"Toi-moi"
∎ Je n'arrive pas plus à t'atteindre que toi à me quitter. Alors quoi, c'est à cela qu'il nous faut nous résoudre ? A l'idée que toi et moi ne vallons pas davantage qu'une herpétologie faite des cafards de notre passé ?
Nous sortons d'en-dessous les plinthes, copulons dans le couloir et rejoignons nos chambres sales avec, derrière la cataracte d'un rideau déchiré, l'iris d'une fenêtre donnant sur la nuit. Nos ombres s'allongent sur le sol, sur les murs, comme les ténébreuses aiguilles d'une horloge angoissée faite d'inséparables "toi-moi" aux souvenirs dissidents.
Les globes des réverbères sont les montres vides de la vie, ce ne sont pas les volants qui s'y rassemblent mais le spectre d'un homme aimé réfugié sur son arbre cerné, comme si l'océan de la nuit n'attendait plus que lui. Une dernière âme à prendre, la sienne. Si encore ça avait été pour en faire quelque chose il n'aurait pas rechigné mais, il savait qu'il n'en ferait rien et que rien, c'est ce qu'il deviendrait.
« Voilà ce qui est déraisonnable, la puissance de l'effacement avec toutes les contraintes de l'absence. N'être venu que pour repartir. » C'est ça qui me trou le cul, c'est, la désinvolture du vivant. Voilà pourquoi j'aimais être avec lui, pour ne pas me sentir seul mais à deux, pommés en groupe avec toujours pas mal de sexe mais invariablement morne et décevant. En tout cas, dans ma tête, c'est ce qui se rapprochait le plus de ce que j'appelais l'Amour, se quitter sans un mot après une pipe. Celui qui avalait se sentait peut-être moins seul puisqu'il gardait cette chrysalide de résistance dans sa mémoire olfactive et gustative. Son sperme à lui sentait la vitesse, en tout cas, moi, c'est ce que j'aimais de ce qu'il me donnait. Ses rutes étaient rapides, teigneux et indispensables mais parfois, il s'oubliait avec une caresse coupable, les pleins et les déliés d'un baiser bien écrit.
Je t'attends comme une inquiétude nouvelle
formidable effort de ce que nous achevons
la vie se parait au nez de nos fronts rebelles
pour ce qu'elle en su, pour ce que nous en savions
Rédaction terminée le vendredi 1er octobre 2021 par Alain Cabello-Mosnier (1968-)
(poète gay & masseur à Paris) ⚣
commencé le 25/08/21
Note de proximité poétique : 14/20
Il s'agit d'une note subjective que j'octroie à mes textes.