Bouclettes et coton d’Égypte
Quand il entrait dans son bain, on aurait dit un petit lapin blanc qui disparaissait dans la neige et laissait sur son passage les traces foulées d'un chemin de campagne.
La buée recouvrait des miroirs rigides comme des étangs gelés et s'élevait dans l'air à la manière d'un matin glacial et rosifère. Seuls dans ses yeux brûlait des culs-de-lampe d'un brun inassouvi, un âtre incandescent derrière ses cives aux rides de plomb et à la cataracte vieille de plusieurs siècles.
Je le regardais comme un cerf et me laissais dévorer par les chiens de mon propre désir.
Sans la présence salvatrice de ces eaux spumescentes, je suis certain qu'il s'y serait noyé comme Narcisse tant sa beauté ne pouvait être vue, pas même de lui-même. Et s'il en fut inconscient ce n'est pas corrompu par le doute mais béni par les eaux de son nymphée.
En attendant, je ne savais plus distinguer ce qui était galet de Carrare ou talon d’Achille, faïence de baignoire ou épaule de titan, serviette roulée sous sa nuque ou carquois. Je ne vis plus que pour cet instant, l'y avoir vu entrer, respirer les vapeurs de ses thermes, soulagé par la fin de la guerre de Troie.
Par Alain Cabello-Mosnier
pris dans l'hiver froid de dimanche 14 février 2021
