancier de rimes : our/eur ; ais/eux ; endre/i ; ang/emble.

 

 

 

L'esprit a renoncé, le cœur attend toujours,

que tu viennes vers lui épancher tes malheurs,

il pourrait t'écouter, pardonner tes erreurs,

dormir dans un fossé en attendant le jour

L'esprit a renoncé, le cœur attend toujours

 

Il y a des chagrins qui ne s'oublient jamais

Qui que l'on soit pour lui, ou qu’on aille pour eux,
(le garçon que l'on aime | (ceux que l'on a aimés)

on se dit que demain ça pourrait aller mieux

mais, ça ne sert à rien de vouloir expliquer,

qu'il y a des chagrins qui ne s'oublient jamais

 

Je t'aurais tout donné, tu n'as fait que tout prendre

Moi, qui t'ai tant aimé, seul acteur de tes nuits,

je n'étais qu’un jouet, le complice d'un lit

À force de monter, j'ai bien dû redescendre

Je t'aurais tout donné, tu n'as fait que tout prendre

 

Le cœur, ce soluté, cette poche de sang,

s'échappe de ma vie pour nous sauver ensemble,

c'est naturel chez lui, il n'y a rien qui tremble

J'ai bien peu à t'offrir sinon un peu de temps,

qu’un cœur pour soluté et sa poche de sang

 

L'esprit a renoncé, le cœur attend toujours,

que tu viennes vers nous, pour parler d'un bonheur,

que tu ferais ronfler comme un petit moteur,

endormi dans la nuit et vrombissant le jour

L'esprit a renoncé, mon cœur attend toujours

 

 

Genèse : c'est l'exemple type d'un poème que l'on peut rédiger à cinq heures du mat' et mettre en ligne dans la matinée, contrairement à certains de mes autres textes en attente depuis des mois, des années, comme "Rainbow-flag" sur lequel je n'ai de cesse de revenir.
Je ne suis pas tout à fait sûr qu'il soit terminé mais je le pose là, comme une promesse.

 

Dans la même constélation :

 

______________

 

 

Écrit et publié le 4 août 2026, à Clermont-Ferrand
par Alain Cabello-Mosnier 

 

31 juillet 2026

Je suis amoureuse d'une femme parfaite | Chanson lesbienne originale ♫

Titre littéraire pour ce poème : L'amoureuse
 

Synopsis : « Je suis amoureuse d'une femme parfaite » est un poème lesbien contemporain écrit pour être chanté. Il raconte la naissance d'un amour entre deux femmes, depuis l'éblouissement de la rencontre jusqu'à la promesse d'une fidélité farouche. Nourri de mythologie, de références médiévales, de latin et d'un vocabulaire rare, il revendique une poésie où la langue française demeure un espace de liberté, de sensualité et d'invention. Ce texte s'inscrit dans une démarche de poésie LGBT francophone qui cherche à conjuguer exigence littéraire, musicalité et célébration de l'amour entre femmes. »

 

Nuancier de rimesaite/our ; ouve/itzir/rer ; oir/us ; elle/ou ; emble/eur ; mance/un ; enne/eux ; u/il ; orps/il ; elle/ou ; emble/eur.

 

 

Je suis amoureuse d'une femme parfaite,
d'une fille du coin rencontrée à la fête,
et avec laquelle j'ai dansé tout le jour
Il n'en fallait pas plus pour que naisse l’amour
 

Elle borde de mots les cailloux qu'elle trouve,
susurre à l'oreille des femmes dans son groove,
pas l’une de celles habituées du Ritz,
mais plus une Circé, jazzwomen, trobairitz

Peut-on aimer quelqu'un au point de défaillir ?
Parfois tout est si fort que je songe à partir,
être où elle n'est pas, le temps de respirer,
mais je pense qu'ailleurs mon cœur s'arrêterait
 

Nous avons ri, fumé, jusqu'à dompter le soir,
et terminé la nuit au revers d'un peignoir
La lune protégeant nos ébats de Vénus,
afin que personne ne nous voie, nec unus (du latin « pas un »)


Refrain :
Je la voudrais pour moi, je me voudrais pour elle, ♫
et me confronterai même la plus cruelle
des femmes qui voudraient se glisser entre nous,
car, nulle guerrière ne ploierait le genou

 

Post-refrain :
Invincibles à deux, nous irions bien ensemble
des louves sauvages avançant au même amble
La vie ne serait pas sans l'adresse d'un cœur,
le mien à ses côtés ne saurait être ailleurs


Je veux l'aimer d'amour, de sexe et de romance,
la prendre contre moi et que tout recommence
depuis le début, pour qu'il n'y ait pas de fin,
car ce serait douter de l'Amour et du sien

Que montent des mers la complainte lesbienne,
faite d'estampures et de pleurs de Sirènes
Je veux ressentir leurs coquillages en creux,
la houle des vagues que feront tes cheveux

lorsqu'ils déferleront sur nos seins mis à nu,
ils diront que tant d'or, ça ne s'est jamais vu
Ma bouche écarlate baisera le nombril
de ton petit puits pour les sauts d'un cabril

Aimons-nous, plus encore, au-delà de nos corps,
faisons que déesses nous protègent des sorts,
et que rien ne cède, sinon corsets chéris,
quand nous les délassons, au sein de notre lit


 

Refrain :
Je la voudrais pour moi, je me voudrais pour elle,
 ♫
et me confronterai même la plus cruelle
des femmes qui voudraient se glisser entre nous,

car, pour elle, jamais ne ploierait le genou

 

Post-refrain :

Invincibles à deux, nous irions bien ensemble,
nos rythmes retrouvés dans l'univers s'assemblent
au-delà des lunes empreintes de douceur,
notre cour est sans roi, sans prince et sans seigneur

 

 

Dans la même constélation :

 

______________

 

Vendredi 31 juillet 2026, à Clermont-Ferrand
par Alain Cabello-Mosnier 

 

 

16 juillet 2026

La providence de l'ours

Nuancier de rimesaine/é ; ince/o ; ise/ac ; otte/eut ; elle/ant ; einte/our ; ête/or.

 

Synopsis : je compare l'amour à ces petits oursons en peluche qu'une pince vient nous ramener dans les fêtes foraines, jusqu'à ce qu'il retombe en nous laissant désolé.

 

L’Amour est cet ourson dans les fêtes foraines
qu'une pince saisie, dans la fausse aux jouets,
le ramène vers nous, fabuleuse fontaine,
mais à croire l’avoir le voilà retombé

 

"L’ours était pour moi, ah, tu es bien une pince"
Mais l'amour me répond, "et toi un idiot
Je suis comme l'argent, je lessive et je rince
Si tu le veux pour toi remets donc un euro
"

Aimer ne vaut-il pas toutes les convoitises,
là j'en matte plusieurs, culs-têtes dans un bac
Le train s'ébranle, va, chaque pièce remise,
se placer au-dessus de tous ses ours en vrac


Il descend sur le plus beau, et par la culotte
mon Teddy bear s’envole, il me plait, je le veux,
battit comme j'aime, pas fait de camelote,
et à le regarder, j’en aurai bien pris deux

 

Je me vois vivre avec, lui ôter ses bretelles
Consternation, il retombe mollement
Je paye à nouveau, là, encore et de plus belle
mais en vain, je repars sans prix, et sans amant

 

On croit tous avoir droit à ce rêve d’étreintes,
que la passion est une pomme d'amour
dans laquelle croquer sans méprise, sans crainte,
jusqu'à l'abandonner comme on le fait toujours

 

Qu'il soit un lot gagné ou perdu à la fête,
l'ours est l'allégorie de l'amour, de la mort
même si notre vie est loin d'être parfaite
aimons aimer nos bords, de ce carré Sator

 

______________

 

Jeudi 16 juillet 2026, à Clermont-Ferrand
par Alain Cabello-Mosnier 

 

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1 juillet 2026

Institut Alain Cabello du 1er janvier 2005 au 1er juillet 2026

J'ai définitivement fermé ce 1er juillet 2026 le salon de massage que je dirigeais depuis 20 ans à Paris pour ne plus me concentrer qu'à la poésie homosexuelle, à mes romans (impubliés et pas prévus de l'être) et à mes travaux de recherches sur l'histoire du massage que vous pouvez retrouver sur le CFDRM de Paris.

 

Pour l'occasion, c'est bien évidemment en vers que j'exprimerai mon au revoir.

 

J'ai clos l'Institut pour le chagrin d'une absence

Celle d'une mère défaite et désirable

À vous qui par le corps m'offriez vos essences

Je garderai en moi ces doux moments affables

 

Certains resteront là, éternelle évidence,

un élan du ciel aux effluves innombrables,

dont les nus à jamais par les rimes, les stances,

hanteront mes nuits de leurs auras mémorables

 

 

24 juin 2026

Wallace-men | Poème gay inspiré des fontaines Wallace de Paris

Synopsis : Wallace-men est un poème gay inspiré des célèbres fontaines Wallace de Paris. À partir des cariatides qui soutiennent ces monuments, le texte imagine qu'elles sont remplacées par de jeunes hommes – des kouroi "Kouros" signifie "je me délecte de leurs eaux", selon le terme grec désignant les statues de jeunes garçons –, athlétiques, joueurs et sensuels, dont les eaux deviennent autant une source de fraîcheur que de désir. Entre mythologie, architecture parisienne, humour érotique et vocabulaire rare, le poème célèbre le corps masculin tout en transformant un monument familier en un paysage imaginaire où se rencontrent poésie, fantasme et patrimoine.

 

Mes poèmes ? Je les couche sur le papier et je baise avec. Je me fais juste moins chier avec les mots qu'avec les mecs.

 

 

Nuancier de rimesace/in ; ige/on ; erme/an ; ampe/u ; ise/o ; ture/é ; ouche/eur ; uce/i ; ûte/oi ; ance ; oi/ant ; ance/wear ; esse/is ; oire/al ; onde/os.

 

 

Aux cariatides des fontaines Wallace
ruisselantes d'ombre et des eaux de leur bassin,
mes rêves mettaient des Atlantes à la place,
d'authentiques bergers, au charme italien

J'imaginais partout ces groupes callipyges
sur les places du Man, de Metz ou d'Avignon
leurs fesses rebondies tenaient bien du prodige
de celui que l'on veut trouver chez un garçon

Athlétiques joueurs, queues à vue dans leurs thermes,
les épaules creusées du dos jusqu'au séant,
la fonte remplacée par le bel épiderme,
de gaillards du monde, noirs ici, buns et blancs,

ils exhiberaient la flammèche de leur lampe
à huile de jeunes Aladin, frais et nus
dont on s'extasierait du prestige des hampes
prêtent à tous les excès, et d'effarants abus
 

Paris et ses quartiers réservent des surprises 
et quoi que l'on raconte ou que les gens vous disent
Paname n'est pas que métro, boulot, dodos
car, quand on vient et qu'on dépose nos valises
ces fils d'
Océanos deviennent des salauds
bien plus joueurs, cul au soleil et pieds dans l'eau

 

Un jour que je buvais à même leur ceinture,
en m'appuyant sur eux, promeneur assoiffé,
j'entendis impromptu des bribes d'aventures
qu'ils voulurent par le détail me raconter


À chercher mon oreille, ils croisèrent ma bouche,
l'aspirèrent comme l'auraient fait des haleurs,
leur salive filait tel le jet d'une douche,
cerné par les lèvres de ces quatre baigneurs
 

"Viens boire au gobelet de nos petits prépuces,
ils sont faits d'argile et de calcaire blanchi
suces-en la cape, la diaphane aumusse,
et joue de nos méats toute l'après-midi

Au bas de nos ventres virevoltent la flûte,
et nos sacs pas plus gros qu'une fraise des bois,
s'agitent, s'envolent, retombent et chahutent,
ils sont le faix, quand nos hanches sont le charroi"
 

Paris et ses quartiers réservent des surprises ♫
et quoi que l'on raconte ou que les gens vous disent
Paname n'est pas que métro, boulot, dodos
car, quand on vient et qu'on dépose nos valises
ces fils d'
Océanos deviennent des salauds
bien plus joueurs, cul au soleil et pieds dans l'eau

 

Vous avez l'arôme, le bouquet de fragrance,
des zigues qui jartent leur petit underwear,
agitent leurs fats joues, plaisantent et dansent
sur ces deux olives dont nous sommes si fiers
 

Fontaines Wallace, aphrodisiaques fesses,
conservez bien ce roux au cul et au pubis,
Votre tour dispense tellement de tendresses
à l'ombre de vos foins, flavescents et pastis
 

J'aspire à ce plaisir ô combien désultoire,
qui me pousse à chercher, votre ultime idéal,
fait de colonne d'eau et de sacs chrismatoires
ascidulés et fruits, lors des étés citrals


C'était un aperçu, une image du monde 
qui anime mon esprit de jeunes Kouros (1)
que ne dissimulent jamais rameau, ni bronde,
et tournoient tout le jour autour d'un omphalos

 

 

  1.  "Kouros" signifie "je me délecte de leurs eaux"

 

 

À lire également :

 

 

________

Alain Cabello-Mosnier 
Terminé le mercredi 24 juin 2026 à Paris

24 juin 2026

Vers sur le "mignon de couchette"

Le "mignon de couchette" est un amant que l'on tient le plus souvent au secret des autres, mais pas de son lit, au secret du cœur qui se révèle, distincts des amours que l'on montre.
 

Le mignon de couchette.
Je hais la guerre et les excès,
Je fuis les débats et procès,
J'aime les voluptés plus douces,
Et telle ne se vante pas
D'une andouille de douze pouces
Que je lui donne à son repas.


— (Les frères Gébéodé, Bibliothèque bibliophilo-facétieuse, Ballets représentés à la cour des rois de France, depuis le règne de Henri IV jusqu'à l'époque de la Fronde ; deuxième publication ; [sans nom d'éditeur] 1854, page 45)

 

22 juin 2026

Pierre Ronsard (1524-1585) ne fut pas sans vers homophobes

Ronsard (1524-1585), le grand, le célèbre Pierre Ronsard, brillant pour son amour inconditionnel des femmes et de l'Amour lui-même, se caractérise aussi pour son homophobie crasse (d'ailleurs, peut-on vraiment aimer l'Amour lorsqu'on s'en prend à celui qu'éprouvent les autres, dès lors qu'il est différent par l'orientation ?). Il me donne la désagréable impression d'avoir plus aimé ce qu'il fait de l'Amour que l'Amour lui-même.

Alors, je sais que le terme est largement apocryphe puisqu'il vient de l’anglais homophobia, créé en 1971 par Kenneth Smith dans l’article Homophobia : A tentative personality profile et popularisé en 1972 par le psychologue George Weinberg dans son livre Society and the Healthy Homosexual en 1972, puis intégré dans un dictionnaire de langue française à la fin des années 1990.
Ce qui est effrayant, c'est de se dire que si le mot homosexuel fut créé en 
1869, il aura fallu attendre 101 ans pour que son aversion soit caractérisée. Ainsi, a-t-on dépénalisé l'homosexualité le 4 août 1982 en France avant que son rejet, sa détestation ne rejoigne enfin un dictionnaire.
Ce qui me dérange à chaque fois dans l'
apocryphité d'un mot, c'est qu'elle semble supposer que, puisqu'il n'existait pas, ce qu'il désigne à postériori n'existait pas non plus. Je sais bien que les sociétés se placent en fonction des mots qu'elles inventent pour conceptualiser quelque chose, ou pour en prendre conscience, et que ce qu'elles désignent enfin, fini par devenir ce qui les préoccupe, mais là, nous parlons d'une homosexualité qui a toujours existé.

 

Donc, si l'on ne peut pas affirmer que Ronsard était homophobe au regard de son qualificatif moderne, on peut tout de même dire que ses poèmes parlant d'homosexualité eux l'étaient bien. Je dirais cela d'autant plus que, lorsque l'on est capable de s'en prendre au roi lui-même, ça ne laisse pas augurer d'une grande tendresse pour celles et ceux de ses contemporains qui l'étaient. J'ajouterais qu'il ne s'agit pas d'un quatrain grivois mais bien d'une succession de poèmes visant à discriminer les homosexuels.
Railler quelqu'un pour quelques raisons que ce soit, c'est donner à d'autres le grain qui manquait à sa bêtise pour qu'elle se répande.

________

En 1578, il écrit ce poème pour se moquer de l'homosexualité d'Henri III (1551-1589) qui délaissait les "cons rondelets" pour les "culs blancs" des mignons de la cour. 

 

 

Adieu, cons rondelets, corralines fossettes,

L'entretien de Nature et de tout l'Univers ;

Adieu antres velus, plains de plaisirs divers,
(donc en un mot, il n'y aurait que le sexe des femmes qui offre des plaisirs divers)

Fontaines de nectar, marbrines motelettes.

Ores, en votre lieu sont les fesses molettes,

Et les culs blancs de chair, de tout poils découverts ;

Les culs plus que les cons sont maintenant ouverts :

Les mignons de la cour y mettent leurs lancettes.

Le Roi ne m'aime point, pour être trop barbu ;

Il aime ensemencer le champ qui n'est herbu,

Et, comme vrai Castor, chevaucher le derrière ;

Lors qu'il foute les culs, qui sont cons estrecis ;

Il tient le naturel de ceux de Médicis,

En prenant le devant, il imite son père !

 

Septidi 27 Prairial 221

 

Il écrit aussi, comme quoi l'homosexualité semble bien le turlupiner :

 

"Le roi comme l’on dit, accole, baise et lèche
De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour;
Eux pour avoir argent, lui prêtent tour à tour
Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche."

 

Ou encore sur cette page-ci ;
https://poesiesqueer.canalblog.com/2026/04

 

 

21 juin 2026

Et si, dans ton amour, il n'y a plus de place ♫

 

 

Synopsis : Et si, dans ton amour, il n'y a plus de place est une chanson gay qui mêle réflexion philosophique, spiritualité et confidence amoureuse. Face à l'absence de l'homme qu'il aime, le narrateur remet en cause Dieu, l'éternité et la condition humaine, avant de revenir à une douleur plus intime : celle d'une séparation qu'il refuse de croire définitive. Entre les rues de Paris, les références bibliques et un refrain obstiné qui revient comme une supplique, cette chanson explore l'espoir fragile d'un amour que l'on tente encore de sauver malgré la rupture.

 

Tableau dit "Solitude", de Eduard Erlikh avec ce magnifique garçon roux.
Tableau dit "Solitude", de Eduard Erlikh

Nuancier de rimesome/é ; autre/ieux ; elle/ien ; our/ace ; oi/ant ; uite/a ; artre/i ; inge/é ; our/ace ; oi/ant ; emble/un ; ère/ir ; ère/ist ; our/ace ; oi/ant ; our/ace ; oi/ant ; 

 

 

Si j'étais un ange, je resterais un homme,
car l'Amour éternel n'a pas d'éternité
Nous ne pesons pas plus, que le poids d'un atome,
je crois que même Dieu devrait bien se peser

 

C'est peut-être chez lui que la bête se vautre,
à moins que ce soit nous, anges libidineux
aux petits culs d'Adams dont les balles d'épeautre
exposaient leurs corps nus aux foins d'autres angoreux

 

Seule l'éternité peut se dire éternelle,
en attendant, ton corps manque souvent au mien
À travers l'espace du temps qui ne martèle
que des éclats de voix qui ne rimaient à rien


Et si, dans ton amour, ♫
il n'y a plus de place
je reviendrai toujours
là où nos corps s’enlacent

car je ne veux que toi,
ici et maintenant
malgré le désarroi
de ma douleur d'amant

 

Nos mots ont dessiné une ligne de fuite,
pour moi ce qu'on s'est dit ne nous résumait pas,
on ne détruit pas tout lorsque le ciel hésite,
comment te convaincre de rester près de moi

Ils ont dévalé les escaliers de Montmartre,
filé à Saint-Germain par les rues de Paris,
bousculé les bûchers, les harangues de Sartre,
et n'ont pas su calmer nos chevaux de Marly

Apaisons nos esprits, nos colères de sphinges,
tout ça ce n'était rien, qu'un fracas de galets,
rien qu'une goutte d'eau sur une corde à linge,
l'accro d'une étoile qu'il faudrait repriser


Et si, dans ton amour, ♫
il n'y a plus de place
je reviendrai toujours
là où nos corps s’enlacent

car je ne veux que toi,
ici et maintenant
malgré le désarroi
de ma douleur d'amant

 

Alors viens avec moi, viens et dansons ensemble,
ce que l'on ressentait, nous faisait tant de bien,
je ne sais pas pourquoi, nos cellules s'assemblent
ne me laisse pas là, comme un Saint-Sébastien
 

C'est comme si le vent, soulevait la poussière
je ne peux t'oublier, me résoudre à finir
ce passage de nous, d'un clignement ciliaire
ne valions-nous pas plus qu'un simple 
repentir
 

Accorde-nous du temps et la joie d'une chance,
je nous apporterai la plus belle playlist,
des ailes et du vent, pour que nos mains balancent
et serai pardonneur, comme le fut le Christ


Et si, dans ton amour, ♫
il n'y a plus de place
je reviendrai toujours
là où nos corps s’enlacent

car je ne veux que toi,
ici et maintenant
malgré le désarroi
de ma douleur d'amant

 

Mais si, dans ton amour,
il n'y a plus de place
te jure que pour toujours
j'en chercherai la trace

 

car je ne veux que toi,
ici et maintenant

 

Notre histoire fait loi
et nos corps tout autant

 

 

Genèse

Le refrain de cette chanson ♫ m'a poursuivi pendant plusieurs mois. Je l'ai d'abord noté sur mon téléphone, puis repris sur mon ordinateur, sans parvenir à lui donner un écrin qui lui corresponde. Ce n'est qu'au début du mois d'avril que le reste du texte est venu peu à peu s'organiser autour de lui. Comme le garçon auquel il s'adresse, ce poème n'est sans doute pas parfait, mais je lui porte une affection particulière : il est né d'une longue obsession.

 

À lire également

  • Sonnet (je baise avec un vieillard) — Une autre approche du désir masculin, cette fois dans un dialogue avec l'Antiquité et les générations.
  • Mon snowball earth (même thématique érotique dans laquelle l'âge n'est pas un critère de discrimination mais un atout du désir.
  • Si je vous manque... ou sur un registre plus doux — Un poème où l'absence est également centrale, mais envisagée depuis la voix de celui qui n'est plus.

 

_____________

Alain Cabello-Mosnier 
Terminé le dimanche 21 juin 2026 à Paris

 

 

20 juin 2026

Certes, je n'ai pas eu la vie dont je rêvais — Poème gay sur l'amour empêché

Titre de l'auteur : Pas eu la vie dont je rêvais

Synopsis Certes, je n'ai pas eu la vie dont je rêvais est un poème gay consacré à une génération d'hommes qui ont grandi à une époque où l'amour entre personnes du même sexe devait souvent demeurer invisible. Entre souvenirs de campagnes, désir, frustration et tendresse, le narrateur évoque ces gestes simples – tenir une main, partager un lit, vivre un amour au grand jour – dont il s'est longtemps senti privé. Sans colère ni nostalgie excessive, le poème interroge ce que signifie aimer lorsque la société interdit encore certains bonheurs ordinaires.

 

 

Nuancier de rimes : é/i ; erme/ange ; eux/on ; ite/ousse ; our/ ra/ ; aine/asse ; or/ain

 

Certes, je n'ai pas eu la vie dont je rêvais,
ni celle qu'un garçon eût pu vouloir pour lui,
pas plus celle que ma mère aurait souhaité,
elle qui n'envisageait qu'un seul sens à « ami :

des copains de moissons, qui descendaient des fermes,
bras dessus, bras dessous. » Seulement, dans les granges
se mêlaient aux bovins, d'autres couleurs de dermes
De leur gland de fermiers sortaient des giclées d'anges

Alors bien-sûr, j'ai eu de ces moments fameux
où mon cœur s'est serré, pour l'un de ces mentons,
pour un bras replié, le parfum capiteux,
d'une aisselle poilue à l'hirsute chardon

J'ai vu des tailles se dénuder ; monolithe
et mousse colorés d'inflorescences rousses
comme si nos amours devaient être une fuite,
offrant nos gros agneaux à la carde des drousses

Mais, je n'ai jamais eu droit au clos de l'Amour,
à la corne d'or et d'abondance des draps,
qui se montrent froissés dès la levée du jour,
par ces torses musclés que contiennent nos bras

J'ai sifflé dans les champs, bu à l'eau des fontaines,
mais jamais de baisers, sinon qu'une main chasse,
à deviner là, le sillon brun de leur aine,
ou ce bœuf gravide qui nonchalamment passe


Vous savez ce qui me manque le plus ? Leur corps
lié au mien, pouvoir leur caresser la main,
rejoindre la lune, nous asseoir sur le bord,
tel Pierrot amoureux de son bel Arlequin

 

 

 

Alain Cabello-Mosnier
Écrit et publié le samedi 20 juin 2026 à Paris

 

13 juin 2026

 

 

J'apprends avec ma peine de poète LGBT la mort, ce 2 juin 2026, de Patrick Negrier (1956-2026) qui était l'un de mes plus brillants intervenants sur ce blog. Patrick était un philosophe de l'ésotérisme, auteur de nombreux ouvrages et un incollable sur la Beat Generation. Sa culture insatiable et sa gentillesse m'avaient immédiatement frappé.

Je sais bien que tout mène à la mort des anges, mais lui, c'était un ange architecte, avec le compas et l'équerre à la ceinture.

 

   L'on ne peut tomber plus bas
   Que tombes gisant ici-bas
   Sous la pierre femmes ou cloportes
   Gît la vie que la mort emporte

Alain Cabello-Mosnier - 2014

 

 

 

Je vous transmets le dernier commentaire qu'il avait publié le lundi 08 septembre 2025 à 15:28 avec ce texte de Jack Kerouac qu'il souhaitait porter à mon attention.

 

 

« 213° chorus.
Poème dédié à Allen Ginsberg…
Laboure mon amour –
tire ma raie – sens mon sang –
freine ma sirène – pince ma pine –
tire ma languette – chante mon but –
coule ma boule…
couche mon caissier en déchéance –
suce mon lampadaire, lève le fléau,
pends le traître
dans mon cerveau.
Remplis bien mon seau…
Souris aux dames,
reviens de l’enfer ».

(Jack KEROUAC, « 213° chorus » dans Mexico City Blues, écrit en 1955, publié en 1959, Paris, Gallimard 2022, p. 229).
12 juin 2026

Colloque sentimental

De Paul Verlaine, issu des Fêtes galantes (1891)

 

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.


— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

— Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.

— Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.

Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

11 juin 2026

On s'est dit tant de choses | Poème gay sur l'amour perdu ♫

Titre de l'auteur : On s'est dit tant de choses

 

Synopsis : On s'est dit tant de choses est une chanson gay en hexasyllabes qui raconte la naissance de la jalousie lorsqu'un amour que l'on croyait invincible se fissure sous le regard porté sur un autre. Le narrateur voit celui qu'il aime s'éloigner vers un garçon plus jeune et plus beau. Entre désir, tristesse et résignation, le poème explore la fragilité des sentiments et la difficulté d'accepter que l'amour puisse changer d'objet.

Portion of painting called (The Calanque Family) by F.C.B. Cadell
Portion of painting called (The Calanque Family) by F.C.B. Cadell

Nuancier de rimesose/ent ; emble/o ; celle/é ; aime/nou ; ue/on ; ime/eil ; onde/a ; garde/i ; oise/oi ; ête/our ; ore/vers ; table/ou ; oque/tant ; onde/a ; âtre/al ; ousse/oir ; eur/os ; ile/in ; ome/eul ; onge/sket ; onde/a

 
 

 


On s'est dit tant de choses,
pleurés, fait des serments,
pour moi l'apothéose
devait durer mille ans

 

Qui s'aime bien s'assemble,
ta verge est mon bédo,
longue Nouvelle-Zemble,
on dirait un mégot
 

Je baisais tes aisselles,
te respirais les pieds,
et léchais les ocelles
de tes seins qui pontaient

Quand tu disais « je t'aime »
je ne voyais que nous,
que ton visage blême,
et ton air de Vishnou
 

Et puis elle est venue,
cette ombre de garçon,
se glisser ingénue
avec son air trognon

qui signait la déprime,
comment un gars pareil,
peut être aussi sublime
et narguer le soleil
 

Toutes les fleurs du monde
ne te suffiront pas,
entends mon cœur qui gronde
et s'éloigne déjà


J'ai dû baisser la garde,
me penser à l'abri,
mais quand tu le regardes,
voilà que tout est dit
 

Parfois la vie nous toise
sans trop savoir pourquoi,
comme si une ardoise
effaçait tout de moi
 

Je ne fais pas la tête,
celle des mauvais jours,
mais je crois que la fête,
pour moi a tourné court
 

Certes, on s'aime encore,
mais reste l'univers,
d'un amour monocore
que je déclame en vers
 

Tout m'est insurmontable,
devenu fade et mou,
tu brûles un retable
dans un incendie roux

 

 

Tandis que je suffoque
fébrile et haletant
l'Amour lui nous extorque
de la vie et du temps
 

Toutes les fleurs du monde
ne te suffiront pas,
entends mon cœur qui gronde
et s'éloigne déjà

 

Toutes les fleurs du monde
connaîtront le trépas
L'amour est une sonde
qui tourne et puis s'en va

 

Rejoins donc le théâtre
de ce corps idéal
dont le pubis rougeâtre
couve un feu hyménal

 

Sens, parmi ses fleurs rousses,
d'or, d'ambres et de soirs,
l'odeur de ses secousses,
sous tes coups de boutoir
 

File abréviateur,
va-t’en litiphagos, (mangeurs de l'Oubli)
ses yeux ont la couleur
des gamins de Paros
 

Son torse juvénile,
attend dès le matin,
tes reins conchyophiles (1)
et vos amours sylvains
 

Je suis ce genre d'homme
qui n'existe que seul,
loin des filtres, des baumes
et de tes poils tilleul
 

Pour moi, tu es un songe
qui ôte ses baskets,
un garçon qui me ronge,
ô, éternelle sket

 

Toutes les fleurs du monde
ne te suffiront pas,
entends mon cœur qui gronde
et s'éloigne déjà

 

Toutes les fleurs du monde
connaîtront le trépas
L'amour est une sonde
qui tourne et puis s'en va

 

 

(1) Collectionneur des coquillages de son corps que sont ses fesses, ses bourses, ses genoux…

 

Analyse stylistique ⟫

On s'est dit tant de choses montre que l'hexasyllabe convient particulièrement à l'écriture de l'auteur. Cette forme courte limite naturellement les expansions et favorise une diction plus nerveuse, proche de la chanson. Le poème repose moins sur le récit d'une rupture que sur le basculement presque imperceptible où l'amour cesse d'être exclusif. Cette économie de moyens lui confère une intensité émotionnelle remarquable.

 

_________

 

Alain Cabello-Mosnier
Terminée le jeudi 11 juin 2026 à Paris

 

 

19 mai 2026

T'es mon Dody d'amour | Chanson gay sur Paris, les fiertés et l'amour ♫

Synopsis : T'es mon Dody d'amour est une chanson gay légère et festive qui célèbre l'amour, Paris et les cultures LGBT. Des quais de Seine aux marches des fiertés, le narrateur entraîne son amoureux dans un voyage où se croisent monuments, figures de l'histoire homosexuelle, revendications politiques et clins d'œil à la communauté queer. Entre humour, tendresse et engagement, cette chanson revendique le droit d'aimer librement tout en rendant hommage à celles et ceux qui ont façonné l'histoire des personnes LGBT.



64 vers heptasyllabes avec refrains ♫.

Nuancier de rimesour ; é/ouvre ; in/erie ; aul/obe ; ron/volte ; our ; ant/ide ; or/ive ; eur/aille ; our ; wall/ienne ; rans/ique ; eau/onde ; our ;

 

 

Tu es mon Dody y d'amour
Oh oui mon Dody d'amour
que j'aimerais pour toujours

 

Tu es mon Dody d'amour
Mon petit Dody d'amour
allons visiter Beaubourg

 

Je veux voir le quai d'Orsay,
toutes les salles du Louvre
Les bleus de la royauté
que la sainte chapelle ouvre

Tous les deux main dans la main,
rue de la Bretonnerie,
nous pourrions prendre pas loin
café et viennoiseries

Devant l'église Saint-Paul,
du-Chardonnet homophobe,
écrivons sur un bristol
que l'on met aussi des robes
 

Nos langues sur leurs perrons,
s'amusent et virevoltent
Nous n'avons pour saint patron,
qu'un Sébastien désinvolte

 

Tu es mon Dody d'amour
Oh oui mon Dody d'amour
que j'aimerais pour toujours

 

Tu es mon Dody d'amour
Mon petit Dody d'amour
je te préfère à Hambourg


Fais ta folle bel amant,
sois plus rose qu'une pride,
et sur un char bruyamment,
montre à tous ton beau backside

 

Fais ta Gloria Gaynor
et entonne « I Will Survive»
fais le mec et le cador,
tout chez toi n'est que du style

 

Sors ton mouchoir de couleur,
rainbow flag, tee-shirt de mailles,
et crions sous la clameur
qu'on n'est pas fan de grisaille

 

Tu es mon Dody d'amour
Oh oui mon Dody d'amour
que j'aimerais pour toujours

 

Tu es mon Dody d'amour
Mon petit Dody d'amour,
nous optons pour le glamour

 

N'oublions pas Stonewall
les marches de lesbiennes
Marais, Castro wall-to-wall,
les mal baisées s'abstiennent

 

Une pensée pour les trans,
les bi, les aromantiques,
poules noires de Marans,
les masos et les sadiques

 

Communauté de drapeau,
sommes les homos du monde
Sous les lasers nos sonos,
PD, putes et femmes rondes
 

 

 

Viens à moi Dody d'amour,
mon velu Dody d'amour,
amoureux, je vote pour

 

une ville ivre d'amour
Londres, Berlin ou Jaipur
Nicosie, et alentour

 

 

⟪ – Analyse stylistique ⟫

T'es mon Dody d'amour occupe une place singulière dans le corpus. C'est un poème très neuf, avec un lexique urbain, joyeux qui décrit presque une géographie queer. Là où d'autres poèmes privilégient l'introspection, celui-ci choisit la célébration collective. Son énergie vient de l'accumulation de lieux, de références historiques et de symboles de la culture LGBT. Le défi de cette chanson est de conserver son élan narratif : lorsque les références s'intègrent à une scène (Beaubourg, la rue de la Bretonnerie, Gloria Gaynor), elles renforcent la poésie ; lorsqu'elles s'enchaînent comme une liste, elles ralentissent légèrement le mouvement.

 

Poèmes dans le même style :

_______

Alain Cabello-Mosnier
Terminée le 19 mai 2025 à Paris

 

13 mai 2026

Fais-moi un smack

 

Synopsis Fais-moi un smack est une chanson humoristique en tétrasyllabes qui joue avec les sonorités, les rimes et les mots venus de multiples langues. Sous une apparente légèreté, le texte transforme la séduction en terrain d'expérimentation poétique, où le rythme, les allitérations et les échos phonétiques comptent autant que le récit. Cette fantaisie verbale s'inscrit dans une poésie queer qui célèbre avant tout le plaisir de la langue... française autant que chantée.

 

64 vers tétrasyllabes amusants ♫.

Nuancier de rimes : ec ; ac ; ousse ; ort ; é ; endre ; ilt ; ang

 

 

 

T'aimes la teck,
et puis les mecs,
aux muscles secs,
et seins de teck

 
Tes super pecs,
sont des bombecs,
garçon impec.
Tu es mon Shrek
 
Fais-moi un smack
Baiser de mac,
au bord du lac
Un truc full track
 
C'est comme un jack,
le cul se hack,
l'anus en vrac,
façon aubrac
 

Nez dans la mousse
le trou qui tousse
et se trémousse
gémi et glousse

La queue qui pousse
blanche et si rousses
t'es à mes trousses
les mains trop douces

 
Tu es si fort
avec ce corps
épais et saur
Taureau et gaur
 
C'est comme un sport,
ou bien un sort
puis je m'endors
sur ton trésor

Viens là bébé,
sors ton briquet,
vais le frotter
pour t'allumer

 
Je veux jouer,
à caresser,
tes reins d'acier,
comme un damné

Monter, descendre
et puis ascendre,
sur ta queue tendre
couillons de cendre

Tu peux prétendre,
mon beau Léandre,
ne rien entendre,
à nos méandres
 
mais sous ton kilt,
De Vanderbilt,
plus long qu'un stilt,

pénis et milt,


au large hilt
Mes yeux font tilt,
débande et wilt,
gland dans le silt
 

Mon cœur fait bang,
un bommerang,
tétons copangs,
goût de bawang,

sent le mustang,
poilu et clang,
coups de parang,
de noix djansang

 

 

⟪Analyse stylistique ⟫

Ce texte marque une nouvelle étape dans l'œuvre : la contrainte formelle devient presque le sujet du poème. Le tétrasyllabe impose une diction très rapide et favorise un travail sur les sonorités, les allitérations et les rimes rares. Les mots empruntés à différentes langues ou registres ne servent plus seulement à enrichir le sens ; ils deviennent des matériaux sonores. Cette évolution montre que l'auteur explore désormais la poésie autant comme musique que comme discours.

 

Poème dans le même style :

 

 

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Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le 18 mai 2025 à Paris

 

 
30 avril 2026

Marc (massé) | Poème gay sur le massage, le désir et la confusion des pronoms

Synopsis : Dans ce poème en alexandrins, un masseur raconte la relation ambiguë qui l'unit à l'un de ses plus anciens massés. Entre le respect professionnel, le fantasme et le désir, les frontières s'effacent progressivement. Le vouvoiement et le tutoiement se mêlent jusqu'à coexister dans les mêmes strophes, traduisant la confusion intérieure du narrateur. Inspiré de l'expérience du massage de relaxation, ce texte explore les rapports entre le corps, la distance, l'attirance et la transgression dans une langue riche en images, en vocabulaire ancien et en références religieuses.
Le poème fait suite à MARC (déshabillé).

 

Theseus and the Minotaur (1781-83), Plaster. Antonio Canova (1757-1822), Italian sculptor.
Theseus and the Minotaur (1781-83), Plaster. Antonio Canova (1757-1822), Italian sculptor.

 

Nuancier de rimes : tion/inale ; oir/erte ; eur/ure ; oi/uste ; eux/puce ; et/anal ; ous/oire ; u/onde ; eau/ame ; arc/oite.

Alexandrins de 40 vers

 

 

L'ange du chaos et de la destruction,
l'aisselle archipoilue, aux boucles circinales,
venait majestueux dans ses anudations,
noirci de menu vair, la crosse cardinale

 

Vous vous allongiez, nu, sur votre petit loir,
pour vous laisser masser comme ces fleurs inertes,
gigantesque, odorant, abominable et noir,
le corps qui attire, révulse et déconcerte

 

Je convoitais câlin, tous vos trous de chaleur
L'un après l'autre, te reniflant l'encolure
de l'anus imprégné par vos fortes odeurs
que ma langue léchait à même la froissure


Je vous prends les orteils, te les masse des doigts,
d'huile et de salive, ma langue s'y ajuste,
votre torse clouté, tel un drag queen sur moi,
avec pour talons hauts des mamelons robustes
 

Puis, vous vous retourniez, toxique et vénéneux,
le ciboire blanchit par l'hostie des prépuces,
votre Maure coiffé de son tortil squameux,
fait d'anges écrasés sous de douteux capuces


Votre gland rouge se tapissait de muguet,
de vestales folles devenues bacchanales,
l'anus béant comme la bouche d'un noyer,
donnant ses pustules et ses odeurs anales


Nourrissez-vous de moi, nourrissez-moi de vous,
Par votre massage, je m'instruis de l'histoire,
des nus qui s'affrontent, dans l'âtre des cantous
que vous éclaboussez de désirs provisoires


Mettez-moi à nu, mettez-vous à mort, pas plus
Guidons votre taureau vers mon étable ronde
Amenez le troupeau des bovins disparus
Vous trouverez fendu, mangeoire à pailles blondes

Placez vos mains charnues sur mes cuisses d'agneau,
préparez mon anus pour cet enfant sans âme,
et gavez de lait sa gueule de petit veau
qui, à peine venu, meugle, pleure et réclame

 

Je suis l'esclave d'un vice, « pinez-moi Marc,
fichez-moi de cible rose, aguicheuse et moite,
l'arbalète tendue comme celle d'un arc, »
dites-moi que vous êtes, le Diable qui me doigte

 

 

⟪ – Analyse stylistique ⟫

Originalité principale : la confusion progressive des pronoms personnels devient une figure poétique. Le glissement du vouvoiement vers le tutoiement ne traduit pas une erreur de syntaxe, mais l'effacement des frontières entre le professionnel, l'intime et le fantasme. C'est une utilisation rare de la grammaire comme procédé d'écriture.

 

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dimanche 3 mai 2026 à Paris
par A. Cabello-Mosnier,

 



 

22 avril 2026

Amitié perdue

 

Par le poète homosexuel Yeram Fariv (1974-)

 

Je sais, tu m'as aimé, sans n'avoir pu le dire
Et moi je n'ai pas vu, pas voulu voir le pire,
Ce sentiment si fort qui nous reliait en un
Et négligeait le corps par amitié d'emprunt
 

Parce que ce n'était qu'harmonie entre nous,
La passion se couvrait de rires et d'humour...
Mais je n'ai pas compris tes blagues au détour
Quand tu cherchais plus loin que de simples bisous
 

Tu m'allégeais la vie et me comblais de joie
Et, pourtant, tu souffrais de ton physique ingrat ;
Je te voyais souvent et rien ne nous gênait
Or ce triste soir-là, tu as tiré un trait.
 

Je ne pouvais étendre un amour amical
Au sexe libertin, débordant et sordide :
Je te voulais pour moi, et ce fut un suicide
Que de te voir dissous dans ton sombre bocal
 

Alors, on s'est quitté ; le jour était de trop —
Toi, cheval offensé ; moi, pantois, comme un sot —
Cinq années ont passé et rien n'est revenu,
Ni l'épique, ni l'âme... Une histoire perdue.

20/06/2023

20 avril 2026

Tactiques de combat à l'épée, Allemagne, XVe siècle
Tactiques de combat à l'épée, Allemagne, XVe siècle

Le 14 avril 1578, Pierre de L'Estoile (1546-1611) note dans son journal qu'un de ses « amis » a composé plusieurs sonnets « piquants » à propos des célèbres Mignons du roi Henri III. Le sonnet homophobe que je vous propose là est attribué à Pierre Ronsard (lui-même :

 

Version en vieux français

II me desplaist beaucoup qu'une nouvelle marche
Offusque le Flambeau du naturel Amour
II m'attriste d'ouïr ce qu'on dit de la Cour
Mon visage d'ennui [s'enjaunit] et dessèche.
Le Roy comme l'on dit accole baise et lesche
De ses poupins Mignons le taint frais nuit et jour
Eux pour avoir argent, lui prestent tour à tour
Leurs Fessiers rebondis et endurent la bresche.
Ces culs devenus cons, engouffrent plus de biens
Que le Gouffre de Scylle hay des Anciens,
Et auroit mieux valu pour le bien de la France,
Qu'Henri second du nom à qui je fus donné,
Bien qu'il desplaise aux Dieu [sic] eust les culs bouquiné
Que défaire un Néron de sa noble Semence.

II me déplait beaucoup qu'une nouvelle marche
Offusque le Flambeau du naturel Amour
II m'attriste d'entendre ce qu'on dit de la Cour
Mon visage d'ennui [s'enjaunit] et dessèche.
Le Roi comme l'on dit accole, baise et lèche
De ses poupins Mignons le teint frais nuit et jour
Eux pour avoir argent, lui pressent tour à tour
Leurs fessiers rebondis, et endurent la brèche (sodomie).
Ces culs devenus cons, engouffrent plus de biens
Que le Gouffre de Scylla haït des Anciens,
Et aurait mieux valu pour le bien de la France,
Qu'Henri second du nom à qui je fus donné,
Bien qu'il déplaise aux Dieu eut les culs bouquinés (Copuler, pour un bouc, un lapin ou un lièvre.)
Que défaire un Néron de sa noble Semence.

 

Pierre de L'Estoile, Registre-journal du règne de Henri III, éds. Madeleine Lazard et Gilbert Schrenck, six volumes, Genève, Droz, 1992-2003, ici vol. II, 1996, p. 183-184. Toutes les références à cette édition seront incluses entre parenthèses dans notre texte. Le mot « s'enjaunit », illisible dans le manuscrit de L'Estoile, apparaît dans Pierre de Ronsard, Œuvres complètes II, éds. Jean Céard, Daniel Ménager et Michel Simonin, Paris, Gallimard, 1994, p. 1247. Le vers 10 dans cette édition contient le mot « Scylle », au lieu de « Scylla », qui rend le ver faux dans la transcription de L'Estoile.

Ma source : persee.fr
Voir aussi votre article du 22 juin 2026 Pierre Ronsard (1524-1585) ne fut pas sans vers homophobes

 

18 avril 2026

MARC (déshabillé) – Poème gay sur le massage, le corps masculin et le désir

Synopsis : MARC (déshabillé) est un poème gay en alexandrins inspiré de l'expérience de l'auteur comme masseur de relaxation. À travers le rituel du déshabillage, le regard du praticien glisse peu à peu vers une contemplation poétique du corps masculin, où chaque geste devient matière à métaphore. Entre vocabulaire anatomique, minéral, botanique et médiéval, le texte interroge la frontière entre observation professionnelle, admiration esthétique et imaginaire amoureux, sans jamais confondre la réalité des séances avec la fiction poétique. Il constitue le prélude de MARC (massé), où cette rêverie prendra une dimension plus intérieure.

 

The Drunkenness of Noah (1540-60). Baccio Bandinelli (1493-1560), High Renaissance and Mannerist Italian Sculptor. Carrara marble relief.
The Drunkenness of Noah (1540-60). Baccio Bandinelli (1493-1560), High Renaissance and Mannerist Italian Sculptor. Carrara marble relief.

 

Alexandrins de 52 vers et là, j'en écris un nouveau dans lequel je baise plus imaginairement avec lui.

Nuancier de rimes : ou/ven ; ille/é ; une/ert ; oncle/in ; eau/eur ; ure/ort ; elle/oi ; ate/seaux ; il/on ; inte/um ; pisse/ou ; lume/ail ; mons/al.

 

 

Jamais massage n'eut de carnet tel que vous,
de pages à croquis, ni jamais si souvent
hommes se sont tenus, habillés et debout,
prêts à s'abandonner, clocher et cloche au vent


Encharogné de brun, vous meurtrissiez la ville
de vos marais gonflés de crues inapaisées,
la chemise remplie d'une toison tranquille,
qu'il me fallait ouvrir sur des jours pénombrés

Je vous déboutonnais le col puis, une à une,
regardais bâiller vos boutonnières de mer
sur leurs byssus de lin là pour toute fortune
et dont les ourlets fins, vous montraient torse ouvert

Petit pêcheur heureux, je cherchais le pétoncle
de vos tétons salés d'un sel himalayen,
rosâtre, qui tirait sur le rouge carboncle,
rubis qui prenaient la poussière des chemins

J'en léchais vos béryls, fait de sueurs et d'eaux
n'osant pas sous vos bras, me gaver des candeurs,
de vos puits parfumés par d'immondes déos,
qui repoussaient par trop l'intrépide masseur


Cette fève d'huile parcourue d'aventure,
offrait tous ses charniers putoisés par les morts,
C'est l'empreinte d'un pas que laisse la chaussure,
d'un criminel heureux et surtout, sans remords

Renversez l'encrier de vos larges aisselles
pour que mes pupilles s'y jettent et se noient
C'est de toutes les morts, sans doute la plus belle,
à choisir la mienne, la sueur est mon choix

J'aimerais qu'elles soient mon bandeau de pirate,
qu'elles mouillent mon œil, de leurs tristes vaisseaux,
asperger votre sein de mon sang écarlate,
et périr par le trait de vos cruels Verseaux

Ma langue vous massait le ventre et le nombril,
détachait ceinture, braguette et pantalon,
dévorant vos dessous, qui me mettait au fil
non pas de l'épée, mais de confus caleçons


C'est la hanche large, et puis votre ange qui pointe,
endormi sous la soie, il remplit son barnum,
de ses fruits, ses fleurs, ses courbes de coloquinte,
là où Dieu a voulu, nos jutes et cordum

Je le sors et le sens, votre sexe est d'épices,
c'est un extrait des cieux désiré par l'Amour,
un exsudat de saveur, qui bande et qui pisse,
porcelaine de chair, qui valait le détour

Je renifle son dais, mais j'en garde les plumes
de vipère aztèque sous les feux d'un vitrail
Répandant ces relents et ces rouilles d'enclume,
tel un manga tout nu dessiné pour hentai

J'écarte vos fesses, j'en remplis mes poumons,
puis dévore de vous l'orifice aboral,
par lequel ne sortent jamais que nos démons,
mais duquel s'inspire ce poème immoral


 

Genèse : Marc est l'un de mes massés avec lequel j'ai vraiment pu expérimenter en profondeur l'art du massage, puisque c'est mon métier et l'objet de toutes mes recherches au sein du cfdrm.fr. Non seulement il a largement participé à me permettre de vivre de ma passion, mais les libertés créatives et les prises de notes que je faisais en cours de séances furent décisives.
Nos rapports sont toujours restés professionnels, même si mes expériences m'ont fait l'approcher de manière que je qualifierais de "pas usuelle" mais de toujours respectueuse et jamais frontalement sexualisée.

 

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Écrit par A. Cabello-Mosnier,
le samedi 18 avril 2026

11 avril 2026

NICOLAS | Poème gay en alexandrins sur mes obsessions amoureuses avec lui.

 

NICOLAS

 

Synopsis : Nicolas est un poème gay en alexandrins consacré à l'obsession amoureuse et au désir persistant. Loin d'une célébration idéalisée, il fait du corps masculin un territoire de mémoire, de manque et de fascination. Le langage emprunte à foison à la théologie, à un monde rural rempli d'odeurs (les siennes), à l'histoire, à la botanique et aux archaïsmes pour construire une poésie où l'amour se confond avec l'addiction, la beauté avec l'animalité, et le souvenir avec la perte.

 

St. Sebastian. par Cornelis van Haarlem, de 1591.

 

Nuancier de rimes : ant/ivre ; ou/inne ; oi/asque ; u/ante ; ort/tase ; eau/entre ; tion/erde ; ers/une ; quin/ile ; eux/esse ; oil/angue ; uit/aine ; ant/ivre.

Alexandrins de 54 vers

 


Nicolas mon amour, mon bel et rude amant,
combien à tes côtés, il m'aurait plu de vivre
Pense à ces parties de nous, chaudes en dedans,
toutes si densément poilues qui nous enivrent

J'ai sublimé ton corps, tes rigueurs d'acajou,
marqués d'espaces bruns, de fentes marennines,
aisselle et borgneux (1) blets qui plaçaient leurs Ankous, (2)
contre mes traits de boy mi-gamin, mi-gamine

Ton souffle haletant, toujours derrière moi,
je sentais friser tes laines de bergers basques
qui m'effleuraient le dos et la masse du doigt,
dont l'immense lourdeur était de verge flasque

Ta biroute molle et ton prépuce pointu,
enfermaient, puamment, les pertes humescentes,
d'un cabochon ord qui sentait l'ange déchu,
le vice, l'incurie et la femme méchante

...elle est si chaude, et si épaisse que mon corps,
tressaille de désirs et frisonne d'extase
C'est l'inquisition et puis la mise à mort,
de Onan masturbé, jusqu'à l'ultime épectase

Maître et antique fils, pourquoi es-tu si beau,
nu comme Caïn, tu as le poignard au ventre
Je gis de sperme et de sang, ombre et caniveau
lorsque mon âme sort, c'est ta lame qui entre,

amoureux pour toujours de tes abjections
« Crève, me disais-tu, viens, avale ma merde,
les bovins de mon cul, turpides mixtions,
dévaleront sur toi, les troupeaux de mes
herdes »

L'esprit dérangé, moi, bergerot des enfers,
auquel tu donnais ta noire monnaie de lune,
je me satisfaisais du misérable avers,
me disant de la vie qu'il n'y en avait qu'une

Si je pouvais contre moi te garder mesquin,
je te reniflerai à devenir débiles
De tous les Nicolas, il n'y en avait qu'un
qui pouvait me donner ses liqueurs atrabiles

 

Sois nu, encore une fois, tout en nu, scabreux
Réenlève ton slip, écarte-toi les fesses,
remontre-moi ton trou et je serai heureux
Laisse-moi l'admirer à défaut de tendresse


De nuit comme de jour, je veux voir tous tes poils,
les sentir, les frôler, en jouant de ma langue
dans l'éventrement de tes breuilles de juoils
L’aisselle en charmille devenue ma varangue

Par pitié, reste nu, tout nu, toute la nuit,
que ton anus bleu, soit mon unique oxygène
Que je sache ce qu'est que de vivre aujourd'hui,
avec toi pas douché de toute la semaine

Nicolas empereur, ambitieux Trajan,
tu contemplais ton corps dans un miroir de cuivre,
chasseur ithyphalle, sculptés de marbre blanc,
main sur l'arbalète, et flèches gonflant ton quivre

Mon si beau Nicolas, mon lumineux amant,
sache qu'à tes côtés, il m'aurait plu de vivre
 

 

Genèse : Nicolas est aussi réel que ce que je décris dans ce poème. Pour moi, il est et il restera la mythologie du désir archétypal, se passer de lui en le quittant était aussi inacceptable que de lui avoir cédé, et j'ai fait les deux.
J'étais, je suis et je resterai inexorablement addict, jusqu'à la fin de mes jours, à ce garçon avec lequel j'ai baisé pendant plus d'une décennie. Les choses ont changé avec mon départ en juillet 2026 pour Clermont-Ferrand, quand lui est resté à Paris. Il faut dire que notre réel était bien plus inconfortable que mon imaginaire.

 

________

par Alain Cabello-Mosnier 
samedi 11 avril 2026

 

"Borgneux" néologisme que j'ai créé pour désigner l'anus qui paraît comme un œil crevé.
2
 Ankous : j'ai absolument tenu à le mettre au pluriel et en faire, par antonomase, un nom commun, afin que chacune des aisselles de Nicolas devienne la personnification de la mort elle-même ; l'anus putride de Nicolas, devait aussi avoir la sienne, la Mort devait y habiter et moi avec elle, dans son cul.

6 avril 2026

Snowball Earth | Poème gay sur la différence d'âge et l'amour jusque dans les étoiles ♫

Synopsis : Snowball Earth est un poème gay construit comme une chanson en alexandrins consacré à un amour marqué par une grande différence d'âge. Face aux jugements des autres, le narrateur célèbre celui qu'il a aimé durant des décennies, jusqu'à imaginer leur union au-delà de la mort. Les cheveux et les poils blancs de son amant deviennent ceux d'une Terre à l'erre glacière, tandis que la mythologie grecque, les enfers, les constellations et les paysages cosmiques prolongent leur histoire d'amour. Entre sensualité, mémoire et imaginaire, ce poème fait de l'amour homosexuel une légende destinée à survivre au temps.

 

Nuancier de rimes : eune/u ; ène/in ; emble/ard ; ie/an ; ice/on ; ise/or ; ouffle/men ; ie/an ; ecte/ier ; ibde/oi ; oile/iel ; ie/an.

 

 

Les gens te reprochaient de m'avoir séduit jeune
On te disait pervers, oui, mais l'on s'était plu,
rien qu'un Monsieur Loyal s'enfilant son zigheune,
J’étais ce benjamin que tu chevauchais, nu


Bien sûr, je m’aperçois que nos baisers les gênent,
trente ans nous séparaient, ça dérangeaient certains
qui me voyaient enfant, dans ta gueule de hyène,
devenir le jouet, de ta boîte à pantins
 

Après vingt ans d'orgies, je vois que tu ressembles,
toujours à cet homme devenu mon gaillard
Certes, tu as vieilli, pourtant, c'est moi qui tremble,
lorsque tu me rejoins, mon beau Lazare, « Elʿazar » 1
                                                                                                                         1
 
« Dieu a aidé », étymologie arabe du saint.

 

Oui ce vieillard était tout l'amour de ma vie,
c'était mon prince, mon ami et mon amant,
nous partagions le fun, la joie, tout à l'
envie,
tout à l'envers jusqu'à la mort et maintenant


Je t'offre encore mon corps, ma lèvre rosie,
quand tu la suces, la mordilles de tes dents,
je bois la peau de tes baisers jusqu'à la lie,
tu restes mon
Hadès aux enfers brûlamment

 


Laisse-moi déballer le coffret de tes vices,
goûte à mes viscères, saccage ma raison,
laboure de tes doigts le petit orifice,
que je prête à la fleur mauve de ton chardon
 

Je veux ton vautour, ta charogne à tête grise,
que dans mes entrailles, son cou me ronge à mort
Déchaîne-toi sur moi, pisse sur nos églises,
et que baiser entre garçons leur donnent tort
 

Cannibalise-moi, aspire tous mes souffles
Tu as le poil snowball earth de ton abdomen
qui se frotte sur moi, m'écrase et me maroufle,
extrayant de nos œufs, l'abondant albumen

 

 

Oui ce vieillard était tout l'amour de ma vie,
c'était mon prince, mon ami et mon amant,
nous partagions
le fun, la joie, tout à l'envie,
tout à l'envers jusqu'à la mort et maintenant


Je t'offre encore mon corps, ma lèvre rosie,
quand tu la suces, la mordilles de tes dents,
je bois la peau de tes baisers jusqu'à la lie,
sois mon Poséidon dans la mer
 
coulamment


 

Cent ans sont écoulés, la terre nous humecte,
nous avons les os nus de ces gens oubliés,
mais la glèbe a gardé mes pages d'analectes,
tracées de lignes bleues faites pour m'attacher

Je me jette en entier dans tes trous de Charybde,
offre-moi tes évents, tout ce qui pue de toi,
ton chibre de Scylla, tes béances d'Haribde,
je ne veux plus être aux cieux qu'un cerf aux abois.
 

En constellation, brillons d'un jeu d'étoiles,
à jamais appelé « Les fileurs d'arcs-en-ciel »,
nos culs dans l'univers sur un bateau à voile,
baisant à la volée, les contempteurs de "iel"

 

Oui ce vieillard était tout l'amour de ma vie,
c'était mon prince, mon ami et mon amant,
nous partagions
le fun, la joie, tout à l'envie,
tout à l'envers jusqu'à la mort et maintenant


Je t'offre encore mon corps, ma lèvre rosie,
quand tu la suces, la mordilles de tes dents,

ses eaux saumâtres sont tes fleurs d'ascidies,
mirifique Céto, ô monstre luisamment

 

Dans la même constellation (tranche d'âge) :

A. Cabello-Mosnier, le lundi 6 avril 2026

 

4 avril 2026

Instant-poesie de Dany Laferriere

Instant-poesie de Dany Laferriere par France Culture, ici.
Des grandes figures de la poésie haïtienne à des autrices canadiennes d'aujourd'hui, la carte blanche offerte à l'écrivain et académicien Dany Laferrière révèle les 20 poèmes qui l'ont porté, et qui l'accompagnent encore aujourd'hui.

Écrivain, peintre et cinéaste, Dany Laferrière construit depuis 40 ans une œuvre prolifique composée de 38 livres, traduite partout dans le monde, qui lui a valu le Prix Médicis en 2009 pour son roman L'Enigme du retour et son élection à l’Académie française en 2013. Originaire de Haïti, Dany Laferrière s'est exilé au Canada dans les années 1970 où il travaille à l'usine, avant de connaître un succès inattendu avec son premier roman paru en 1985 Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.

Depuis son enfance, la poésie haïtienne n'a cessé de le suivre et de l'habiter. L'écrivain français Paul Morand aurait dit en 1930 lors de son passage à Port-au-Prince : "En Haïti, tout finit par un recueil de poèmes." Cette tradition poétique se retrouve très particulièrement dans la sélection que nous propose Dany Laferrière, à travers notamment les figures de Davertige, Carl Brouard, Magloire-Saint-Aude, René Depestre ou encore Gaston Miron. On y entend également le premier poème écrit en créole dans l'histoire de la littérature, signé Duvivier de la Mahautière en 1757. L'Académicien évoque aussi sa passion pour la poésie japonaise de Lipo (ou Li Bai) et Lu Yu ou encore son amour infini pour l'écrivain argentin Jorge Luis Borges. Et il nous fait découvrir des œuvres plus contemporaines et encore assez méconnues en France, celles des poétesses canadiennes comme Denise Desautels ou Joséphine Bacon.

Une collection proposée par Camille Renard

Avec la collaboration de Pascaline Bonnet et Roxanne Natta

Réalisation : Daphné Leblond

Textes lus par Sarah Jean-Baptiste, Camille Léon-Fucien, Dana Fiaque et Roberto Jean

Carte blanche graphique : l'illustrateur et auteur de bande dessinée canadien Jimmy Suzan accompagne les poèmes de ses créations originales, diffusées sur le site et les réseaux sociaux de France Culture
Un grand merci à Camille Robitaille pour sa collaboration

Depuis septembre 2025, la collection de podcasts L’Instant poésie est adaptée dans un livre de 300 pages, publié aux Éditions Seghers, dans lequel sont reproduits les commentaires des passeurs, les poèmes qu’ils ont sélectionnés ainsi que les différentes illustrations qui accompagnent chaque épisode.

 

2 avril 2026

Mon cœur tant affamé | Poème gay en alexandrins léonins sur l'amour rêvé

Synopsis : Mon cœur tant affamé est un poème gay en alexandrins léonins où un homme arrivé au soir de sa vie contemple les amours qu'il n'a jamais pleinement vécues. Faute d'avoir été aimé comme il l'espérait, il continue pourtant d'attendre un garçon imaginaire dont la présence éclaire encore ses nuits. Entre rêve, géométrie, Art nouveau et mystique de l'encens, le poème transforme le manque en paysage intérieur. L'amour n'y disparaît jamais : il devient une attente, une prière et une forme de beauté.

 

Photographie de Mucha.

 

Nuancier de rimes : er/i ; main/erte ; our/oi ; entir/ent ; soir/une ; nue/ombre ; ote/ève ; métrie/on

Écrit ce soir (le même jour que sa publication)


 

Jamais hélas baisers, n'auront enseveli,
mon cœur tant affamé, mon corps à l'infini,
ni point plus aucune main à la mienne offerte,
n'aura le lendemain la joie de croire ouverte,

 

mon alcôve à l'Amour, pour un regard de toi,
beau garçon que le jour, efface de mes draps,
comme si te sentir m'était trop beau présent,
et qu'à la nuit mentir, m'apaisait lentement


Je t'attends tous les soirs, m'éclaire de la lune,
d'un petit encensoir immolant sa fortune,
pour que naissent des nues, tes reins dans la pénombre,
avant qu'épaules nues, disparaissent et sombrent

Je souffre et sanglote, mes amants sont ce rêve,
à courbe asymptote, qui résolue, m'achève
Sois ma géométrie, mon compas, mon crayon,
la belle asymétrie entre rêve et raison

 

Genèse : dans la troisième strophe, dans une atmosphère évoquant l'Art nouveau, façon Alphonse Mucha (1860-1939), ce garçon seul espère en rencontrer son élu sous la lune au point que je rêverais d'en faire un vitrail. Dans le vers qui suit, au lieu d'une bougie, il s'éclaire d'un encensoir qui produit une fumée mystique. Et là, toute la fortune de cet amant, c'est de l'encens qu'il brûle pour un vœu.
Cet homme détourne un geste religieux traditionnellement adressé à Dieu pour le consacrer à l'attente de l'être aimé.

 

Analyse stylistique : ce poème repose sur une esthétique de l'attente plutôt que sur celle de la possession. Le désir n'y est plus une force d'élan mais une présence silencieuse. Les alexandrins léonins, les images d'encens, de lune, de géométrie et d'asymptote concourent à transformer l'absence en rituel. C'est un poème de veille, où le rêve devient la seule forme encore possible de l'amour. ⟧

 

À lire également, dans le même esprit : 

 

A. Cabello-Mosnier- 2 avril 2026
Sut par cœur par l'auteur.

 

26 mars 2026

Nous sommes deux garçons | Chanson gay de marins en alexandrins ♫

 

Synopsis : Nous sommes deux garçons est une chanson gay en alexandrins léonins construite autour d'un refrain maritime. Deux hommes s'aiment, naviguent ensemble et opposent leur fidélité aux moqueries du monde. La mer devient le miroir du désir, tandis que les aisselles, les odeurs, le sel et le vent composent une géographie intime où le corps se transforme en territoire d'exploration. Entre vocabulaire ancien, images nautiques et lyrisme amoureux, le poème célèbre un amour masculin libre, sensuel et obstiné face aux conventions.

Alexandrins léonins de quatre-vingt-huit vers jouant avec trente-six rimes uniques avec refrains ♫.
Primé au concours de la poésie RATP 2026 mais je me suis retiré du concours.

Nuancier de rimes : ou/un ; ais/a ; our/ie ; eu/souffle ; on/an ; rin/èr ; eur/ance ; eau/elle ; ute/or ; age/al ; une/arte ; ssion/euvre ; on/an ; rin/èr ; ir/einte ; ame/ousse ; euse/oc ; onde/nus ; ace/ige ; oeil/isse ; on/an ; rin/èr.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon front contre ton cou, respirant ton parfum,
il ne restait de nous que ces reflets aubains
Quand je te regardais, moi, je n'y croyais pas,
ce que mon cœur disait, tu l'entendais déjà


 

Alors, dis mon amour, passerai-tu ta vie
à l'ombre d'une tour envahie d'abélies *
Savais-tu qu'en hébreu, Abel veut dire « souffle »,
le mien est numineux, et jamais ne s'essouffle

 

 

   Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
   deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.
   De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
   qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers


 

Loin des cachinnateurs, des moqueurs de puissance,
implorons le bonheur de nos mets de naissance
Chèvre perchée en haut de tes pentes motelles,
j'y venais lécher l'eau salée de tes aisselles


 

Sans craindre la chute, l'empire de la mort,
qui tire et chalute des quantités de corps
Sous tes bras sauvages, je déployais astral,
le trésor sans âge, de cet antre claustral


 

Elles semblaient une de ces très vieilles cartes,
éclairées de lune, et d'abysses que j'essarte,
telle est ma passion, l'aisselle est mon Grand Œuvre,
océan de lussions, de planctons et de pieuvres

 

   Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
   deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.
   De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
   qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers


 

Je crois souvent périr de nos lampes éteintes,
c'est comme si dormir me privait d'une éteinte
Ta peau sent les flammes, torture à braises rousses
qui rougeoie, se pâme, Dieu que ta chatte est douce


 

Infâme merdeuse et rouge fèces de coq,
ornière argileuse, pourvoyeuse d'estocs
Offre-moi le monde, loin des chants de Vénus,
et tes fesses rondes à profil de Janus


 

qui montre ses faces d'hommes lasiopyges,
petites brutasses dont la beauté vous fige
Tel un voile de feuil, rosissant sur tes cuisses,
captif de mes reseuils s'expose à mes sévices


 

   De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
   qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers

   Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
   deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.

 

 

 

 

 

 

* Le non d'abelia fut donné en hommage à Clarke Abel qui la découvrit en Chine

 

Dans la même constélation :

 

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Rédigé par Alain Cabello-Mosnier
le vendredi 27 mars 2026, à Paris

 

⟪ – Analyse stylistique ⟫ Ce poème est l'un des meilleurs exemples de la manière dont Alain Cabello-Mosnier transforme le corps masculin en géographie. La mer n'y constitue pas un décor mais un principe de lecture : les aisselles deviennent des golfes, les odeurs des courants, les cartes anciennes des peaux à explorer. Le refrain, d'une grande simplicité (« Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent »), équilibre une langue très savante par une scansion populaire presque chantable. C'est également un bon exemple de la réduction des pronoms de première personne au profit d'un véritable « nous », ce qui modifie profondément la respiration du poème.

 

26 mars 2026

Portait de Charles du poète bisexuel Robert Graves (1895-1985)

9 mars 2026

Pour l’historien de l’art Thomas Schlesser, la poésie est un outil d’émancipation individuelle, mais aussi une manière d’accéder à l’universel. Un élan qui vient "à la fois de l’être et du fond des âges".
 

https://www.facebook.com/reel/1541003468028498

7 mars 2026

François Maynard (1582-1646)

    Toutes les femmes s’étonnent
De ton goût dénaturé :
Il est ennemi juré
Du plaisir qu’elles nous donnent.
 
Bougre sans comparaison,
C’est offenser la raison
Que leur déclarer la guerre.
 
Sois-leur désormais plus doux :
Elles ont mis sur la terre
Les beaux garçons que tu fous.

5 mars 2026

Concours de poésie de la RATP 2026

Partagé avec Public Allez, on enjambe le piédestal de la célébrité.

Partagé avec Public Comme chaque année la RATP sélectionne des vers destinés à être affichés dans le métro parisien. Cette année, le jury est présidé par Benjamin Millepied, afin de sélectionner 10 lauréats, pour trois Grands Prix (Grand Prix Enfants, Grand Prix Jeunes et Grand Prix Adultes). Les lauréats verront leur œuvre affichée sur l’ensemble du réseau RATP pendant les deux mois d’été et seront ainsi lus par des millions de voyageurs chaque jour !

Pour cela, cliquez sur https://grandprixpoesie.ratp.fr

Nous avons hâte de vous lire, bonne chance à tous !



Moi j'ai envoyé :

 

Nous sommes deux garçons, ciré et nez au vent,
deux gars qui tiennent bon, et se veulent amants.

De valeureux marins, des sillonneurs de mers,
qui vont, tapes aux reins, se goinfrer des enfers

 

17 février 2026

J'ai fait le choix d'aimer vos bas-jardins

Synopsis : J'ai fait le choix d'aimer vos bas-jardins est un poème gay en alexandrins qui explore un paradoxe amoureux : celui d'un homme qui rêve d'être aimé mais qui, lorsque le mythe se présente, il s'en détourne pour préférer le refuge de l'imaginaire. Entre nostalgie, fantasmes et solitude volontaire, le texte interroge les mécanismes du désir, de l'autosabotage et de l'idéalisation de l'amour. Le corps masculin y devient un territoire poétique où se mêlent des évocations botaniques, mythologiques, mots anciens et sensualité.

 

Paul Cadmus (1904-1999), American artist

Alexandrins de quarante-huit vers à rimes uniques MMFF, MMFF - MMMM, MMMM
Nuancier de rimes : é/ouche ; ant/eille ; us/eux ; ou/ars ; or/ane ; eul/ige ; ir/eur ; i/in ; ion/aime ; our/asme ; on/aux ; us/ieux.

 

 

Ramasse les morceaux du sceau que j'ai brisé
en essayant d'aimer comme je t'ai aimé
Ramasse-en les bris, mets-les-moi dans la bouche,
sanguinolents et morts avant que ne se couchent,

les souvenirs heureux et les soleils brûlants,
qui rampent sous ma peau, pareils à des serpents
Ils mordent mes yeux, et sifflent à mes oreilles,
épanchant leur venin dans mes veines vermeilles

Je ne sais plus, ni où, ni comment t'aimer plus,
jeter à l'édredon la fleur d'agnus-castus
Que suis-je sinon que cet enfant amoureux
qui veut pouvoir aimer, sans vouloir être deux

Je crois que c'est tout seul que je me noie de nous,
dans les sanglantes eaux qui suintent d'un bayou
Tes Minerves d'argent, loin des asseaux de Mars,
offraient leur phalle blanc, de jolis Curés d'Ars

Viens-t'en nu, et baise-moi jusque dans la mort,
débitume mon cul, prend mon âme et mon corps,
moi qui chéris de nous, le berger et son âne,
ta bouche de baisers qui tendrement nous tannent

Et puis me voici de nouveau haletant, seul
agitant mes chiffons de calcanthesglaïeuls
*(prépuce couvert de merde dite "fleur de cuivre")
comme si vos lunes me coloraient la tige,
et que ma bite coulait sous le poids d'un vertige

Je me branle et m'en veux d'éviter ou de fuir,
l'homme qui voudrait me prendre, m'assauvagir
sous le faix de ses os, salives et sueurs
dégoulinants de lui, pareils à un malheur


N'est-on point assez seul à se voir asservi,
que libre de l'être, comme on l'est dans un lit
C'est pourquoi, j'ai choisi d'aimer vos bas-jardins
où dansent sans cesse vos queues de ballerins

Mais je préfère mon imagination,
à vos fourbes vols de petits alérions
qui ne voient guère de moi qu'un jeu pour eux-mêmes.
Pendus à mes branches, bréants et eurylaimes

Vous m'ignorez ? Je vous snobe comme l'amour,
puisque vous refusez de jouer dans ma cour,
celle que je remplis d'incroyables fantasmes,
me couvrant de miel en brèche et poudres d'empasmes

Assieds-toi fourrier, et ôtes mon ceinturon,
je vais te masturber de cent mille façons,
te renifler du cul à l'aisselle, tayaut,
tayaut, crierais-je à pourchasser tes sanglots

Écœurant Adonis, aberrante ludus,
puant des pieds et des béances de l'anus
Je me pâme, cambre mes reins, ferme les yeux,
puis regarde au loin, mes élans artérieux

 

 

⟦ Analyse stylistique ⟧ Ce poème marque une étape importante dans le corpus en ce qu'il déplace le conflit amoureux de l'extérieur vers l'intérieur. Le sujet lyrique ne souffre plus seulement d'un amour perdu ou impossible ; il reconnaît participer lui-même à son empêchement. Cette lucidité psychologique renouvelle un thème fréquent de l'œuvre — le désir masculin — en l'articulant autour de l'opposition entre le fantasme et la rencontre réelle. Les « bas-jardins » deviennent ainsi moins un lieu anatomique qu'un espace symbolique où l'imaginaire l'emporte sur la relation vécue. La richesse lexicale (botanique, mythologie, religion, héraldique, ornithologie) reste au service de cette architecture intérieure plutôt que d'un simple effet d'érudition.

 

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Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le mardi 17 février 2026, à Paris

 

15 février 2026

Je sais bien qu'un autre garçon est dans ton cœur | Chanson gay sur l'amour impossible ♫

Synopsis : Je sais bien qu'un autre garçon est dans ton cœur est une chanson gay construite sur un jeu de refrains, de post-refrains et de reprises rythmiques. Elle raconte l'amour d'un homme qui comprend peu à peu qu'il ne sera jamais le premier choix de celui qu'il aime. Entre aveu, résignation et désir persistant, le texte oppose ce que la raison accepte à ce que le cœur refuse encore d'abandonner. La répétition des motifs et des formules transforme cette séparation en une véritable litanie amoureuse.

 

Nuancier de rimes : eur/a - oi ; aime/ête ; oi/eux ; emble/able - an ; é/eau ; in/ard

 

 

Je sais bien, qu'un autre garçon est dans ton cœur
Je sais bien, que je ne suis pas à la hauteur
que nous deux, attend un rêve qui ne vient pas
que nous deux, toi et moi, ça ne suffira pas

 

Et pourtant, mon corps ne regarde que vers toi
mais comment, oublier le timbre de ta voix ?
 

Tu n'aurais, jamais dû me répéter « Je t'aime ».
Tu n'aurais jamais dû, mais tu l'as fait quand même
Lever les yeux vers moi, avec cet air de fête
Et moi, je reste là avec toi dans la tête
 

Tendrement, tendrement, tendrement avec toi
Et puis quoi, et puis quoi, et puis quoi maintenant ?
Je te veux, je te veux, je te veux tellement
Que le vent, que le vent, rend le vent malheureux

Laisse-nous encore la chance d'être ensemble
Laisse-nous le choix de cavaler au même amble
qu'un cheval qui attend, immense et formidable,
ton cheval, crins au vent, les sabots dans le sable

 

Et pourtant nous sommes pareils à ces amants
Qui s'attirent, s'aiment tout en se déchirant

 

Je n'aurais jamais cru pouvoir autant aimer,
tu es mon chien de feu, qui, pour deux brûlerait
Je veux te respirer et embraser ta peau
tes hanches débraillées, pareil à un poulbot

 

Revanchard, revanchard, revanchard, et chafouin
Qui pour rien, pour rien, rien au monde, n'est fêtard
S'apitoie, s'apitoie, s'apitoie un peu tard
Et qui part, et qui part, et qui part, loin de moi



Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le dimanche 15 février 2026, à Paris

 

31 janvier 2026

Je suis ce gars un peu étrange | Poème humaniste sur la guerre, la religion et l'homophobie ♫

Synopsis : Je suis ce gars un peu étrange est un poème en quatrains qui interroge les violences contemporaines, les fanatismes religieux et les contradictions humaines à travers le regard d'un homme homosexuel. De Michel-Ange à Gandhi, de la Bible au Coran, de Kennedy aux dictateurs modernes, le texte mêle culture, ironie et indignation. Sous une apparente simplicité, il oppose l'amour des hommes aux idéologies qui dressent les peuples les uns contre les autres.

 

Autoportrait d'Émile Friant de 1880.

Nuancier de rimes : ange/i ; er/ant ; ome/age ; ete/ame ; or/é ; aine/ide

 

 

Je suis ce gars un peu étrange,
on me le dit, mais ça suffit,
je ne suis pas qu’entouré d'anges,
en tout cas pas là où je vis.

Tel un tableau de Michel-Ange,
parfois dans la rue je vous suis,
de mon regard qui ne dérange
que celui-là qui s'est servi

 

De là, je vois tous vos travers
qui par la mer cherchent le vent
Je le disais encore hier,
on n'est pas prêt pour le beau temps.

Pourquoi ce goût pour les envers,
la passion des faux semblants,
à dresser des armées de fer
pour opposer Bible et Coran ?

 

Si Dieu avait créé les hommes,
les désirant à son image,
puis repartait pour faire un somme,
en nous disant soyez bien sages.

Imaginez le polychrome
Lui aurait-il encore l'âge
Revenu à l'antique Rome
de sauver nos os du naufrage ?

 

Pas besoin de sortir du Gange
d'être Brahman ou bien Gandhi
Engé d'un mec qui s'arrange
d'un coupé aux États-Unis

Que vous soyez à Sauxillanges
En plein Dallas ou à Paris
C'est toujours la même vidange
Par le hublot d'un Kennedy (1)

Vous faites un trou dans sa tête,
puis choisissez votre programme,
en dispersant sur la banquette
le cerveau qui contient son âme

Les dictateurs sont à la fête
ils rigolent, se plient, se pâment
mais que cela ne vous inquiète
ils ne prendront jamais les femmes

Vous recherchiez un âge d'or
je crois que vous l'avez trouvé
il est un peu pourri du port
même la mer s'est retirée

Allons, faites donc un effort,
donnez vos vies, vos nouveaux-nés,
battons-nous tous jusqu'à la mort,
ensemble, on va y arriver

C'est toujours la même rengaine
On dirait que le ciel se vide
de ses couleurs céruléennes
que le monde n'est pas solide

comme un vaisseau sans capitaine
qui serait sous alcaloïdes
Ou bien Jésus vivant sa Cène
Shooté au crack, aux stéroïdes

 

 

  1. « Par le hublot d'un Kennedy » compare ironiquement la blessure par arme à feu à l'ouverture circulaire d'une machine à laver. Le vers suivant (« Puis choisissez votre programme ») prolonge cette métaphore du grand nettoyage de cerveau : le changement de « programme » permet de passer de celui inoffensif d'une machine à laver, à son versant politique forcé, comme si l'assassinat était une autre façon de nettoyer « nous allons faire le ménage, nettoyage ethnique, avoir les mains propres, plonger dans la violence, le sang va couler etc. »

 

Genèse : l'image rémanente de l'attentat John F. Kennedy, associée ici à un hublot de machine à laver est née de mes perpétuelles escapades mentales. Il n'est pas rare que lors de la rédaction d'un poème, un second vienne s'interposer, comme une maman qui tomberait enceinte alors qu'elle l'est déjà. Le mot « programme » m'a renvoyé à tout le vocabulaire politique du « nettoyage » : nettoyage ethnique, faire le ménage, avoir les mains propres, purger, assainir etc. Cette constellation d'expressions montre comment un objet domestique peut créer une chaîne de continuité dans les répartitions collectives de la violence. Cette idée m'a hanté au point d'avoir presque envie de faire un poème par l'absurde dans lequel j'aurais eu plus de place pour filer la métaphore. Venue pendant la rédaction de ce poème, j'ai préféré la lui laisser.

 

________

Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le samedi 31 janvier 2026

 

11 janvier 2026

Epigramme homosexuelle de l'hétéro François Maynard 1582-1646

11 janvier 2026

Il est des vers homosexuels qui ne concernent ni ceux qui les écrivent, (fantasmeurs ou homophobes), ni ceux qui les reçoivent, et avec celui-ci, nous en avons un parfait exemple.

À la Révolution française, le Roi et la Reine furent affublés de tous les vices possibles pour mieux les desservir, dépenses excessives, corruption, sexualité débridée, dont l'homosexualité comme celle à laquelle se serait livrée « l’Autrichienne », expression raciste consistant à rappeler que la reine en ce dernier tiers du XVIIIe siècle  n'était pas française.
Cette rumeur au sujet de l'homosexualité, ou même de la bisexualité supposée de la reine de France ne tient pas à mon sens, mais l'affaire est relancée en 2012 lorsque sort le film de Benoît Jacquot, Les Adieux à la reine, adapté du roman éponyme de la romancière Chantal Thomas, publié dix ans plus tôt et dans lequel, Marie-Antoinette aurait été la dévorante amante de la duchesse Gabrielle de Polignac.

On ne saura jamais si cette rumeur est née du pamphlet qui l'a propagée ou si c'est le pamphlet qui s'est nourri de la rumeur, quoi qu'il en soit, je ne vais pas m'étendre sur cette histoire puisque ce n'est ni le sujet de cette page, ni mon fonds d'expertise, par contre, de la rumeur comme du pamphlet naquirent ces vers homosexuels qui eux, sont bien réels.

Ils sont issus d'ici : Les Fureurs Utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI, parues en 1791 (et je ne vous en restitue que la partie qui traite d'homosexualité.

 

 

...Pour un des plus ardents, un jour son cœur parla.

Il était question déjà d’une amourette

Avec le beau Coigny, lorsque d’Artois entra [le comte d'Artois, Charles X].

 

Au lendemain sans doute on remit la partie.

D’Artois sur ce beau fils s’expliqua vertement ;

La reine s’excusa, jura dessus sa vie,

Qu’elle n’aurait jamais que lui pour son amant.
[la liaison de M-A avec le comte d'Artois est probablement infondée aussi].

 

A ce tendre discours elle joignit la preuve,

En couvrant de baisers le joujou de Charlot.

„ Fouts-moi, mon bel ami ; fais sur moi toute épreuve.

Amour de la folie emprunta le grelot ;

 

Et voilà mon Charlot qui la fout de plus belle ;

Il épuise le vieux, le moderne Arétin (1492-1556);

Il va du con au cul, de la bouche à l’aisselle,

De l’aisselle il retombe & part sur un tétin.

 

Il crut avoir par-là le cœur de sa Toinette [Marie-Antoinette].

N’aurait, tant beau fût-il, près d’elle aucun accès.

Elle maudit Adam, le diable, Eve & la pomme,

Et donne à Polignac son cœur & ſes attraits [la comtesse Gabrielle de Polignac].

 

De ses dames d’honneur, Jule était la plus belle,

Jule de ses talents vite instruit Toinon [donc la reine].

Toinon suivit de près son lubrique modèle,

Et mieux que lui bientôt sut feuilleter un con.

 

La Cour ne tarda pas à mettre à la mode ;

Chaque femme à la fois tribade et catin :

On ne fit plus d’enfants : cela parut commode.

Le vit fut remplacé par un doigt libertin.

 

9 décembre 2025

Poème lesbiens (je ne sais pas si l'on peut l'écouter sans avoir de compte.)

1 décembre 2025

La grande avaleuse (Poème lesbien)

La grande avaleuse
 

octosyllabes (8) 
 

Femme à femme léchée luisante
Ouverte et paresseuse amie
Couchée de moiteurs infinies
Harem fou que la lune argente

Femme à femme crevée d’îlots
Gémir d’écumes jamais tu
Nue dans ton ventre de tortue
Agitée des branles de l’eau

Femme à femme accrue de caresses
Éternité d’ondulation
Lèvres où nous nous émacions
Grande avaleuse ô pute ogresse

Femme à femme hachurée parfois
D’éclairs qui l’enflent d’ombres sales
Mais tu ne t’avoueras vassale
D’aucun matelot quel qu’il soit

Femme à femme affamée liane
S’envoyant les quatre horizons
Ta sueur d’algue est ma raison
Ô moirure ô mer océane

27 novembre 2025

Le chat dessous tes yeux | Poème homosexuel en alexandrins sur l'amour contemplatif

 

Synopsis : Le chat dessous tes yeux est un poème gay en alexandrins qui célèbre l'un des instants les plus silencieux de l'amour : celui où l'être aimé dort. Le poète contemple son amant dans la pénombre et transforme chacun de ses traits en paysage mythologique. Les paupières deviennent un petit chat blotti, le souffle rejoint la lyre d'Apollon, tandis que le corps oscille entre Antiquité, rêve et désir. À travers cette veille amoureuse, le poème interroge la beauté fragile de celui qui s'abandonne au sommeil sans savoir qu'il est regardé.

 

Exergue : J'aime regarder mes amants dormir et que ma poésie le leur dise.

 

Nuancier de rimes : ombre/eille ; ère/or ; corde/ire ; ouge/é ; esque/it ; ule/elle

 

 

Oui, je te regarde souvent dans la pénombre,
dormir paisiblement avant que ne s'éveillent,
tes sens inassouvis, entre soleil et ombre,
avec cette peau qui, l'air de rien se craye.
 

Le petit chat qui s'est blotti sous tes paupières,
imperceptiblement, frissonne quand tu dors.
Sans doute rêve-t-il du fond de sa tanière,
au nez aquilin d'un César impérator.
 

Ton haleine souffle le zéphyr de ses cordes,
que créait Apollon en jouant sur sa lyre
pour palmer un instant l'immuable discorde,
entre nuit et veille que tes lèvres inspirent

Retroussées dans l'un de ces baisers à fleurs rouges
en direction de ton menton celtisé,
qui délicatement, au vent, s'agite et bouge,
sans que le ciel n'en soit pour autant étonné.

 

Quant à ce délicat et doux sexe levresque,
de citoyen romain, la poitrine sans gloire,
telle la dépouille d'un Patrocle(1) asinesque,
il gisait là, parmi de merveilleux ivoires.

 

Mais, enfin, bel enfant, que veux-tu que je dise,
à part que d'admirer ce que montre ton lit,
un panier dont l'osier s'emplit de friandises
et dont les bandaisons se gorgent de mépris


Peau blanche et merde au cul, je m'approche et t'encule,
tu gémis tendrement en offrant tes aisselles
à ma bouche qui les veut, viles et crapules,
acres sur ma langue qui contre elle ruissellent

 

 

(1) Dans l’Iliade, Patrocle est connu pour être le compagnon, et implicitement l'amant, d'Achille.

 

 

Alain Cabello-Mosnier
le jeudi 27 novembre 2025

24 novembre 2025

Métrophobe

Métrophobe (1842) De métro- mis pour métrique (qui est composé de vers) et de -phobe, c'est un mot inventé par Amédée Pommier (voir l'exemple). (Très rare) Qui déteste les écrits en vers. Son antonyme serait le métromane mais il conserve quelque chose péjoratif, à savoir celui qui met tout en vers.

Portrait d'un jeune homme de 1815 par Leopold Kupelwieser (1796-1862).
Portrait d'un jeune homme de 1815 par Leopold Kupelwieser (1796-1862).

 

23 novembre 2025

Sur Vigeon, maître d'école brûlé pour sodomie en 1649.

Sur ce Vigeon, maître d'école brûlé pour sodomie a en 1649, je n'ai aucune info sur le sexe ou l'age de ses victimes. Si le "péché silencieux de sodomie" fut perpétré sur de jeunes filles, l'homosexualité de ce poème reste avérée puisqu'il en appelle aux bougres, c'est-à-dire aux homosexuels. Toutefois, il est beaucoup plus probable que cela fut fait sur des enfants masculins puisque du XVIe siècle au XXIe siècle, la non-mixité impose qu'ils soient éduqués entre eux et seulement par des instituteurs qui parfois, mettaient plus de temps et d'intérêts à corrigeaient les petites fesses que les copies.

 

Cher Vigeon, que ta mort me va causer de peines
qu’un vit est malheureux de vivre en un pays
où l’on punit du feu ces nobles appétits
qui ne sont condamnés que chez les souveraines.
 

Ordonnez, pour le moins, aux femmes d’être saines
juges, si vous prenez quelque pitié des vits c
ou faites que les cons deviennent plus petits
et qu’ils soient désormais sans fleurs ni malsemaines.
 

Bougres qui l’avez vu sans l’oser secourir,
en chemise, tout nu, dans la Grève périr
qui pouvait arrêter votre fureur lubrique ?
 

En lieu de lui chanter tristement un Salve
vous deviez sur son feu venir branler la pique
les armes à la main, sans doute on l’eût sauvé.

 

22 novembre 2025

Poème lesbien

Adaptation de Denis de Saint-Pavin, poète libertin du xvii e siècle.
 

Ne voyant homme, ni garçon,
Lise, en modestie, en sagesse,
semblait donner quelque leçon
même à la plus sage Lucrèce.
Cependant la bonne bougresse

s’en donnait de belle façon.
On a découvert ce mystère,
Silvandre, et pour notre malheur
on a bien vu qu’un adultère
se pouvait faire sans fouteur.

21 novembre 2025

Portrait de Karl Meier (1897-1974)

20 novembre 2025

"La vie n'est supportable que si l'on y introduit non pas de l'utopie mais de la poésie, c'est à dire de l'intensité, de la fête, de la joie, de la communion, du bonheur et de l'amour."
Edgar Morin
18 novembre 2025

Portrait de Claude Le Petit (1638-1662)

7 novembre 2025

"Douceur" du recueil de poésie "Horizons" (1904) par Lucie Delarue-Mardrus

"Douceur" est un poème lesbien issu du recueil de poésie "Horizons" édité en 1904 par les E. Fasquelle de Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945), poétesse, romancière, journaliste, historienne, sculptrice et dessinatrice française. Je n'ai pas encore eu le temps de travailler sur sa biographie donc mon travail est encore primitif.
 
Auteure prolifique, qui aura laissé plus de soixante-dix romans et recueils de poèmes.
 
 

Douceur.

Les ombres du jardin dansent sur mes pages

À travers le vitrage aussi clair que de l’eau.

Je lis les mots à travers ces paysages

Clairs obscurs, que projette avril aigre et pâlot.

Rien d’autre qu’une lecture importunée

De belles taches d’ombre et de ronds de soleil ;

Rien d’autre pour remplir la longue journée,

Sinon mon cœur qui bat pour toi, toujours pareil.

 
 
- Lucie Delarue-Mardrus - Horizons - E. Fasquelle - 1904 -
 
7 novembre 2025

✟ Le prix à payer | Chanson en alexandrins sur le deuil, l'absence et l'amour survivant ♫

 

Synopsis : Le prix à payer est une chanson en alexandrins consacrée au deuil d'une mère disparue, en mars 2024. Écrite sans marquage de genre, elle peut aussi bien s'adresser à une mère, un père, un conjoint, un ami ou un amour. Le poème oppose la disparition physique à la persistance du lien intérieur : la voix, le souvenir et l'imagination deviennent les derniers lieux où l'être aimé continue d'exister.
À travers des paysages maritimes, hivernaux et nocturnes, elle évoque l'absence, la mémoire du corps et la difficulté de survivre à celui ou celle qui vous a donné la vie. Entre la plage de Caen, la glace, les étoiles et la mer, le poème transforme le manque en paysage intérieur où le dialogue avec la disparue demeure possible.

 

Nuancier de rimes : er/oi ; on/ieu ; ui/eau ; an/eur ; aile/ème ; ile/onde ; ère/oile

 

 

J'ignorais tout du prix qu'il nous faudrait payer
à voir au petit jour ton ombre s'effacer
Je te cherche partout et je crève de toi
Quand le ciel t’enferme, ne reste que ma voix

 

Désormais dans la mort, je pleure ton prénom,
sur ce qu'elle m'a pris, et ses coups d'avirons
Mes doigts se lient aux tiens, quand je ferme les yeux,
et même athée, je crois avoir imploré Dieu

 

J'imagine brumal, ton corps nu dans la nuit
se blottir contre moi, grelottant et sans bruit

Recouvert de glace, de flocons infernaux,
qui jouent rien que pour nous cet air au piano

Tu es ma cabane, les pieds dans l'océan
vue sur le littoral et les plages de Caen
Je jette à l’horizon mes filets de pêcheurs
dans une mer forte que remplissent mes pleurs

 

Du sable sous les pieds, j'en oubliais la ville,
à suivre du regard les dunes de nos îles
Je ne renoncerais à nous pour rien au monde,
ma vie est ce désert que notre amour inonde

 

Entends-tu dans la nuit, mes sanglots qui t'appellent,
ils sont comme un oiseau qui aurait manqué d'aile
Ta peau faisait la loi, cruelle et quand bien même
au moins me reste-t-il ce petit bout d'érème

C'est toi que je voulais, tu étais ma prière
un désir de fou à faire saigner les pierres
Non, ne meurs point en moi, descends de tes étoiles
viens prendre sous mes draps, le nu que je dévoile

 

Tu es ma cabane, les pieds dans l'océan
vue sur le littoral et les plages de Caen
Je jette à l’horizon mes filets de pêcheurs

dans cette mer forte que remplissent mes pleurs

dans cette mer forte que remplissent mes pleurs

 

 

Genèse : cette chanson est née après la disparition de ma mère, en mars 2024. J'ai cependant choisi d'effacer tout indice de genre afin qu'elle puisse être adressée à n'importe quel être aimé : un parent, un ami, un époux ou un amant. Je souhaitais disposer d'un texte capable d'accompagner différents deuils, notamment ceux que vivent les couples homosexuels, encore peu représentés dans la chanson française.
Certaines images en constituent les pivots. « Quand le ciel t'enferme » fait du ciel non pas un paradis consolateur, mais une puissance qui confisque l'être aimé au monde des vivants. Plus loin, j'imagine le disparu revenir du royaume des morts, glacé par les « flocons infernaux », pour trouver auprès de celui qui reste une dernière chaleur humaine. La mer, omniprésente, devient enfin le lieu où se mêlent mémoire, absence et espérance.
 

Critique littéraire : ce poème est construit sur une inversion discrète de nombreux codes funéraires. Habituellement, le vivant accompagne le mort jusqu'à son dernier repos ; ici, c'est le vivant qui continue d'offrir un refuge au disparu. Les gestes de protection ne s'interrompent pas avec la mort : fermer les yeux permet de retrouver les mains de l'autre, le lit reste ouvert, la voix continue de parler, la chaleur est offerte à celui qui revient transi des enfers. L'élégie cesse ainsi d'être seulement un chant de séparation pour devenir un acte d'hospitalité adressé à l'absent.

Je trouve que c'est probablement ce qui singularise le plus ce texte. Beaucoup de poèmes de deuil décrivent le manque ; celui-ci décrit surtout ce que le survivant continue à faire pour celui qui n'est plus là. On imagine souvent le vivant implorant le disparu ; ici, c'est le disparu qui revient transi de froid et que le vivant voudrait accueillir. C'est une différence de posture poétique qui nous paraît réelle et assez rare.

 


Le vendredi 7 novembre 2025 à Paris
Alain Cabello-Mosnier

 

 

 

6 novembre 2025

Portrait de la poétesse homosexuelle Betje Wolff †† (1738-1804)

1 novembre 2025

Portrait de la poétesse lesbienne Aagje Deken †† (1741-1804)

23 octobre 2025

✟ Ô maman ! | Poème sur la mort d'une mère en hexasyllabes avec refrains

 

Synopsis : Ô maman ! est un poème en hexasyllabes consacré à la disparition de la mère de l'auteur en mars 2024. Écrit à partir d'un souvenir vécu, il évoque les derniers instants passés auprès d'elle, la solitude qui accompagne parfois le deuil et le sentiment paradoxal de paix laissé par un dernier souffle partagé. À travers une langue simple et musicale, le poème transforme cette séparation en promesse d'amour et de retrouvailles.

 

 

C'est un poème hexasyllabe de 48 vers avec des refrains qui ne sont pas identiques par contre, ils disposent d'une reprise momentanée de trois syllabes brèves.

Nuancier de rimes : er/ort ; ode/in ; po/ienne ; ou/autre ; oire/eux ; oufle/age ; ir/oi ; our/u ; a/être ; i/esse ; anque/an & ance.

 

 

Lorsque tu t'es figée
Dans la mort
Cessé de respirer
Par ton corps

Tes paumes encore chaudes
Dans mes mains
Mes doigts étaient une ode
Faite aux tiens
 

Je donnais à ta peau
La chaleur de la mienne
Sanglots de matelot
J'attends que tu reviennes

Mais je n'ai eu que nous
Ce jour-là puis les autres
Tout seul au rendez-vous
Sans ami, sans apôtre

C'est toujours la même histoire
Ne vient que l'amoureux
Qui était prêt à boire
Les larmes de tes yeux


J'ai vu ton dernier souffle
Un sillage
La petite pantoufle
D'un passage

Contre ma joue venir
Puis sans moi
Je t'ai vu repartir
À l'étroit

 

Si seulement l'amour
Dis maman où es-tu
Me redonnait ce jour
Je n'en ferai pas plus

J'étais seulement là
Où il me fallait être
Comme ce fut ton cas,
Lorsque je devais naître

Toi et moi c'est écrit
Au nom de la tendresse
Nous serons réunis
Je t'en fais la promesse


Ton visage me manque
Tout le temps
Sous les pierres, je planque
Ces moments

Qui tendrement me lancent,
En priant
T'aimer était ma chance
Ô maman

 

Genèse : pour toi mère chérie. C'est un poème qui retrace ce que j'ai vécu lorsque maman est décédée chez elle en mars 2024, ce que j'ai ressenti, le fait d'être seul, abandonné par celles et ceux que la mort effrayait. Je dormais avec elle afin que, si elle venait à mourir pendant la nuit, elle puisse avoir son fils à ses côtés. Alors oui, elle est partie durant la nuit, mais j'étais éveillé, devant elle, et le souffle de sa vie est venu sur mon visage émerveillé et reconnaissant. Je ne savais pas qui remercier, le ciel ou la terre, les deux sans doute, pour m'avoir accordé ce cadeau merveilleux qui laisse à l'être qui s'en va et à celui qui reste, un sentiment de plénitude amoureuse, numineux. Non seulement la lumière était partout, mais elle continue de m'irradier, encore aujourd'hui.

 

________
 
Écrit par Alain Cabello-Mosnier
le jeudi 23 octobre 2025 - à Paris
 
Note de proximité que je m'accorde à moi-même afin de laisser un indicateur agissant comme un avis fondé sur la qualité que j'attribue à mes poèmes. Celui-ci, je l'aime aussi énormément, mais techniquement je ne peux guère lui donner plus que 12/20.
 
 
22 octobre 2025

Tu n'étais jamais loin | Poème d'amour gay en vers mêlés et refrains

 

Synopsis : Tu n'étais jamais loin est un poème d'amour gay alternant strophes brèves et quatrains. Il raconte la naissance d'un lien amoureux marqué par la pudeur, le doute et l'émerveillement. Entre la mythologie d'Ariane, les métaphores forestières et un imaginaire animal très présent, le texte explore la manière dont deux hommes apprennent à porter ensemble le poids du désir, de la confiance et de leurs fragilités.

 


 

Nuancier de rimes : ète/u ; art/an ; oin/oute ; ou/é ; il/our ; ane/arge ; oir/ombre ; on/asse ; eu/eur : ure/esse ; oi/ort ; erge/ume ; ir/is ; ame/ienne ; ange/uth ; ime/ain

 

 

Comme ces comètes, je ne t'attendais plus...

Nulle part

Même si c'est bête, j'étais un peu perdu...

Dans le noir

Tu n'étais jamais loin égaré par mes doutes

Lancinants

Moi, j'étais dans le coin aimant coûte que coûte

Prudemment

 

Que faisons-nous de nous de nos corps assemblés

Je te dis toujours vous, pas trop habitué

Que nous arrive-t-il, à quoi rime l'amour ?

Je marche sur tes fils, de mes pas un peu lourds

 

Viens et sois mon guide, mon filin d’Ariane

qui tient par sa bride d'or, le maître et son âne

Animaux de sommes, nous porterons les charges

de l'amour entre hommes, fait de gaillards qui sargent

 

Je n'imaginais pas pouvoir aimer à l'ombre

D'un garçon

Pourtant, nous sommes là, à dormir sans encombre

Respirons

C'est un tapis de jeux qui parient sur nos cœurs

Et ramasse

Nos mises d'amoureux voulant croire aux bonheurs

Des rapaces

 

Ta peau est si dure que tes baisers me blessent

Je sens les fourrures que ton pubis me laisse,

caresser de mes doigts, respirer sans effort

Ton sexe sent le bois de tes forêts d'azor

 

Honneur à ta verge, à ses plis d'amertume

dont le cuir des berges de sueurs se parfume

Laisse-moi recueillir le gris de tes iris

dont l'arbre a vu périr sa grume d'agathis
 


Capture mon âme, mets-là avec la tienne

dans l'étrange

palais des arames, où vivent les hyènes

pas les anges

Nu, je suis l'ultime qui, devant toi devient

Belzébuth

vieillard cacochyme, puis tigre sous tes mains,

vil et brut

 

 

 

Alain Cabello-Mosnier
ce mercredi 22 octobre 2025 - Paris

 

Note de proximité que je m'accorde à moi-même afin de laisser un indicateur agissant comme un avis fondé sur la qualité que j'attribue à mes poèmes.
Celui-ci, je lui attribue 8/20

 

 

20 octobre 2025

Arthur Rimbaud est né ce 20 octobre 1854

20 octobre 1854 : naissance d’Arthur Rimbaud (1854-1891) à Charleville-Mézières. Poète français au génie précoce, Rimbaud réinvente le symbolisme dans son œuvre.
Je n'ai pas encore travaillé sur sa biographie parce qu'on ne parle que de lui et de Verlaine et que ça m'agace mais j'y viendrai bien sur.

 

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